Namibie – Orthetrum chrysostigma (Burmeister, 1839)

Orthetrum chrysostigma mâle, Namibie, Shitemo sur l'Omatako River (Rundu), 21/02/2020
Orthetrum chrysostigma mâle, Namibie, Shitemo sur l’Omatako River (Rundu), 21/02/2020

C’est une espèce commune en Namibie et je n’avais jusqu’alors rencontré que des femelles, en Afrique du Sud, très jeune, puis en Ethiopie, bien âgée. Mais même sur ces femelles on met bien en évidence le principale caractéristique qui permet son identification, cette bande claire thoracique qu’on ne voit ici qu’en cliquant sur la photo. Et encore, ce n’est pas très évident et c’est tout le problème des Orthetrum africains!
Ci-dessous c’est plus facile et sur ces 2 sujets on peut remarquer d’autres détails, comme la nervure costale des 4 ailes (la veine la plus antérieure de l’aile) complètement claire et (et malheureusement partagé avec O. brachiale et stemmale au moins) les nervures transverses (Ax) anténodales très claires, surtout sous la nervure sous-costale.

Orthetrum chrysostigma mâle, Namibie, fuite du barrage Van Bach, 08/02/2020
Orthetrum chrysostigma mâle, Namibie, fuite du barrage Van Bach, 08/02/2020

Les ptérostigmas sont clairs, la nervation est très variable et on compte entre 0 et 15 cellules dédoublées au dessus de la veine Radiale supplémentaire (Rspl). La face est claire, plus jaunâtre que blanche avec le front pruineux pour les mâles matures.
L’abdomen est long et fin au delà de la dilatation du 2° et 3° segment, et semble triangulaire à la coupe. Il mesure entre 39 et 45 mm.
Ci-dessous les 2 photos le 21/02/2020, en Namibie bien sûr, près de Rundu et même plus précisément de Shitemo, sur un petit affluent de l’Okavango, l’Omatako river.

Les mâles en maturation sont étonnants et magnifiques lorsque la pruinosité bleue envahi progressivement l’abdomen et laisse transparaître des zones claires:

Je n’ai pas vu de femelle posée ; la seule que j’ai eue la chance de voir était en ponte, gardée par son mâle sur une grande mare près de Rundu. Et sur les femelles la bande thoracique claire est très évidente, même en vol. D’ailleurs c’est curieusement un genre ou les femelles sont plus faciles à identifier que les mâles, car les critères d’identification concernant la coloration, les motifs thoraciques ou abdominaux, ne sont pas en principe, cachés par la pruinosité.

Ortehtrum chrysostigma femelle en ponte, Namibie, Rundu, 12/02/20

Ci-dessous cette même femelle en ponte dans un fouillis d’herbes, surveillée par son mâle qui s’assure ainsi que les œufs largués à chaque coup d’abdomen dans l’eau, ont bien été fécondés par sa propre semence et qu’un autre mâle ne vienne pas, au moins pour quelques minutes, s’emparer de la femelle pour s’accoupler.

D’ailleurs la photo suivante de ce même mâle en vol permet de comprendre la difficulté à identifier tous ces odonates bleus et pruineux, car parfois et même pour cette espèce, la pruinosité recouvre complètement le thorax et efface cette bande claire si utile; dans ce cas il n’y a plus que l’examen de l’appareil génital secondaire sous le 2° segment abdominal pour se tirer d’affaire

Orthetrum chrysostigma mâle, Namibie, Rundu, 12/02/20
Orthetrum chrysostigma mâle, Namibie, Rundu, 12/02/20

J’ai observé de nombreux accouplements et en particulier sur une mare le 21 février, une véritable frénésie de reproduction, ce qui m’a permis de faire des clichés rapprochés, quand les partenaires se montraient patients.

Orthetrum chrysostigma accouplement, Namibie, Rundu; 12/02/2020
Orthetrum chrysostigma accouplement, Namibie, Rundu; 12/02/2020
Orthetrum chrysostigma accouplement, Namibie, Shitemo sur Omatako river, 21/02/2020
Orthetrum chrysostigma accouplement, Namibie, Shitemo sur Omatako river, 21/02/2020

J’ai eu la surprise de photographier un couple dans lequel le mâle semble immature, au moins selon nos standards habituels qui veulent que la maturité sexuelle ne soit atteinte que lorsque les couleurs adultes sont bien établies; si c’est très souvent le cas, il y a aussi de nombreux exemples ou on a pu observer des mâles pseudo immatures en accouplement ce qui prouve bien qu’ils ne sont pas si immatures!
D’ailleurs on aperçoit que sa coloration est en train d’évoluer puisque les derniers segments abdominaux sont déjà bleus. Enfin à droite une photo de ce couple en tandem ce qui est certainement peu souvent observé, en tout cas je n’avais jamais vu d’Orthetrum dans cette attitude.

On le rencontre sur les berges végétalisées de mares et étangs, en milieu ouvert et sur les parties calmes des rivières.
Il est commun en Afrique, du Cap à la Méditerranée, jusqu’au moyen Orient à l’est et l’Espagne à l’ouest.




