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Pyrrhosoma nymphula : la prise du mâle

Pyrrhosoma nymphula, prise du mâle sur le pronotum de la femelle, Beaupréau en Mauges (France-49), 08/07/2012

La formation d’un tandem en vue d’un accouplement passe par la capture de la femelle par le mâle. Pour ce faire il utilise ses appendices anaux à l’extrémité de l’abdomen, et vient crocheter avec ses cercoïdes (appendices anaux supérieurs), chez les zygoptères, le pronotum de la femelle ou l’espace situé entre le pronotum et le thorax. Pour être plus précis les cercoïdes viennent enserrer la zone de contact entre le prothorax et le mésothorax, juste en arrière du bord postérieur du pronotum.
Quant aux cerques ils prennent un contre-appui sur le pronotum.
Pour Pyrrhosoma nymphula femelle, je n’ai pas de bonne photo qui montre correctement les structures du pronotum car il est très sombre. On le voit par contre très bien chez les sujets émergents, et cette structure ne se modifie pas avec l’âge une fois l’émergence accomplie.

Pyrrhosoma nymphula femelle en émergence, Beaupréau en Mauges (France-49), 12/04/2011

Les appendices anaux supérieurs du mâle, les cercoïdes, sont concaves en dedans à leur extrémité, et sont donc adaptés à se comporter comme une pince.
Les appendices anaux inférieurs, les cerques, sont fortement bifides.

Pyrrhosoma nymphula mâle, appendices anaux, Beaupréau en Mages (France-49), 23/05/2012
Pyrrhosoma nymphula mâle, appendices anaux, Beaupréau en Mages (France-49), 23/05/2012

J’ai colorisé sur la photo ci-dessous les parties intervenant dans la capture. Et j’ai d’ailleurs été très surpris de parvenir à observer la dent supérieure du cerque qui prend appui sur un replat de la partie médiane du pronotum alors que la dent inférieure s’appuie dans un sillon qui précède le rebord antérieur.
On note aussi la présence de soies denses sur les appendices anaux ; elles interviennent certainement en tant qu’organe tactile pour guider la capture car évidemment la scène se déroule à l’aveugle.

Pyrrhosoma nymphula, prise du mâle sur le pronotum de la femelle, Beaupréau en Mauges (France-49), 08/07/2012
Pyrrhosoma nymphula, prise du mâle sur le pronotum de la femelle, Beaupréau en Mauges (France-49), 08/07/2012
Pyrrhosoma nymphula femelle en émergence, Beaupréau en Mauges (France-49), 12/04/2011
Pyrrhosoma nymphula femelle en émergence, Beaupréau en Mauges (France-49), 12/04/2011



Curiosité : un Platycnemis pennipes à caractères de P. latipes

Platycnemis pennipes mâle, Villemur-sur-Tarn, 17/07/2019
Platycnemis pennipes mâle, Villemur-sur-Tarn, 17/07/2019

Sur les bords du Tarn j’avais au moins 2 objectifs ; faire des photos de Trithemis annulata mais aussi de Platycnemis latipes car c’est une espèce que j’ai peu vue puisqu’elle n’est pas présente dans ma région.
Aussi quand j’ai fait cette photo (et d’autres que j’ai malheureusement supprimées) je n’ai pas pensé à Platycnemis pennipes, les pattes m’en avaient spontanément dissuadé. Ce n’est qu’il y a quelques jours, revenant sur mes photos de P. latipes, que je me suis aperçu de mon erreur assez grossière ; la face dorsale de l’abdomen est parcouru de noir sur toute sa longueur et non uniquement sur les derniers segments.
J’ai donc essayé de mieux voir les appendices anaux pour avoir une certitude:

Platycnemis pennipes mâle, Villemur-sur-Tarn, 17/07/2019
Platycnemis pennipes mâle, Villemur-sur-Tarn, 17/07/2019

Et il n’y a aucun doute, en cliquant sur la photo on distingue le lobe supérieur du cercoïde droit très près de son extrémité alors que le lobe supérieur de P. latipes en est nettement plus éloigné.
Mais les pattes ! Trop larges pour P. pennipes. De plus le tibia postérieur ne montre aucune ligne sombre sur sa crête médiane, le tibia moyen juste une ébauche de ligne exactement ce que l’on observe pour P. latipes. Même la ligne noire du tibia antérieur n’est pas complète.
On remarque également que les ailes sont courtes et n’atteignent pas le 7° segment abdominal ce qui est également un caractère de P. latipes ; ce n’est pas un critère d’identification absolu mais il est rare que les ailes atteignent ce segment (je n’ai pas de telles photos !) alors que les ailes de P. pennipes, plus longues débordent presque toujours sur ce segment (je n’ai qu’une seule photo montrant l’inverse, sur environ 200 sujets).

