Trithemis annulata mâle 1/1

Trithemis annulata mâle, lac d'Hourtin (France-33), 17/07/2019
Trithemis annulata mâle, lac d’Hourtin (France-33), 17/07/2019

Même s’il apparaît d’un rose franchement exotique aux connaisseurs, Trithemis annulata est souvent confondu avec les autres odonates rouges de France, nous n’en avons pas de rose. Il s’agit essentiellement des Sympetrum au premier rang desquels Sympetrum sanguineum, et de l’autre espèce qui nous est arrivée d’Afrique il y a quelques dizaines d’années, Crocothemis erythraea.
Mais bien sûr quand on place ces 3 espèces l’une à côté des autres le doute n’est pas permis:

Comparaison de 3 espèces parfois confondues: Crocothemis erythraea, Trithemis annulata et Sympetrum sanguineum
Comparaison de 3 espèces parfois confondues: Crocothemis erythraea, Trithemis annulata et Sympetrum sanguineum

Hors la coloration comparons C. erythraea et T. annulata pour souligner les différences les plus faciles à observer sur le terrain ou sur photo:
– ils ont tous les 2 une large tache alaire basale (plus sombre et plus étendue pour T. annulata), une marque noire sur les derniers segments, la nervation teintée (de rouille pour C. erythraea, de rouge pour T. annulata) et un discret filet bleu à la partie postérieure de l’œil (clic sur image ci-dessus!).
mais les pattes de C. erythraea sont rouges, celle de T. annulata noires.
– le front de C. erythraea est rouge, celui de T. annulata porte une marque violet très sombre métallisé.
– l’abdomen de C. erythraea aplati dorso-ventralement est large, celui de T. annulata est fin.

Trithemis annulata mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019
Trithemis annulata mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019
Le front est sombre (et poilu!), les pattes sont noires, la nervation est rouge.

Au tour de T. annulata et S. sanguineum:
– ils ont tous les 2 des marques sombres sur les derniers segments et tous les 2 des pattes noires.
– mais S. sanguineum n’a que rarement une tache alaire basale notable et sans commune mesure avec celle à T. annulata, pas de tache sur le front qui est rouge.
– la nervation de S. sanguineum est sombre, celle de T. annulata rouge
– l’abdomen de T. annulata s’affine régulièrement vers son extrémité, celui de S. sanguineum est dilaté entre les segments 6 et 8.

Ils ont tous les 3 pour point commun de pouvoir s’observer sur les mêmes pièces d’eau…

Trithemis annulata mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019
Trithemis annulata mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019

Il se comporte comme de nombreux Libellulidae appréciant les rameaux, les tiges, les herbes un peu isolées dressées au bord de l’eau sur lesquels il se perche afin de surveiller son territoire. Il s’en échappe pour chasser et poursuivre un intrus ou capturer une proie, si c’est l’heure du repas. Si personne ne le dérange, il revient se poser au même endroit.

Trithemis annulata mâle, lac d'Hourtin (France-33), 17/07/2019
Trithemis annulata mâle, lac d’Hourtin (France-33), 17/07/2019

Il adopte souvent la posture que l’on observe ci-dessus, les ailes plus basses que le thorax ce qui lui vaut son nom vernaculaire anglo-saxon de Violet dropwing.




Libellula depressa : respiration



Saint Rémy en Mauges, argilière du bois de Leppo, le 2 juin 2011.

Chez les libellulidae, la respiration est facile à mettre en évidence, plus particulièrement encore pour Libellula depressa qui a l’abdomen aplati, comme son nom le précise.
Le grand vent avait poussé cette femelle à se mettre à l’abri et les conditions météo sont sans doute la raison de sa patience avec moi.


Crocothemis erythraea accouplement 3/3

Le 22 août 2019 je me suis laissé tenté par les bords de Loire pour une section de rive que je n’avais jamais prospectée. Il fait chaud, 27°C, la Loire est très basse et ne montre que du sable sur plusieurs dizaines de mètres de large sur chaque rive. Par endroits, le long de l’enrochement de la levée, il persiste des flaques et sur l’une d’elle qui fait une vingtaine de mètres de long sur 3 de large je suis un peu surpris d’y trouver quelques Crocothemis qui se disputent le terrain.
C’est la première fois que j’en vois sur la Loire, mais bien sûr l’eau est stagnante et non plus courante.
J’observe aussi sur ce tout petit plan d’eau d’assez nombreux Erythromma lindenii en ponte et quelques Ischnura elegans quand j’aperçois passer au dessus de l’eau ces 2 sujets, déjà accouplés. J’ai pensé essayer de les photographier en vol mais ils ont eu la bonne idée de venir aussitôt s’écraser 1 mètre 50 devant mes bottes. J’ai eu le temps de faire 3 photos en 4 secondes et ils se sont séparés la femelle partant aussitôt pondre.