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Namibie – Ictinogomphus ferox (Rambur, 1842)

Ictinogomphus ferox mâle, Namibie, Katima Mulilo, rapides du Zambèze, 13/02/2020
Ictinogomphus ferox mâle, Namibie, Katima Mulilo, rapides du Zambèze, 13/02/2020

J’avais rencontré Ictinogomphus ferox (Gomphidae) très brièvement en Afrique du Sud mais durant ce séjour il a été très présent. Il est souvent patient, peu craintif et spectaculaire par sa taille qui atteint 75 à 90 mm et ses expansions foliacées sur le segment 8.
Ci dessous à gauche le 14/02/2020 à Bum Hill dans le parc national de Bwabwata, il faut remarquer les très longues auricules portées par le 2° segment abdominal. A droite le long du Zambèze à Katima Mulilo, le 14/02/2020, en dessous au même lieu le 15/02/2020.

Il aime se percher sur les rameaux qui surplombent l’eau, près des berges, pour surveiller son territoire où il fait régner sa loi. On le trouve sur le bord des rivières, mais aussi des mares et des lacs.
Il ne dédaigne pas à l’occasion de faire l’obélisque lorsque la température est élevée:

Ictinogomphus ferox mâle, Namibie, Kalambesa, 17/02/2020
Ictinogomphus ferox mâle, Namibie, Kalambesa, 17/02/2020

Le Common Tigertail appartient à l’Afrique tropicale, à l’Ouest depuis le Sierra Léone et Liberia jusqu’à l’Ethiopie et la Somalie à l’Est. De là on le trouve en Afrique de l’Est jusqu’au nord-est de l’Afrique du Sud, et plus à l’Ouest dans la moitié sud de l’Angola, en Namibie, et la moitié nord du Botswana.

Comme on le voit ci-dessus les femelles portent également des expansions foliacées, sans doute un peu moins importantes que celles des mâles et se livrent à la même gymnastique que ceux-ci pour adapter leur température interne: en cas de forte chaleur la position dite de « l’obélisque » permettrait de limiter la surface exposée aux rayons directs du soleil. Lors de ces photos la température dépassait les 30°C à l’ombre.
J’ai pu longuement observer et photographier une femelle perchée sur les branches basses d’un arbre à quelques dizaines de mètres du Zambèze. Sur l’écran de l’ordinateur je me suis rendu compte que ce que j’avais pris pour des fèces étaient en fait une partie de sa ponte dans laquelle on individualise très bien quelques œufs accrochés au bout de sa lame vulvaire.

Ictinogomphus ferox femelle, Namibie, Rundu, 11/02/2020
Ictinogomphus ferox femelle, Namibie, Rundu, 11/02/2020



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Namibie – Africallagma subtile (Ris, 1921)

A vrai dire ce n’est que sur l’écran de l’ordinateur au retour que je me suis aperçu que mon identification initiale ne collait pas; je ne m’étais d’ailleurs pas attardé sur la détermination de l’espèce, ce qui m’avait attiré était surtout la position curieuse des ailes, semi ouvertes, étonnante pour un Coenagrionidae.

Africallagma subtile femelle, Namibie, Rundu, 11/02/2020
Africallagma subtile femelle, Namibie, Rundu, 11/02/2020

Sur la base de la forme des taches postoculaires je pensais avoir affaire à une curieuse femelle Ischnura senegalensis, mais en regardant de plus près je me suis aperçu que les ptérostigmas n’avaient pas la forme caractéristique de ceux des Ischnura.
Il s’agit d’une femelle Africallagma subtile, seul représentant de l’espèce, et même du genre, que nous apercevrons durant ce séjour. L’espèce est très rare en Namibie, très discrète, et ne semble être connue que sur 2 sites dont celui ou je l’ai trouvée, une mare près de Rundu, à une centaine de mètres de l’Okavango.
Le mâle mesure environ 30 mm et son nom d’espèce indique sa finesse, subtile en latin signifiant délicatement mince. Il prend le nom de Fragile bluet en anglais.
Les mares temporaires alimentées par les pluies, bien et même densément végétalisées avec herbes et roseaux sont son habitat préférentiel.
On le rencontre du Sénégal à l’Ethiopie au nord, absent du Gabon et du Congo il se limite au sud au nord de la Namibie, au nord du Botswana et au sud du Mozambique, sans atteindre l’Afrique du Sud.




