Ethiopie – Pseudagrion spernatum (Selys, 1891)

Pseudagrion spernatum femelle, Ethiopie, Yirgalem, 31/10/2018
Pseudagrion spernatum femelle, Ethiopie, Yirgalem, 31/10/2018

Cette femelle appartient au groupe A des Pseudagrion et je n’ai pas rencontré le mâle. Mais pour une fois elle a été facile à identifier en raison du motif bleu particulier qu’elle porte sur les derniers segments, en particulier celui du S8 qui semble n’appartenir qu’à elle. Le mâle présente aussi ces marques distinctives mais la pruinosité qui le recouvre à la maturité les fait disparaître.
Certains de ces femelles Pseudagrion du groupe A (toutes ?) exhibent des stylets plus ou moins remarquables, plus ou moins dressés sur le pronotum: je ne sais pas combien en portent, la littérature est vraiment discrète sur cet appendice pourtant étonnant. Cet éperon est décrit au moins pour P. guichardi (1) et pour P. spinithoracicum (2) qui lui a bien sûr donné son nom. Il est réduit pour d’autres à de simples excroissances
Et j’ai eu eu la surprise de les découvrir sur le pronotum de la femelle ci-dessous, sous forme de ces 2 épines claires (sans doute à apex sombre) dressées de part et d’autre du bord postérieur, et orientées vers la tête, de telle sorte qu’elles sont difficiles à voir de profil.

Pseudagrion spernatum femelle, prontum avec épines, Ethiopie, Yirgalem, 31/10/2018
Pseudagrion spernatum femelle, pronotum avec épines, Ethiopie, Yirgalem, 31/10/2018

Cela m’a remis en mémoire les spectaculaires épines d’un Metaleptobasis foreli observé au Panama en 2012. L’utilité précise de ces éperons, s’ils en ont une, est inconnue même si on peut supposer un lien avec l’accouplement et la prise du mâle sur le pronotum.
Notre Pseudagrion spernatum mesure en moyenne 40 mm, et comme son nom anglais en témoigne, Upland Sprite, il ne se rencontre qu’en altitude, ici à 1724 m d’altitude.

Pseudagrion spernatum femelle, Ethiopie, Yirgalem, 31/10/2018
Pseudagrion spernatum femelle, Ethiopie, Yirgalem, 31/10/2018

L’IUCN mentionne que l’espèce est présente en Afrique du Sud, et de l’Angola à l’Ouganda et l’Ethiopie.

Pseudagrion spernatum femelle, Ethiopie, Yirgalem, 31/10/2018
Pseudagrion spernatum femelle, Ethiopie, Yirgalem, 31/10/2018

1 – Odonata collected by the expeditions of the accademia nazionale dei Lincei, Carlo Consiglio.
2 – Pseudagrion spinithoracicum spec. nov., nouveau Coenagrionidae de la forêt gabonaise (Zygoptera), Odonalologica 10 (3): 231-235.




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Ethiopie – Pseudagrion torridum (Selys, 1876)

Pseudagrion torridum mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Pseudagrion torridum mâle immature, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

La centaine d’espèces de Pseudagrion présents en Afrique se répartit en un groupe A et un groupe B. Klaas-Douwe Dijkstra, qui m’a très gentiment aidé à identifier bon nombre de mes photos, me précise que la large bande anté humérale et la nette indentation dans la partie postérieure de la ligne noire thoracique latérale (sur la suture humérale) signe généralement l’appartenance au groupe B.
L’identification de ce mâle immature est apportée par les appendices anaux, très particuliers, dont les cercoïdes (appendices anaux supérieurs) portent une large expansion vers le bas et l’intérieur, claire et aplatie.

Pseudagrion torridum mâle, appendices anaux, , Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Pseudagrion torridum mâle immature , appendices anaux, , Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

Ci-dessous un schéma de ces appendices anaux reproduit d’après l’excellent site ADDO, African Dragonflies and Damselflies Online. On le retrouve d’ailleurs dans The Dragonflies and Damselflies of Eastern Africa, Klaas-Douwe B. Dijkstra, Viola Clausnitzer .

Dijkstra, K.-D.B (editor). African Dragonflies and Damselflies Online. http://addo.adu.org.za/ [2019-08-31]

Je n’ai malheureusement rencontré que des mâles immatures comme le témoigne leur coloration rosée. Il existe cependant 2 formes de cette espèce, dont l’une qui conserve ce type de coloration, mais les mâles matures ont tout de même les 2 derniers segments bleus. Pour avoir une idée de l’aspect des mâles de la forme nominale on peut jeter un coup d’oeil à ce Pseudagrion decorum photographié au Rajasthan (Inde…) que j’ai trouvé très ressemblant. Ou encore mieux un sujet mature sur le site de l’ADDO.
Ci-dessous un sujet encore plus jeune, aux yeux encore laiteux et aux taches postoculaires différentes.

