Namibie – Phaon iridipennis (Burmeister, 1838)

Phaon iridipennis femelle, Namibie, Popa Fall (Okavango), 18/02/2020
Phaon iridipennis femelle, Namibie, Popa Fall (Okavango), 18/02/2020

C’est le seul Calopterygidae de Namibie (et d’Afrique du Sud) et il appartient à un genre qui ne compte que 3 membres, iridipennis et camerunensis en Afrique sub-saharienne et rasoherinae à Madagascar.
Il mesure en moyenne 70 mm ce qui en fait un insecte impressionnant et un des plus grands zygoptères africains ; de ce fait il est impossible de le confondre avec un autre genre.

Phaon iridipennis femelle, Namibie, Popa Fall (Okavango), 19/02/2020
Phaon iridipennis femelle, Namibie, Popa Fall (Okavango), 19/02/2020

Nous n’avons malheureusement rencontré que des femelles, 2 jours de suite, pratiquement au même endroit, à proximité d’un petit bras rapide de l’Okavango, sous le couvert des arbres. Malheureusement car comme très souvent les mâles sont plus spectaculaires, et l’iridescence de leurs ailes est plus prononcée comme on peut en avoir un indice sur la première photo.
Cette iridescence est bien sûr à l’origine de son nom d’espèce, irid signifiant arc-en-ciel en grec et pennis signifiant plume, patte. Elle prend d’ailleurs le nom de Glistening Demoiselle en anglais.
Son nom de genre renvoie sans doute simplement à la beauté de l’espèce car Phaon dans la mythologie grecque était un vieux batelier passeur de l’ile de Lesbos qui a reçu d’Aphrodite un onguent qui a fait de lui un très beau jeune homme.

Phaon iridipennis femelle, Namibie, Popa Fall (Okavango), 19/02/2020
Phaon iridipennis femelle, Namibie, Popa Fall (Okavango), 19/02/2020

Il fréquente les ruisseaux et rivières en forêt galerie ou dans les aires plus ouvertes des forêts et se rencontre dans toute l’Afrique subsaharienne.
Je n’ai gardé que des photos qui mettent le sujet en valeur mais il ou elle se perche très fréquemment sur des branches et des rameaux morts, comme ci-dessous.

Phaon iridipennis femelle, Namibie, Popa Fall (Okavango), 19/02/2020
Phaon iridipennis femelle, Namibie, Popa Fall (Okavango), 19/02/2020



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Namibie – Pantala flavescens (Fabricius, 1798)

Pantala flavescens mâle, Namibie, mare près de Sibinda, 14/02/2020
Pantala flavescens mâle, Namibie, mare près de Sibinda, 14/02/2020

Je ne me suis pas attardé à faire des photos de Pantala flavescens puisque je l’avais déjà rencontré dans 12 pays sur 3 continents. Mais il est toujours spectaculaire par la largeur de ses ailes postérieures et son abdomen fusiforme qui en fait un odonate taillé pour les vols à longue distance, et il est d’ailleurs capable de migrer (sur 4 générations tout de même) de l’Inde à l’est de l’Afrique, et de l’est de l’Afrique à l’Inde en accompagnant les moussons.

Pantala flavescens mâle, Namibie, Rundu, 21/02/2020
Pantala flavescens mâle, Namibie, Rundu, 21/02/2020

Il mesure 47 mm en moyenne et, je le mentionne pour les plus curieux, il pèse environ 0,310 g (1). Comme beaucoup d’odonates il capture ses proies en vol et l’étude citée précédemment montre qu’en des conditions de laboratoire il consomme quotidiennement une biomasse équivalente à plus des 2/3 de son poids (224.51 mg). Pour le fun, pour un homme de 70 kg cela représenterait 46 kg de nourriture.

Pantala flavescens femelle, Namibie, barrage Von Bach, 22/02/2020
Pantala flavescens femelle, Namibie, barrage Von Bach, 22/02/2020

En dépouillant les photos je me suis aperçu que je n’avais pas photographié de femelle « normale », seulement celle ci-dessus avec son abdomen vrillé de presque un demi-tour, soit un accident d’émergence, soit quelque autre incident dans sa jeunesse car la déformation semble cicatrisée ; elle ne pourra pas s’accoupler.

Cette autre femelle était piégée par cette plante velcro qu’est Setaria verticillata et un de mes compagnons l’en a délivré :

Enfin des photos de ce couple en ponte qui expliquent pourquoi je ne suis jamais lassé d’observer les odonates et leur comportement, parfois insensé ; il en est sans doute des libellules comme des hommes… Le lieu de ponte est un chemin de pavés traversé, ou plutôt humidifié par le débordement d’un ruisseau ; il n’y a bien sûr pratiquement aucune chance que les œufs pondus puissent éclore même si on connaît les fantastiques capacités d’adaptation de la larve, acceptant n’importe quel type de milieu et en particulier les mares temporaires grâce à la rapidité de son développement larvaire (38 – 65 jours).