Que peut-on en conclure ? Rien sans doute…
Les hybridations de Platycnemis pennipes et latipes ne sont pas connues, il n’y en a aucune trace dans la littérature.
Un simple accident génétique qui ferait tomber ce sujet pile dans  la case P. latipes ?
Un ami s’amuse à supposer que ces 2 Platycnemis ont un ancêtre commun (ce qui est certainement exact, mais je ne connais pas la phylogénie des Platycnemis) ou qu’elles ne se sont séparées que récemment et que d’une façon ou d’une autre, le caractère « pattes larges non marquées » supposé récessif serait ici réapparu pour une raison quelconque. Et pourquoi pas ?   😎 
Si les lecteurs ont des idées…




Platycnemis latipes mâles 3/3 : variabilité

Platycnemis latipes mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019
Platycnemis latipes mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019
Platycnemis latipes mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019

En ce qui concerne les critères d’identifications ces 2 mâles sont bien typiques : les tibias postérieurs et moyens sont très larges (cliquer sur les images !), ils ne sont pas marqués d’une ligne noire mise à part celle, très courte, du tibia moyen. L’abdomen ne porte pas de marque noire avant le segment 7. La ligne inférieure de la double ligne noire antéhumérale caractéristique des Platycnemis est très incomplète, un peu à la façon des P. acutipennis.

Sur les 2 sujets ci-dessous on retrouve les critères des pattes, mais pour l’un la ligne noire inférieure est complète, pour l’autre non.
Mais si le premier semble bien classique quant à la répartition du noir sur les derniers segments abdominaux, le second n’en a que sur le 7° segment.

Platycnemis latipes mâle, Castelnau de Montmiral (France-81), 18/07/2019
Platycnemis latipes mâle, Castelnau de Montmiral (France-81), 18/07/2019
Platycnemis latipes mâle, Castelnau de Montmiral (France-81), 18/07/2019
Platycnemis latipes mâle, Castelnau de Montmiral (France-81), 18/07/2019

Ces 2 derniers sujets même s’ils sont bien typiques permettent encore de constater des variations certes minimes, mais bien sûr 2 êtres vivants ne sont jamais totalement identiques !

Platycnemis latipes mâle, Castelnau de Montmiral (France-81), 18/07/2019
Platycnemis latipes mâle, Castelnau de Montmiral (France-81), 18/07/2019
Platycnemis latipes mâle, Portet sur Garonne (France-31), 19/07/2019
Platycnemis latipes mâle, Portet sur Garonne (France-31), 19/07/2019



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Orthetrum albistylum mâle immature 2/2

Orthetrum albistylum mâle immature, Étang Saint Martin à Capvern (France-65), 07/07/2020
Orthetrum albistylum mâle immature, Étang Saint Martin à Capvern (France-65), 07/07/2020

Sans être rare dans mon Maine-et-Loire, Orthetrum albistylum n’est pas commun, moins facile à voir que O. brunneum ou O. coerulescens, alors que O. cancellatum est omniprésent sur les plans d’eau. Aussi j’ai rarement photographié des mâles immatures et c’est avec plaisir que je me suis mis à l’œuvre lors de cette pause près de l’autoroute.

Orthetrum albistylum mâle immature, Étang Saint Martin à Capvern (France-65), 07/07/2020
Orthetrum albistylum mâle immature, Étang Saint Martin à Capvern (France-65), 07/07/2020

L’identification ne peut poser de problème tellement à cet âge ils sont différents des autres Orthetrum et ne ressemblent à aucun autre Libellulidae avec notamment leurs appendices anaux clairs et les vagues sombres sur l’abdomen.




Ceriagrion tenellum : transfert de sperme et accouplement

Ceriagrion tenellum transfert de sperme, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum transfert de sperme, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020

Je fais tous les ans une ou deux visites à cet étang forestier (vraiment encerclé d’arbres jusqu’à l’eau), à une centaine de kilomètres de mon domicile, mais toujours dans mon département ; on y trouve depuis 2012 une espèce qu’on ne s’attend pas à y voir, Sympetrum danae qui ne s’observe normalement qu’en montagne (mais même dans les montagnes bretonnes) ou dans le nord de la France.
Au mois de juillet il est un peu tôt pour les trouver mais heureusement le site est riche et les Ceriagrion tenellum y sont très abondants.
C’est pourtant la première fois que j’assiste à cette scène pour cette espèce.
La nature s’est-elle moquée des odonates quand elle a rédigé le cahier des charges « reproduction » : le sperme est fabriqué à l’extrémité de l’abdomen, 8° et 9° segments, alors pourquoi a-t-elle imposé qu’il soit utilisé sous le 2° segment ?

Ceriagrion tenellum transfert de sperme, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum transfert de sperme, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020

Cependant le process est validé depuis quelques centaines de millions d’années et les odonates s’adaptent et survivent sans trop de difficultés apparentes à l’extinction de certains de leurs contemporains d’autrefois comme les dinosaures.
Les mâles doivent ainsi remplir leur vésicule séminale, que l’on voit très bien ci-dessus en arrière de son pseudo pénis, en faisant en sorte que l’extrémité de l’abdomen s’accole au 2° segment abdominal, ou plus précisément que son pore génital sous S9 s’abouche à la valve de son pseudo pénis.
Pour simplifier, il est précisé dans le document qui régit cet exercice que la vésicule doit être remplie de préférence quand la femelle est déjà capturée ! Heureusement la manœuvre ne dure que quelques fractions de secondes ou quelques secondes selon les espèces, et l’accouplement peut avoir lieu aussitôt.

Ceriagrion tenellum accouplement, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum accouplement, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum accouplement, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum accouplement, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020