Pseudagrion torridum mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Pseudagrion torridum mâle immature , Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

Sur le même site, c’est à dire sur une petite colline, une trentaine de mètres au dessus du lac, parmi les mâles précédents se trouvaient quelques femelles. Les 2 premières photos représentent sans doute une femelle mature, au regard des ses yeux bien colorés.

On le rencontre sur les ruisseaux et rivières mais aussi les eaux stagnantes. Ici ils étaient sur la rive Est du lac Awasa, 150 km au sud d’Addis Abeba, à 1738 m d’altitude.
Il mesure environ 30 mm et sa distribution dessine une ligne transversale depuis le Sénégal à l’Ouest jusqu’à l’Ethiopie à l’Est, et s’étend au Sud vers le Kenya et l’Ouganda et jusqu’en Israël au Nord.




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Ethiopie – Agriocnemis inversa (Karsch, 1899)

Agriocnemis inversa mâle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018
Agriocnemis inversa mâle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018

Il n’y a que 3 Agriocnemis actuellement connus en Ethiopie: A. exilis, A. sania et Agriocnemis inversa qui est le seul que j’ai rencontré, enfin le seul dont je sois certain de l’identification. Je les ai rencontrés au bord de 2 grands lacs bien au sud d’Addis Abbeba.

Agriocnemis inversa mâle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018
Agriocnemis inversa mâle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018

Il mesure 24 à 25 mm, et il ressemble beaucoup à tous les Agriocnemis que j’ai pu voir en Afrique ou en Asie, si petit que les non initiés se demandent ce que je peux bien photographier dans l’herbe!
Il se distingue facilement des 2 autres présents en Ethiopie par ses appendices anaux: les appendices anaux inférieurs, très pointus, sont 2 fois plus longs que le S10 (10° segment). Et le bord supérieur de ce 10° segment se termine par une petite tubérosité dressée vers le haut et l’arrière, bien visible ci-dessous.

Agriocnemis inversa mâle, appendices anaux, , Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018
Agriocnemis inversa mâle, appendices anaux, , Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018

En vieillissant la face, le thorax et les derniers segments abdominaux se couvrent d’une pruinosité blanchâtre qui fait disparaître toute la coloration verte du thorax et l’extrémité rouge de l’abdomen.

Agriocnemis inversa mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Agriocnemis inversa mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

Il se plait dans les eaux stagnantes, les grands lacs et peut-être même des milieux temporaires (flaques de la saison des pluies).
Les anglais le surnomment Highland wisp car on le rencontre jusqu’à 1900 m d’altitude.

Agriocnemis inversa mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Agriocnemis inversa mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

Sur le site ADDO ( African Dragonflies and Damselflies Online ) on lit qu’il est présent de façon certaine au Congo, Ethiopie, Kenya, Rwanda, Sud Soudan et Ouganda et peut-être à Djibouti, au Malawi, Soudan et en Tanzanie.

Ci-dessous une femelle dont j’ai toutes les raisons de croire qu’elle est de la même espèce, parce que je n’ai pas rencontré d’autre Agriocnemis sur les berges du lac Langano.

Agriocnemis inversa femelle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018
Agriocnemis inversa femelle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018



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Ethiopie – Pseudagrion kersteni (Gerstäcker, 1869)

Pseudagrion kersteni mâle, Ethiopie, Jinka, 25/10/2018
Pseudagrion kersteni mâle, Ethiopie, Jinka, 25/10/2018

J’avais déjà rencontré Pseudagrion kersteni en 2008 au Bénin. Il est facile à identifier pour peu qu’on parvienne sur les photos à apercevoir ses appendices anaux caractéristiques qui forment une baïonnette de profil qu’on voit bien en contre-jour ci-dessous. Et heureusement car il y a environ 140 Pseudagrion dans le monde dont une centaine en Afrique.

Pseudagrion kersteni mâle, appendices anaux, , Ethiopie, Jinka, 25/10/2018
Pseudagrion kersteni mâle, appendices anaux, Ethiopie, Jinka, 25/10/2018

Il mesure en moyenne 37 mm et mérite son nom de Powder-faced Sprite:

Pseudagrion kersteni mâle, Ethiopie, Jinka, 25/10/2018
Pseudagrion kersteni mâle, Ethiopie, Jinka, 25/10/2018

Il fréquente les herbes ou les carex des rives des ruisseaux ou des rivières et c’est dans cette situation que je l’ai trouvé au bord de la rivière qui traverse Jinka, à la limite du Parc National de l’Omo, tout au sud de l’Ethiopie. Un endroit répugnant de saleté et d’odeurs puisque les locaux considèrent apparemment cette rivière comme leurs toilettes.
C’était la seule espèce présente avec 7 ou 8 individus, tous mâles.