Accouplement de Crocothemis erythraea, rive droite de la Loire à Montjean sur Loire, 22/08/2019
Accouplement de Crocothemis erythraea, rive droite de la Loire à Montjean sur Loire, 22/08/2019

La durée de la copulation est étonnamment courte comparée aux autres Libellulidae : 7 ± 3,3 secondes (1). . Et cette brièveté est d’autant plus étonnante qu’on sait que la plupart des mâles odonates cherchent à s’assurer que leur sperme sera celui utilisé pour féconder les œufs. Pour ce faire, leur pénis est adapté soit à enlever le sperme des partenaires précédents (ce qui suggère tout de même des accouplements longs), soit à le repousser au plus loin des œufs qui vont être pondus, tous les intermédiaires étant sans doute possible, entre repousser et enlever…
Pour Crocothemis erythraea l’analyse morpho-physiologique de son pénis (et l’étude du volume de la spermathèque de la femelle (1)) montre qu’il repousse le sperme des partenaires précédents (mais sans exclure qu’il puisse en éliminer) ce qui est bien en accord avec la brièveté de la copulation.

Accouplement de Crocothemis erythraea, rive droite de la Loire à Montjean sur Loire, 22/08/2019
Accouplement de Crocothemis erythraea, rive droite de la Loire à Montjean sur Loire, 22/08/2019

Pour améliorer les chances de voir son sperme féconder les œufs pondus aussitôt après l’accouplement, le mâle vole à proximité de la femelle pour dissuader tout concurrent qui voudrait s’accoupler avec elle. Mais la plupart du temps il n’est pas longtemps efficace ou se désintéresse de la question au bout des quelques largages d’œufs de la femelle (sa descendance étant assurée…) et celle-ci est à nouveau capturée pendant la ponte si elle n’a pas quitté les lieux…




1 – Sperm competition in the family Libellulidae (Anisoptera) with special reference to Crocothemis erythraea (Brulle) and Orthetrum cancellatum (L.), Adv. Odonatol. 2:195-207, December, 1984, M.T. Siva-Jothy.

Orthetrum coerulescens mâle mature 5/5

Orthetrum coerulescens mâle, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019
Orthetrum coerulescens mâle, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019

La visite sur l’un des sites les plus nordiques en France hébergeant Calopteryx haemorrhoidalis a été l’occasion de rencontrer 7 ou 8 Orthetrum coerulescens au long d’un petit ruisseau.

Orthetrum coerulescens mâle, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019
Orthetrum coerulescens mâle, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019

Et c’est toujours un plaisir pour moi d’observer cette espèce puisque dans mon Maine et Loire les Orthetrum cancellatum sont beaucoup plus abondants. A vrai dire je ne connais pas un seul spot ou je suis certain de le trouver, comme d’ailleurs pour son cousin O. brunneum (quoique…).
Certains étaient de jeunes adultes avec les bandes antéhumérales claires bien visibles, d’autres plus âgés avec le thorax commençant à se recouvrir de pruine comme le sujet ci-dessous.

Orthetrum coerulescens mâle, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019
Orthetrum coerulescens mâle, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019

Tous les sujets ci-dessus ont les yeux bleu-vert, et la face et le front bruns, cette face brune qui permet (entre autres) de le différencier d’Orthetrum brunneum.

Orthetrum coerulescens mâle au front vert, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019
Orthetrum coerulescens mâle au front vert, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019

Et j’ai eu la surprise d’en trouver un (ci-dessus) avec le front coloré exactement dans la même teinte que ses yeux, loin en tout cas du brun habituel. Juste une curiosité, sans doute un maquillage pour attirer les femelles ? 🙂

Orthetrum coerulescens mâle, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019
Orthetrum coerulescens mâle, Saint-Martin-lès-Melle (France -79), 15/07/2019



Tandem Orthetrum albisylum ♂ X Orthetrum cancellatum ♀ 2/2

Tandem O. albistylum X O. cancellatum, Vère Grésigne (France-81), 18/07/2019
Tandem O. albistylum X O. cancellatum, Vère Grésigne (France-81), 18/07/2019

Le 18 juillet 2019 dans le Tarn je prospecte un étang créé par une ancienne gravière. Le temps et bien moyen, peu d’odonates sont actifs si ce n’est 5 ou 6 Orthetrum albistylum que je m’amuse à photographier en vol.
Alors que j’ai a peine eu le temps d’apercevoir une femelle Orthetrum en ponte celle-ci est capturée par un mâle qui aussitôt tente de s’accoupler, sans succès, il repassent 2 fois devant moi et j’ai la chance de faire une photo.
Ce n’est que sur l’ordinateur que je me suis aperçu de la méprise du mâle car il s’agit bien d’une femelle O. cancellatum.
J’ai vu le couple se séparer quelques secondes après la photo sans qu’il y ait eu d’autres tentative de copulation ou de ponte.
Je n’ai jamais vu d’autres tandem d’Orthetrum « en erreur » et il est tout de même étonnant que je sois tombé à 2 reprises sur les 2 mêmes protagonistes…

Ces tandem hétérospécifiques ne sont pas rares mais m’étonnent toujours tellement on met en avant les formidables capacités visuelles des odonates quand il s’agit de repérer des proies par exemple… Ils ne seraient pas capables d’identifier les « bonnes » femelles au premier coup d’oeil ?
Corbet dans Behaviour and Ecology of Odonata cite Tennessen (1982) et Utzeri et Belfiore (1990, Tandem anomali fra Odonati Odonata ) qui écrivent que ce comportement pourrait être expliqué par le fait qu’il serait plus avantageux pour les mâles de saisir la première femelle un peu ressemblante et de la relâcher après en cas d’erreur, que de prendre du temps pour l’identifier et risquer de se devancer par un concurrent.

N’y a-t-il pas simplement quelques mal voyants parmi les odonates ? 🙂