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Namibie – Acisoma inflatum (Selys, 1882)

Acisoma inflatum mâle, Namibie, Bwabwata National Park, Bum Hill, 14/02/2020
Acisoma inflatum mâle, Namibie, Bwabwata National Park, Bum Hill, 14/02/2020

A priori il n’y a qu’une seule espèce d’Acisoma en Namibie. La bande de Caprivi est pourtant cernée par des zones abritant Acisoma variegatum mais sa présence n’a jamais été démontrée. Et c’est bien commode car comme on le voit ci-dessous il ne sont pas faciles à différencier, et d’ailleurs sur une telle vue il doit être très difficile de les séparer avec certitude:

Comparaison Acisoma inflatum/Acisoma variegatum
Comparaison Acisoma inflatum/Acisoma variegatum

Je ne vais pas développer ici leurs différences, qui se font sur la longueur des segments 5 et 6, le rapport longueur/hauteur du segment 5 et la coloration noire, ou non, de l’angle ventral du 4° et 5° segment.
Ci-dessous Acisoma inflatum, Bwabwata National Park, Bum Hill, 14 & 16/02/2020:

Jusqu’en mai 2016 et la publication dans Zootaxa de Six, not two, species of Acisoma pintail dragonfly (Odonata: Libellulidae) on pensait qu’il n’existait que 2 espèces d’Acisoma en Afrique: Acisoma trifidum et Acisoma panorpoides dont l’aire de distribution s’étendait de l’Asie jusqu’à Madagascar. Cette dernière espèce a été séparé en 5 espèces(!) dont Acisoma panorpoides en Asie, 2 sur le continanent africain, A. inflatum et variegatum, et 2 à Madagascar.

Acisoma inflatum mâle, Namibie, Mapulanga, Kwando River, 18/02/2020
Acisoma inflatum mâle, Namibie, Mapulanga, Kwando River, 18/02/2020

Acisoma inflatum est un tout petit Libellulidae, 28 à 33 mm, cela ne l’empêche pas de manger des Coenagrionidae aussi longs que lui, ci-dessous sans doute une femelle Ceriagrion sp.

Acisoma inflatum mâle, Namibie, Mapulanga, Kwando River, 18/02/2020
Acisoma inflatum mâle, Namibie, Mapulanga, Kwando River, 18/02/2020

Nous avons pu observer également de nombreuses femelles: à gauche Bwabwata National Parc Mahango Core area, 20/02/2020, les 2 autres Mapulanga, Kwando River, 18/02/2020.

L’espèce est présente du Sénégal à l’Ethiopie jusqu’au nord-est de l’Afrique du Sud et l’est du Botswana. Elle semble curieusement absente de Namibie et du Mozambique mais présente en un îlot au nord de la Libye.
Ci-dessous une jeune femelle.

Acisoma inflatum femelle, Namibie, Bwabwata National Park, Bum Hill, 14/02/2020
Acisoma inflatum femelle, Namibie, Bwabwata National Park, Bum Hill, 14/02/2020

Ici une femelle bien mature dont les yeux ont pris leurs couleurs d’adulte.

Acisoma inflatum femelle, Namibie, Katima Mulilo, Mubiza, 13/02/2020



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Namibie – Elattoneura glauca (Selys, 1860)

Elattoneura mâle, Namibie, Rundu sur l'Okavango, 10/02/2020
Elattoneura mâle, Namibie, Rundu sur l’Okavango, 10/02/2020

Elattoneura glauca est le seul Protoneuridae que nous avons rencontré en Namibie mais il y est largement répandu et commun ce qu’exprime son nom vernaculaire Common threadtail. Threadtail est le nom générique qui exprime bien la finesse de son abdomen.

Elattoneura mâle, Namibie, Rundu sur l'Okavango, 10/02/2020
Elattoneura mâle, Namibie, Rundu sur l’Okavango, 10/02/2020

Quand à son nom d’espèce scientifique, glauca, de glaucus, bleu-gris, il se réfère à la coloration bleuté de la pruinosité qui envahit partiellement les mâles adultes.
Son identification est aisée par la longueur de son abdomen qui le sépare facilement des Coenagrionidae comme les Pseudagrion et par le fait qu’il est le seul de son genre et même de sa famille en Namibie.

Elattoneura mâle, Namibie, Popa Falls Resort sur l'Okavango, 18/02/2020
Elattoneura mâle, Namibie, Popa Falls Resort sur l’Okavango, 18/02/2020

On le rencontre essentiellement sur les rivières, parfois rapides mais dans leurs parties calmes, dans la végétation et en particulier assez bas dans les roseaux et parfois bien à l’ombre, ce qui explique que nombre de mes photos soient sombres…
Ci-dessous à gauche, à Nyangana, sur un bras de l’Okavango, le 13/02/2020 , à droite à Rundu, sur l’Okavango également , le 12/02/2020.

Les jeunes mâles sont bien sûr très différents et comme le fait remarquer De Selys dans la description originale de l’espèce (sous le nom de Disparonevra glauca) ils ressemblent à notre Platycnemis pennipes jeune:

Elattoneura mâle immature, Namibie, Nyangana, sur un bras de l'Okavango, 13/02/2020
Elattoneura mâle immature, Namibie, Nyangana, sur un bras de l’Okavango, 13/02/2020

Les femelles sont bien plus discrètes et je n’en aurai fait qu’une photo, bien à l’ombre et en fin d’après midi, sur un tout petit bras de l’Okavango.

Elattoneura femelle, Namibie, Popa Falls Resort sur l'Okavango, 18/02/2020
Elattoneura glauca femelle, Namibie, Popa Falls Resort sur l’Okavango, 18/02/2020

A l’Ouest de l’Afrique sa distribution s’étend de la Guinée au nord de la Namibie et du Botswana. A l’est, de l’Ethiopie jusqu’au sud de l’Afrique du Sud.




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