Lestes macrostigma: tandem 2/2

Lestes macrostigma tandems, France (Vendée - 85), 02/06/2020
Lestes macrostigma tandems, France (Vendée – 85), 02/06/2020

C’est un spectacle insolite qui m’attend ce 2 juin 2020 sur cette mare vendéenne où je suis venu rencontrer, comme tous les ans, les Lestes macrostigmas.
J’ai d’abord été surpris d’en rencontrer sur le chemin bordé d’un chenal qui mène à cette mare, à une centaine de mètres, ce qui ne m’était jamais arrivé; quelques individus isolés et des tandems qui s’envolent dès que l’on approche.
Mais plus on avance dans cette grande mare d’une centaine de mètres de long sur une vingtaine de large, plus ils sont nombreux.

Lestes macrostigma tandems, France (Vendée - 85), 02/06/2020
Lestes macrostigma tandems, France (Vendée – 85), 02/06/2020

Ils sont en fait incroyablement nombreux dans les scirpes qui bordent cette grande mare, mais quasi exclusivement en tandem, de très rares individus isolés et 4 ou 5 accouplements aperçus. Et ce petit monde reste en tandem sans rien faire d’autre, sans chercher à s’accoupler ou à pondre, sauf s’envoler quand on les approche à 3 mètres.
Curieux comportement collectif auquel je ne connais pas d’explication. Les conditions étaient pourtant excellentes, environ 25°C , très ensoleillé avec un vent modéré.
D’autant que lorsque l’on rencontre d’importantes colonies ils sont en général plus faciles à approcher que lorsqu’ils ne sont que quelques uns.

Lestes macrostigma tandems, France (Vendée - 85), 02/06/2020
Lestes macrostigma tandems, France (Vendée – 85), 02/06/2020

Je n’avais jamais vu de telle concentration de zygoptères posés, sauf une fois, il y a une douzaine d’années, ou j’avais contemplé des milliers d’Enallagma cyathigerum sur une mare du Maine et Loire.
Pour les anisoptères j’ai assisté à une émergence massive de milliers de Sympetrum meridionale dans le marais d’Ancenis (44) en 2013, et dans une moindre mesure a un rassemblement important de Pantala flavescens au Vietnam en 2018.
Il y a évidemment eu ici des conditions favorables à une bonne survie des larves et a une émergence massive, et on connaît leur tendance modérée à la dispersion, montrée par le fait que les rares mares à scirpes du marais (rouchères) ne sont pas colonisées, ou très faiblement et épisodiquement.
Les scirpes de cette mare sont en principe entretenus dans un but de sauvegarde, mais n’ont pas été fauchés depuis 2 ans m’a-t’on déclaré sur place; il y a sans aucun doute un rapport direct expliquant ce nombre étonnant de sujets puisqu’on sait que les femelles pondent dans les tiges de Scirpus maritimus, à environ 10 cm de la surface de l’eau, et à 15 cm de la surface en moyenne pour Juncus maritimus (1 ). Mais la coupe permet une densification de la plante.

Lestes macrostigma tandem, France (Vendée - 85), 02/06/2020
Lestes macrostigma tandem, France (Vendée – 85), 02/06/2020

Alors combien sont-ils sur cette mare; j’en ai vu sans doute environ 500, ils sont sans doute 1500 ou 2000 car je n’ai parcouru qu’environ 1/4 ou 1/3 des berges. S’il n’y a pas d’inquiétude immédiate pour cette population très localisée, à moyen terme la disparition de son habitat par la disparition progressive des rouchères est très inquiétante.
Il n’a sans doute pas localement d’intérêt économique à replanter et entretenir des scirpaies, alors que curieusement la demande pour créer ou entretenir les toits de chaume est forte.


-1- Ovipositor morphology and egg laying behaviour in the dragonfly Lestes macrostigma (Zygoptera: Lestidae), Natalia A. Matushkinaa and Philippe H. Lambret, International Journal of Odonatology, Vol. 14, No. 1, March 2011, 69–82.