Sa répartition mondiale est un feuilleton puisqu’elle est présente sur tous les continents (sauf l’Antarctique) depuis sa découverte dans plusieurs pays d’Europe en 2019 et sa reproduction attestée en Allemagne (2) et Suisse cette même année. Observée en France dans le Gard le 12/08/2019, une nouvelle preuve de reproduction a été apportée cette année (2020) en Pologne, encore un peu plus au Nord que le signalement germanique de l’année précédente (3).
Mais on ne peut parler d’autochtonie car il s’agit d’émergences issues de ponte par des sujets migrants, et non des sujets dont les larves auraient passé l’hiver dans ces régions.


-1- Feeding Potential of Adult Dragonflies, Pantala flavescens (Fabricius), Brachythemis contaminata Fabricius and Bradinopyga geminata Rambur (Anisoptera: Libellulidae) on Insect Pests under Laboratory Condition, June 2015, Journal of Biological Control 29(2):85, D. M. RATHOD and B. M. PARASHARYA.
-2- GÜNTHER A. 2019b. Successful breeding by Pantala flavescens in Germany (Odonata: Libellulidae). Odonatologica, 48 (3/4): 203-210.)
-3- Reproductive success of Wandering Glider Pantala flavescens (FABRICIUS, 1798)
(Odonata: Libellulidae) recorded in Lake Rakutowskie (central Poland), Elżbieta LEWANDOWSKA,
, Krzysztof LEWANDOWSKI, Paweł BUCZYŃSKI, Odonatrix 16_11 (2020)




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Namibie – Trithemis kirbyi (Selys, 1891) et sa présence en France

Trithemis kirbyi mâle, Namibie, au pied du plateau de Waterberg, 08/02/2020
Trithemis kirbyi mâle, Namibie, au pied du plateau de Waterberg, 08/02/2020

C’est un des Libellulidae les plus rouges qui soient que l’on peut confondre avec C. erythraea dont on le sépare par l’étendue de la tache alaire ambrée et l’absence de bleu à la base des yeux. Il porte une petite tache noire sur S9 (à peine visible sur S8).
Brachythemis lacustris est beaucoup plus proche, plus petit et plus trapu, mais très ressemblant… Sa tache alaire sur les ailes postérieures, plus large, atteint le nodus et ses ptérostigmas sont en principe bicolores (ils tendent à noircir chez les sujets un peu âgés).

Trithemis kirbyi mâle, Namibie, au pied du plateau de Waterberg, 08/02/2020
Trithemis kirbyi mâle, Namibie, au pied du plateau de Waterberg, 08/02/2020

Curieusement et cela est d’ailleurs signalé dans Dragonflies ans Damselflies of Namibia, Frank Suhling & Andreas Martens, il est rare dans la bande de Caprivi et nous ne l’avons pas croisé dans cette région pourtant extrêmement riche.
Son nom d’espèce kirbyi est un hommage à William Forsell Kirby, éminent spécialiste britannique des odonates à la fin du XIX° siècle.

Trithemis kirbyi mâle, Namibie, mare près de Rundu, 12/02/2020
Trithemis kirbyi mâle, Namibie, mare près de Rundu, 12/02/2020

Il mesure 35 à 38 mm et tolère tout type d’habitat : les rivières, les fossés autant que les abreuvoirs, les piscines et les mares temporaires, puisque sa larve peut se développer en moins de 50 jours.
Et c’est certainement la raison pour laquelle après 3 saisons ou il a été signalé dans le sud de la France, la preuve de son autochtonie (provisoire ?) a été apportée par la découverte d’exuvies le 25 aout 2020, à Cambo-les-bains (Pyrénées-Atlantiques), par Bruno Jourdain. La découverte a été relatée par Opie-odonates.
Mais savoir si les larves sont capables de passer l’hiver dans le sud de la France est une autre question car on peut sans doute supposer que la découverte, tard en saison, de ces individus et de ces exuvies, est due au fait que des individus adultes venus d’Espagne ont pondu dans ces bassins au début de l’été…

Trithemis kirbyi mâle, Namibie, mare près de Rundu, 12/02/2020
Trithemis kirbyi mâle, Namibie, mare près de Rundu, 12/02/2020

Son aire de distribution est gigantesque depuis les Comores, Madagascar et l’Afrique du Sud jusqu’au sud de la France à l’Ouest, et à l’Est jusqu’au Myanmar.
Cette distribution entraîne des variations géographiques, que certains hissent à la hauteur des sous-espèces, si tant est que ce terme puisse avoir une quelconque signification. On distingue la s.s.p. Trithemis kirbyi kirbyi, en Inde par exemple, alors qu’en Namibie on trouve la s.s.p. Trithemis kirbyi ardens. La différence majeure est l’étendue de la coloration alaire légèrement plus restreinte pour T. kirbyi kirbyi (elle ne colore pas le triangle de l’aile antérieure, n’atteint que la 3° ou 4° veine transverse anténodale (Ax) sur l’aile postérieure).
Klaas-Douwe B. Dijkstra signale même qu’à Madagascar l’espèce n’a pas reçu de nom de sous-espèce particulier mais que ses ptérostigmas sont rouges.