Ci-dessus le sujet de droite est certainement âgé et on constate que ses taches postoculaires ne sont plus visibles, masquées par la pruine.
On le rencontre depuis l’Afrique du Sud jusqu’aux Guinée à l’Ouest et au Yémen à l’Est, l’Ethiopie constituant pratiquement la limite nord de sa répartition.

Pseudagrion kersteni mâle, Ethiopie, Jinka, 25/10/2018
Pseudagrion kersteni mâle, Ethiopie, Jinka, 25/10/2018



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Ethiopie 2018 – Ischnura senegalensis (Rambur, 1842)

Ischnura senegalensis mâle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018
Ischnura senegalensis mâle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018

Difficile d’imaginer un voyage en Afrique ou en Asie sans penser à rencontrer Ischnura senegalensis tant son aire de distribution est gigantesque, recouvre presque toute l’Afrique et atteint le Japon à travers l’Iran, l’Inde et la Chine. C’est le 10° pays dans lequel je le rencontre.
Ci-dessous:
1 – Ischnura senegalensis mâle, Ethiopie, Lac Awasa, 31/10/2018
2 – Ischnura senegalensis mâle, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018

Il mesure environ 27 mm.
Il ressemble fortement à notre Ischnura elegans mais leurs aires de distribution ne se chevauche pas même si la différenciation est aisée; on peut (entre autres) constater que la coloration bleue respecte le 7° segment (S7) , que la bande antéhumérale est souvent très étroite et, que surtout, les mâles matures sont verts, alors que nos I. elegans sont bleus.

Ischnura senegalensis mâle, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018
Ischnura senegalensis mâle, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018

Mais en Ethiopie on peut rencontrer 2 autres Ischnura: Ischnura abyssinica limité aux hauts plateaux, que je n’ai pas visités, et Ischnura evansi, très ressemblant au premier coup d’oeil, mais finalement assez facile à séparer de I. senegalensis… quand on connaît les critères.
2 sont des critères de coloration: les ptérostigmas d’I. evansi ne sont pas bicolores et le noir qui recouvre le 2° segment abdominal ne « descend » pas sur les côtés, en somme sur une vue supérieure ses bords restent parallèles.
Les appendices anaux sont nettement différents, les cerques d’Ischnura senegalensis étant beaucoup plus longs que les cercoïdes. Enfin sur le S10 d’Ischnura senegalensis on relève 2 minuscules tubérosités jumelles projetées vers le haut, pour I. evansi elles sont longues et projetées vers l’arrière.
1 & 2 – Ischnura senegalensis mâle, Ethiopie, lac Langano, S2, 01/11/2018

Comme souvent pour les femelles Coenagrion on rencontre 2 types de femelles I. senegalensis, l’une est dite gynomorphe ou gynochrome, l’autre andromorphe ou androchrome qui copie les couleurs du mâle mature.

Ischnura senegalensis femelle, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018
Ischnura senegalensis femelle gynochrome, Ethiopie, lac Langano, 31/10/2018
Ischnura senegalensis femelle androchrome, Ethiopie, lac Awasa, 31/0/2018
Ischnura senegalensis femelle androchrome, Ethiopie, lac Awasa, 31/0/2018

Comme pour de nombreuses espèces d’Ischnura on trouve des immatures orange, spectaculaires. Beaucoup de ces petits odonates étaient parasités par des hydracariens, qui sont ces petits masses rondes rougeâtres ou brunâtres fixées préférentiellement sur le thorax.

Ischnura senegalensis femelle, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018
Ischnura senegalensis femelle, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018

Ils se nourrissent de l’hémolymphe (les odonates n’ont pas de sang…) et ne semblent pas en général nuire considérablement à la vie de leur hôte sauf, peut-être, en cas d’infestation très importante.

Ischnura senegalensis accouplement, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Ischnura senegalensis accouplement, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

Quelques semaines après avoir publié cet article je me suis rendu compte que ce que j’avais pris pour des femelles Ischnura evansi était de bien communes I. senegalensis. Enfin, pas si commune car leur coloration pâle m’a perturbée, je n’en avais jamais vues dans ces teintes. Certaines montrent une bande antéhumérale dédoublée qui m’a perturbé mais ce sont sans doute des femelles en maturation dont la couleur noire s’étend progressivement.

Ischnura senegalensis femelle, Ethiopie, lac Awash, 01/11/2018
Ischnura senegalensis femelle, Ethiopie, lac Awash, 01/11/2018

Enfin ces dernières, toutes sur les rives du lac Awasa le 31/10/2018, dont une bien jeune qui porte sur son thorax des hydracariens parasites.

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