Lestes sponsa parasité par Leptus killingtoni

Lestes sponsa femelle parasitée par Leptus killingtoni, Chanteloup les bois (France-49), 11/07/2011
Lestes sponsa femelle parasitée par Leptus killingtoni, Chanteloup les bois (France-49), 11/07/2011

C’est en 2011 que j’ai observé ce parasitisme et ce n’est qu’en septembre 2019 que j’ai eu la solution. Il faut dire que cet acarien terrestre est beaucoup moins fréquent, dans ma région en tout cas, qu’ Arrenurus papillator, l’hydracarien star des étangs d’Anjou.
Il s’agit donc d’un acarien terrestre de la famille des Erythreidae, du genre Leptus et très vraisemblablement killingtoni pour son nom d’espèce. Il est d’ailleurs connu en Europe pour infester certains odonates comme Orthetrum coerulescens, Pyrrhosoma nymphula, Ceriagrion tenellum, Coenagrion puella, Coenagrion mercuriale, Lestes sponsa, Enallagma cyathigerum, Cordulegaster boltonii, Anax imperator, Ischnura hastata, Ischnura pumilio et Sympetrum fonscolombii.
Les infestations semblent toujours « légères » montrant relativement peu d’individus sur le même hôte, beaucoup moins en tout cas que celles de Arrenurus papillator qui peuvent être massives.

Lestes sponsa mâle parasitée par Leptus killingtoni, Chanteloup les bois (France-49), 11/07/2011
Lestes sponsa mâle parasitée par Leptus killingtoni, Chanteloup les bois (France-49), 11/07/2011

Ce parasite cherche activement ses hôtes, s’agrippe à la cuticule des odonates lorsqu’ils sont perchés et se nourrit de leur hémolymphe. Il mesure environ 0.7 mm.

Leptus killingtoni en microscopie électronique issu du travail scientifique cité en -1-
Leptus killingtoni en microscopie électronique issu du travail scientifique cité en -1-

D’autres membres du genre Leptus sont connus hors d’Europe pour infester d’autres espèces d’odonates, comme ici sur un Ceriagrion fallax au Vietnam ou un Trithemis dejouxi en Ethiopie.



-1- Larval aquatic and terrestrial mites infesting parthenogenetic Ischnura hastata (Odonata: Coenagrionidae) from the Azores islands – March 2011 – Experimental and Applied Acarology 54(3):225-41.

Différencier Lestes sponsa et Lestes dryas

L’identification doit séparer L. dryas de L. sponsa, son plus proche cousin.
Le critère absolu pour les mâles, quelque soit l’âge de l’individu, reste la forme des appendices anaux qui sont assez courts, spatulés à leur extrémité et recourbés vers l’intérieur pour L. dryas. Ceux de L. sponsa sont plus longs et droits.

Comparaison des appendices anaux de Lestes sponsa et Lestes dryas
Comparaison des appendices anaux de Lestes sponsa et Lestes dryas

Pour les mâles adultes et pruineux, la pruinosité de Lestes dryas doit respecter le dernier tiers du 2° segment abdominal. Mais attention c’est parfois le cas pour L. sponsa. Dans ce cas les limites de la pruinosité sont moins nettes, comme floues.

Pour les Lestes dryas émergents, jeunes et non encore pruineux, le lobe latéral du pronotum est recouvert de coloration métallique, ce qui n’est pas le cas de L. sponsa. Ceci pour les mâles et les femelles.

La forme de la tache portée par l’infra épisterne mésothoracique, c’est à dire la zone située juste au dessus de la coxa (la hanche) de la patte moyenne; si elle est bien individualisée elle indique Lestes sponsa (♂ & ♀). Si elle est confondue avec le reste de la coloration c’est sans doute Lestes dryas, mais attention certains Lestes sponsa sont limites sur ce détail, d’autant plus qu’ils sont âgés.

Comparaison lobe pronotum et tache colorée L. sponsa / L. dryas
Comparaison lobe pronotum et tache colorée L. sponsa / L. dryas

D’autres critères sont difficiles à apprécier sur le terrain, sans comparaison ou sans capture notamment la couleur des yeux des mâles matures, bien difficile à décrire, unique. Un bleu profond qu’il est sans doute le seul de nos odonates européens à présenter.

Lestes dryas et ses yeux bleu céramique.
Lestes dryas et ses yeux bleu céramique.

Difficile également à apprécier sur photo sans capture est la forme de la coloration métallique sur le 1° segment abdominal qui prend la forme de 2 rectangles juxtaposés pour L. dryas alors que l’on décrit 2 triangles pour L. sponsa (♂ & ♀).

Comparaison premier segment abdominal L. dryas vs L. sponsa
Comparaison premier segment abdominal L. dryas vs L. sponsa

Il faut une bonne habitude pour apprécier la forme et la couleur des ptérostigmas de L. dryas sur le terrain, il faut bien avoir en mémoire ceux de L. sponsa et on ne peut pas faire de ces différences un critère. Ceux de L. dryas sont plus sombres (un peu…), plus épais et plus courts que ceux de L. sponsa, ou en tout cas paraissent plus courts car ils sont nettement (en tout plus nettement que ceux de L. sponsa) bordés de zones claires de chaque côté pour les individus matures, mais ces zones claires s’estompent avec le vieillissement.

