Ischnura elegans – Émergence très tardive

Émergence tardive d'un Ischnura elegans mâle, Beaupréau (France - 49)
Émergence tardive d’un Ischnura elegans mâle, Beaupréau (France – 49), 12/10/2018.

La météo de la fin de l’été et du début de l’automne 2018 est exceptionnelle, tant par le manque de pluie que par les températures anormalement élevées, et des records centenaires sont parfois dépassés.
Sur la petite mare de mon jardin j’avais d’ailleurs noté ces derniers jours la présence de Sympetrum striolatum, mâle isolé ou couple en ponte, ce qui est déjà inhabituel pour 2 raisons; d’une part ils se font normalement rare à cette saison et d’autre part je n’avais plus l’habitude d’en voir car il n’y a plus d’émergences de cette espèce dans mon bassin depuis des années en raison de la présence des poissons (Carpes koï et Ides) qui ne laissent aucune chance aux larves (sauf à celles qui vivent essentiellement en surface dans les plantes). D’ailleurs je suis persuadé que les Sympetrum en tandem qui survolent le bassin prennent acte de la présence bien visible de ces poissons car les pontes sont à peine simulées avant qu’ils ne prennent le large.

Ce 12 octobre 2018, vers 13 heures, en parcourant du regard les nénuphars à la recherche de grenouilles prenant le soleil, j’ai tout de même été très surpris de constater la présence de ce tout jeune mâle, encore cramponné à son exuvie. La température était alors de 22°C. 

Émergence tardive d'un Ischnura elegans mâle, Beaupréau (France - 49), 12/10/2018.
Émergence tardive d’un Ischnura elegans mâle, Beaupréau (France – 49), 12/10/2018.

L’espèce est considérée « bivoltine dans le sud de son aire de répartition ». Mais où est vraiment le début du sud de l’aire :).
En Maine et Loire, les premiers individus issus de ponte de la fin de l’été précédent émergent en début avril (le 7 pour ma « meilleure » date), mais il est impensable que celui-ci ait passé tout l’été sous forme de larve.
Ces premiers individus d’avril s’accouplent et pondent assez rapidement ce qui donne certainement lieu à une seconde vague d’émergence car il serait très étonnant que sur un même lieu l’émergence des larves issues de l’été ou de l’automne précédent s’étende jusqu’à fin août, soit sur 5 mois; j’ai en effet des sujets émergents le 30 août en 2010, et une très jeune le 11 septembre 2014.
Je pense donc avoir suffisamment d’éléments pour affirmer que l’espèce est bivoltine en Maine et Loire.

Pour savoir si ce sujet est « un accident climatique » de 3°génération il faudrait connaître la date la plus précoce de l’émergence des sujets de 2° génération. Par exemple j’ai un sujet très jeune, presque émergent le 7 juillet 2007; est-ce un tardif de première génération, produit de l’année précédente (3 mois après les premiers) ou un précoce de la 2° génération :0022: .
Dans le second cas on peut estimer qu’il se sera reproduit avant fin juillet, ce qui dans le cas de mon individu émergent le 12 octobre laisse presque 2 mois et demi à la larve pour se développer.
Et pourquoi pas ?

Malheureusement son avenir est doublement sombre; la météo doit finalement se dégrader pour revenir aux normales saisonnières et il aura bien du mal à assurer sa descendance, bien du mal à trouver une femelle…




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