Onychogomphus forcipatus ; émergence d’une femelle et émission d’hémolymphe.

Le passage de la vie aquatique à la vie aérienne entraîne des modifications fondamentales de la physiologie des odonates ; il s’agit d’adapter un animal vivant dans l’eau depuis plusieurs mois ou plusieurs années à la vie aérienne en … quelques heures, le temps de l’émergence. Il faut évoluer d’une larve aquatique contenant une libellule complètement formée (ce n’est pas une métamorphose !), compressée/comprimée à l’intérieur de l’enveloppe cuticulaire à un insecte parfait, plusieurs fois plus long et bien sûr pourvu d’ailes légères, sèches et transparentes.
Cette expansion résulte d’une forte augmentation de la pression de l’hémolymphe, qui permet l’expansion de l’abdomen et des ailes.
Et ce sont justement des gouttes d’hémolymphe que l’on voit s’échapper de l’extrémité de l’abdomen de cette femelle, par son anus…

La vidéo est en boucle; malheureusement les contrôles de lecture assombrissent la partie inférieure, exactement là où sont émises les gouttes. Il faut donc soit placer le pointeur hors de la vidéo, ou si on la regarde en plein écran, ne plus bouger le pointeur qui disparaît en quelques secondes.

Sur ces 24 secondes on constate l’émission de 6 gouttes, la vidéo complète en montre 10 (j’ai supprimé le début qui n’était pas assez net). Avant que je ne déclenche la vidéo elle en a perdu au moins 4. Je ne sais pas combien elle en a perdu auparavant, et après surtout car la cadence semble quand même rapide. Soit au moins 14 gouttes ce qui est un nombre élevé si on se réfère à Melissa Lutsch & Kamilla Koch (2016) The probable function of abdominal contractions and liquid drops during the emergence of Zygoptera and Anisoptera (Odonata), International Journal of Odonatology, 19:4, 199-205, DOI: 10.1080/13887890.2016.1251342.
Dans ce document, pour les anisoptères le nombre maximum observé est de 9 gouttes, et étonnamment 14 pour les zygoptères.
Cet écoulement n’a jamais été analysé chimiquement. Il résulterait de l’excès de liquide présent dans l’organisme de la libellule après qu’elle est devenue aérienne, cette vidange ayant pour but d’alléger l’odonate.

Petit calcul ; cet odonate a éliminé 14 gouttes de liquide, supposons avec ce que je n’ai pas filmé ni observé qu’il en ait perdu 20. 20 gouttes c’est 1 cm3 si on l’assimile à de l’eau et cela fait donc au moins 1 gramme.
Maintenant quel est le poids d’une femelle Onychogomphus forcipatus ; je ne sais pas mais le poids de la plus grande libellule européenne, Anax imperator, est de 1,2 g (Corbet, 2004) pour 75 mm en moyenne. Un O. forcipatus mesure en moyenne 48 mm et pèse donc certainement moins d’un gramme.
On voit donc que cet allègement d’au moins 1 gramme est essentiel afin de lui permettre de s’envoler.

Voir aussi sur le même sujet : Stylurus flavipes : émergence d’un mâle




Accueil Onychogomphus forcipatus
Accueil Onychogomphus forcipatus

Namibie – Pseudagrion massaicum (Sjöstedt, 1909)

Pseudagrion massaicum mâle, Namibie, Katima Mulilo, près du Zambèze, 17/02/2020
Pseudagrion massaicum mâle, Namibie, Katima Mulilo, près du Zambèze, 17/02/2020

Pseudagrion massaicum, que j’avais déjà rencontré en Afrique du Sud, fait partie des Pseudagrion à thorax et yeux rouges. Mais contrairement à ceux avec lesquels on pourrait le confondre en Namibie, il n’est pas rouge que sur la face supérieure du thorax mais également en dessous de la suture humérale et en ceci il est unique. Ce caractère devient moins évident à apprécier quand les sujets sont âgés car bien que cette zone ne devient pas pruineuse comme la partie la plus inférieure du thorax, elle devient très sombre.

Pseudagrion massaicum mâle, Namibie, barrage Van Bach, 22/02/2020
Pseudagrion massaicum mâle, Namibie, barrage Van Bach, 22/02/2020

Un autre caractère distinctif très intéressant est la forme de la coloration noire sur la suture humérale; elle est fine (ce qui le différencie par exemple de P. sjoestedti) mais elle s’affine, voire même s’interrompt très brièvement avant de s’élargir fortement.