On note souvent pour les lestes dryas mâles ou femelles la présence d’une pointe thoracique colorée, presque à la façon de Lestes viridis, ce qui est extrêmement rare pour L. sponsa (en tout cas je ne l’ai jamais vu).

Lestes dryas, France, réserve du Pinail (85), 02/06/2013
Lestes dryas mâle immature, France, réserve du Pinail (85), 02/06/2013

Il est facile de différencier L. dryas de L. sponsa pour les sujets émergents grâce à un détail inattendu; les L. sponsa émergents, mâles ou femelles, montre une coloration orangée, presque façon soleil couchant(!), vraiment spectaculaire, sur les parties claires du thorax et de l’abdomen, d’ailleurs tout à fait en accord avec leurs yeux à ce stade.

Lestes sponsa émergent, France, Chanteloup les bois, 22/05/2011
Lestes sponsa émergent, France, Chanteloup les bois, 22/05/2011

Enfin on lit que l’identification des femelles passe par l’examen de l’ovipositeur, celui de L. dryas dépassant le 10° segment abdominal; malheureusement c’est extrêmement rare et je n’ai qu’une photo ou l’on peut difficilement le constater. Mais il est certain que l’ovipositeur de L. dryas est en moyenne indéniablement plus long que celui de L. sponsa.
Ci-dessous une femelle dont l’ovipositeur dépasse S10:

Lestes dryas femelle, ovipositeur, lac de Bourdouze (63), 22/07/2017
Lestes dryas femelle, ovipositeur, lac de Bourdouze (63), 22/07/2017

Malheureusement on en trouve comme celle-ci où l’ovipositeur ne répond pas à la norme… :

Lestes dryas femelle, ovipositeur, réserve du Pinail, (86), 02/06/2013
Lestes dryas femelle, ovipositeur, réserve du Pinail, (86), 02/06/2013

Il faut donc retenir que lorsque l’ovipositeur dépasse le S10 c’est L. dryas, mais s’il est plus court ce n’est pas forcément L. sponsa…
Quand à l’écaille vulvaire qu’on voit ici très bien, triangulaire à pointe distale, qui prend naissance sur l’ovipositeur à la jonction du 8° et du 9° segment et qu’on dit différente entre les femelles L. sponsa et L. dryas, je n’ai jamais réussi à lui trouver une forme suffisamment constante au sein d’une même espèce pour en tirer une quelconque indication pour affirmer une identification…




Sympecma fusca : accouplement 1/1

Sympecma fusca accouplement, Saint Philbert du Peuple (France-49), 01/06/2019
Sympecma fusca accouplement, Saint Philbert du Peuple (France-49), 01/06/2019

Cela fait plus de 12 ans que j’observe et photographie les odonates et c’est la première fois, le premier juin 2019 que j’observe non pas un mais 2 accouplements de Sympecma fusca. Pourquoi aucun en 12 ans et 2 le même jour ? Aucune idée d’autant que sur cette ancienne ballastière il n’y a pas surabondance de Lestes brun, sans doute une quinzaine. Quelques heures plutôt sur l’étang de Joreau (Gennes, 49) il y en avait autant et je n’ai surpris aucun accouplement.
Pas de chance cependant, je n’ai pas pu « tourner autour » de ce couple à contre-jour et j’ai du utiliser le flash.

Sympecma fusca accouplement, Saint Philbert du Peuple (France-49), 01/06/2019
Sympecma fusca accouplement, Saint Philbert du Peuple (France-49), 01/06/2019

Les yeux, dont le sommet est bleu, sont caractéristiques des sujets pleinement matures, et c’est un détail qu’on ne trouve pas sur les sujets qui apparaîtront à la fin de l’été.
On note les multiples pseudo-pupilles dont ces yeux sont parsemés; c’est un effet d’optique qui correspond aux endroits où l’axe des ommatidies, yeux simples élémentaires, correspond à celui du regard de l’observateur ou de l’appareil photo.
Sur la photo ci-dessous on observe parfaitement les cercoïdes du mâle qui cravatent l’espace situé entre le thorax et le pronotum.

Sympecma fusca accouplement, prise du mâle, Saint Philbert du Peuple (France-49), 01/06/2019
Sympecma fusca accouplement, prise du mâle, Saint Philbert du Peuple (France-49), 01/06/2019