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Namibie – Olpogastra lugubris (Karsch, 1895)

Olpogastra lugubris mâle, Namibie, Katima Mulilo, rive du Zambèze, 13/02/2020
Olpogastra lugubris mâle, Namibie, Katima Mulilo, rive du Zambèze, 13/02/2020

Olpogastra lugubris (Libellulidae) est très commun en Namibie au long des rivières et nous l’avons rencontré quasiment tous les jours, mais jamais en nombre. Il appartient à un genre monospécifique et il est impossible à confondre avec une autre espèce.

Olpogastra lugubris mâle, Namibie, Divundu sur l'Okavango, 10/02/2020
Olpogastra lugubris mâle, Namibie, Divundu sur l’Okavango, 10/02/2020

Il se distingue de tous les autres Libellulidae par son abdomen très mince et extraordinairement dilaté pour les premiers segments, sa coloration jaune et noire un peu à la façon d’un Gomphidae avec un thorax semé de taches jaunes.

Olpogastra lugubris mâle, Namibie, Katima Mulilo, rive du Zambèze, 13/02/2020
Olpogastra lugubris mâle, Namibie, Katima Mulilo, rive du Zambèze, 13/02/2020

Il mesure jusqu’à 62 mm avec une envergure de 89 mm et il n’hésite pas à s’attaquer à des proies importantes, ici un très jeune Paragomphus elpidius mâle de près de 50 mm.

Le Libellulidae dont il est le plus proche par son habitus est Zygonoides fuelleborni qui a d’ailleurs d’abord été rangé dans le genre Olpogastra.
Il fréquente les rivières en milieu ouvert, mais on le trouve aussi sur les mares et les lacs.

Les femelles sont moins présentes ou passent inaperçues parmi leurs compagnons car elles leur sont totalement ressemblantes, portant les mêmes motifs thoraciques et abdominaux. Leur abdomen est cependant un peu plus large.

Olpogastra lugubris femelle, Namibie, Parc National de Bwabwata, Mahango, 20/02/2020
Olpogastra lugubris femelle, Namibie, Parc National de Bwabwata, Mahango, 20/02/2020

L’espèce est donc commune dans les zones humides de Namibie et elle est largement répandue dans presque toute l’Afrique sub-saharienne. La voici perpétuant l’espèce :

Olpogastra lugubris accouplement, Namibie, Parc National de Bwabwata, Bum Hill, 14/02/2020
Olpogastra lugubris accouplement, Namibie, Parc National de Bwabwata, Bum Hill, 14/02/2020

À Popa Falls j’ai trouvé une spectaculaire exuvie d’Olpogastra lugubris, spectaculaire par la longueur des épines des derniers segments. Ce sont certainement des organes de défense passive de la larve contre les prédateurs, le plus souvent des poissons.




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Namibie – Trithetrum navasi (Lacroix, 1921)

Trithetrum navasi mâle, Namibie, Rundu, 11/02/2020
Trithetrum navasi mâle, Namibie, Rundu, 11/02/2020

Nous n’avons rencontré qu’un unique sujet, et vu la géographie du site nous n’avons pu l’observer que sous un seul angle. Il se trouvait sur un groupe de mares assez importantes, sans doute issue des débordements de l’Okavango.
Il ressemble beaucoup à un Sympetrum et a été très longtemps considéré comme tel avec que l’on cré un genre particulier pour lui et une autre espèce, il n’y a donc que 2 espèces dans ce genre (Dijkstra, K.-D.B., and Pilgrim, E.M. (2007). Trithetrum, a new genus of African dragonflies formerly placed in Sympetrum (Odonata, Libellulidae)).
Au moins un détail morphologique accessible sur cette photo le sépare du genre Sympetrum ; la coloration uniforme de l’abdomen, sans traces noires dorsales sur les derniers segments ou de traces noires sur les flancs de l’abdomen. Le thorax est également uniformément brun sans aucune bande de couleur.
Son cousin Trithetrum congoense ressemble lui plus à un Trithemis est c’est en partie pour cette raison le nouveau nom de genre est un mélange de Trithemis et de Sympetrum.
Il mesure un peu plus de 35 mm et accepterait une grande diversité d’habitat, exploitant les milieux lentiques comme lotiques.
On le trouve du Sénégal à l’Ouganda puis sa répartition descend vers le sud, au centre de l’Afrique jusqu’au nord du Botswana. En Namibie on ne le trouve qu’au long des fleuves des frontières avec la Zambie, le Botswana et l’Angola.

Trithetrum navasi mâle, Namibie, Rundu, 11/02/2020
Trithetrum navasi mâle, Namibie, Rundu, 11/02/2020

Son nom d’espèce est un hommage au jésuite et entomologiste espagnol Longinos Navas qui n’a cessé d’encourager Lacroix dans son étude des névroptères.




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