Pseudagrion massaicum mâle, Namibie, barrage Van Bach, 08/02/2020
Pseudagrion massaicum mâle, Namibie, barrage Van Bach, 08/02/2020

Il mesure 29 à 38 mm et préfère les eaux calmes ou faiblement courantes.
Les femelles montrent une bande sombre très forte et nette sur les yeux surmontée d’une autre plus discrète.

Pseudagrion massaicum femelle, Namibie, Katima Mulilo, près du Zambèze, 17/02/2020
Pseudagrion massaicum femelle, Namibie, Katima Mulilo, près du Zambèze, 17/02/2020

Quand elles ne sont pas trop âgées, ou n’ont pas trop de boue due à la ponte sur les derniers segments on constate des motifs spécifiques sur le 8° et 9° segment; la tache noire dorsale du S8 descend latéralement laissant un espace clair en avant et en arrière (en principe…), tandis que le S9 sur une vue supérieure porte un triangle noir.

Pseudagrion massaicum femelle, Namibie, Katima Mulilo, près du Zambèze, 17/02/2020
Pseudagrion massaicum femelle, Namibie, Katima Mulilo, près du Zambèze, 17/02/2020

On retrouve tous ces détails d’identification sur cette jeune femelle ci-dessous, la double barre sur les yeux, l’amincissement de la ligne noire sur la suture humérale et la forme spécifique de la tache sur S8 et S9.

Pseudagrion massaicum femelle, Namibie, Rundu près de l'Okavango, 10/02/2020
Pseudagrion massaicum femelle, Namibie, Rundu près de l’Okavango, 10/02/2020

On trouve Pseudagrion massaicum dans toute la partie Sud de l’Afrique depuis l’Angola à l’Ouest mais à l’Est son aire de distribution remonte au Nord jusqu’au Soudan et à l’Ethiopie.

Pseudagrion massaicum accouplement, Namibie, Kalambesa, 15/02/2020
Pseudagrion massaicum accouplement, Namibie, Kalambesa, 15/02/2020



Cet article fait partie de ceux consacrés aux odonates de Namibie. Pour revenir à la page d’accueil des Odonates de Namibie, cliquez ici.

Coenagrion mercuriale – Galerie 1/1

Clic sur photos…

Tandem Orthetrum albisylum ♂ X Orthetrum cancellatum ♀ 2/2

Tandem O. albistylum X O. cancellatum, Vère Grésigne (France-81), 18/07/2019
Tandem O. albistylum X O. cancellatum, Vère Grésigne (France-81), 18/07/2019

Le 18 juillet 2019 dans le Tarn je prospecte un étang créé par une ancienne gravière. Le temps et bien moyen, peu d’odonates sont actifs si ce n’est 5 ou 6 Orthetrum albistylum que je m’amuse à photographier en vol.
Alors que j’ai a peine eu le temps d’apercevoir une femelle Orthetrum en ponte celle-ci est capturée par un mâle qui aussitôt tente de s’accoupler, sans succès, il repassent 2 fois devant moi et j’ai la chance de faire une photo.
Ce n’est que sur l’ordinateur que je me suis aperçu de la méprise du mâle car il s’agit bien d’une femelle O. cancellatum.
J’ai vu le couple se séparer quelques secondes après la photo sans qu’il y ait eu d’autres tentative de copulation ou de ponte.
Je n’ai jamais vu d’autres tandem d’Orthetrum « en erreur » et il est tout de même étonnant que je sois tombé à 2 reprises sur les 2 mêmes protagonistes…

Ces tandem hétérospécifiques ne sont pas rares mais m’étonnent toujours tellement on met en avant les formidables capacités visuelles des odonates quand il s’agit de repérer des proies par exemple… Ils ne seraient pas capables d’identifier les « bonnes » femelles au premier coup d’oeil ?
Corbet dans Behaviour and Ecology of Odonata cite Tennessen (1982) et Utzeri et Belfiore (1990, Tandem anomali fra Odonati Odonata ) qui écrivent que ce comportement pourrait être expliqué par le fait qu’il serait plus avantageux pour les mâles de saisir la première femelle un peu ressemblante et de la relâcher après en cas d’erreur, que de prendre du temps pour l’identifier et risquer de se devancer par un concurrent.

N’y a-t-il pas simplement quelques mal voyants parmi les odonates ? 🙂