Namibie – Orthetrum trinacria (Selys, 1841)

Orthetrum trinacria mâle, Namibie, Kalambesa à l’Est de Katima Mulilo sur le Zambèze, 17/02/2020

Orthetrum trinacria fait partie des Orthetrum faciles à identifier si on considère sa couleur très foncée, son abdomen très mince et sa longueur (Long Skimmer en anglais). À maturité il est en effet très sombre avec un abdomen presque noir qui laisse cependant souvent apercevoir les taches claires de sa jeunesse.

Orthetrum trinacria mâle, Namibie, barrage Von Bach, 22/02/2020
Orthetrum trinacria mâle, Namibie, barrage Von Bach, 22/02/2020

Il ne pourrait être confondu qu’avec O. robustum (50-58 mm), plus massif, avec un thorax brunâtre mais qui est aussi long que lui (51 à 57 mm).
Les ptérostigmas sont clairs, devenant beiges en vieillissant, les yeux sont d’un bleu profond, magnifique et unique parmi les Orthetrum namibiens.

Orthetrum trinacria mâle, Namibie, barrage Von Bach, 22/02/2020
Orthetrum trinacria mâle, Namibie, barrage Von Bach, 22/02/2020

Il est très commun en Namibie et nous l’avons rencontré 11 fois sur les 12 jours de prospection. Il a beau être grand, il trouve des prédateurs à sa taille…

Orthetrum trinacria mâle victime d'une araignée, Namibie, Singalamwe, 12/02/2020
Orthetrum trinacria mâle victime d’une araignée, Namibie, Singalamwe, 12/02/2020


Jeunes ils ressemblent beaucoup à un Orthetrum asiatique, Orthetrum sabina. Mais celui-ci ne se couvre jamais de pruine et conserve ses yeux verts.

Orthetrum trinacria mâle immature, Namibie, Bwabwata National Park, Mahango core area, 20/02/2020
Orthetrum trinacria mâle immature, Namibie, Bwabwata National Park, Mahango core area, 20/02/2020

Ci-dessous 2 autres jeunes mâles à 2 stades de maturation différents, celui de droite tout jeune, celui de gauche dont l’abdomen comment à se recouvrir de pruine et qui a déjà des yeux bleus magnifiques.

Les femelles sont également communément rencontrées, ci-dessous 2 jeunes aux yeux encore verts :

Tandis que celle-ci a acquis les beaux des bleus des mâles. Elles peuvent être recouvertes de pruine mais ne sont en principe pas aussi sombres que les mâles.

Orthetrum trinacria femelle, Namibie, barrage Von Bach, 22/02/2020

Mais ces yeux bleus ne sont pas un signe de tendresse particulière et elle assume son rôle de carnivore et de prédateur en dévorant un mâle Brachythemis lacustris.

Son nom d’espèce, trinacria, signifie quelque chose comme « celui qui a 3 caps », l’ancien nom poétique de la Sicile, contrée d’où provient le sujet type de l’espèce.

Orthetrum trinacria accouplement, Namibie, fuite du barrage Von Bach, 22/02/2020

C’est une espèce largement répartie dans toute l’Afrique, le sud de l’Europe et le Moyen Orient.

Orthetrum trinacria accouplement, Namibie, Rundu, Okavango river, 10/02/2020

Onychogomphus forcipatus ; émergence d’une femelle et émission d’hémolymphe.

Le passage de la vie aquatique à la vie aérienne entraîne des modifications fondamentales de la physiologie des odonates ; il s’agit d’adapter un animal vivant dans l’eau depuis plusieurs mois ou plusieurs années à la vie aérienne en … quelques heures, le temps de l’émergence. Il faut évoluer d’une larve aquatique contenant une libellule complètement formée (ce n’est pas une métamorphose !), compressée/comprimée à l’intérieur de l’enveloppe cuticulaire à un insecte parfait, plusieurs fois plus long et bien sûr pourvu d’ailes légères, sèches et transparentes.
Cette expansion résulte d’une forte augmentation de la pression de l’hémolymphe, qui permet l’expansion de l’abdomen et des ailes.
Et ce sont justement des gouttes d’hémolymphe que l’on voit s’échapper de l’extrémité de l’abdomen de cette femelle, par son anus…

La vidéo est en boucle; malheureusement les contrôles de lecture assombrissent la partie inférieure, exactement là où sont émises les gouttes. Il faut donc soit placer le pointeur hors de la vidéo, ou si on la regarde en plein écran, ne plus bouger le pointeur qui disparaît en quelques secondes.

Sur ces 24 secondes on constate l’émission de 6 gouttes, la vidéo complète en montre 10 (j’ai supprimé le début qui n’était pas assez net). Avant que je ne déclenche la vidéo elle en a perdu au moins 4. Je ne sais pas combien elle en a perdu auparavant, et après surtout car la cadence semble quand même rapide. Soit au moins 14 gouttes ce qui est un nombre élevé si on se réfère à Melissa Lutsch & Kamilla Koch (2016) The probable function of abdominal contractions and liquid drops during the emergence of Zygoptera and Anisoptera (Odonata), International Journal of Odonatology, 19:4, 199-205, DOI: 10.1080/13887890.2016.1251342.
Dans ce document, pour les anisoptères le nombre maximum observé est de 9 gouttes, et étonnamment 14 pour les zygoptères.
Cet écoulement n’a jamais été analysé chimiquement. Il résulterait de l’excès de liquide présent dans l’organisme de la libellule après qu’elle est devenue aérienne, cette vidange ayant pour but d’alléger l’odonate.

Petit calcul ; cet odonate a éliminé 14 gouttes de liquide, supposons avec ce que je n’ai pas filmé ni observé qu’il en ait perdu 20. 20 gouttes c’est 1 cm3 si on l’assimile à de l’eau et cela fait donc au moins 1 gramme.
Maintenant quel est le poids d’une femelle Onychogomphus forcipatus ; je ne sais pas mais le poids de la plus grande libellule européenne, Anax imperator, est de 1,2 g (Corbet, 2004) pour 75 mm en moyenne. Un O. forcipatus mesure en moyenne 48 mm et pèse donc certainement moins d’un gramme.
On voit donc que cet allègement d’au moins 1 gramme est essentiel afin de lui permettre de s’envoler.

Voir aussi sur le même sujet : Stylurus flavipes : émergence d’un mâle




Accueil Onychogomphus forcipatus
Accueil Onychogomphus forcipatus

Namibie – Zygonoides fuelleborni (Grünberg, 1902)

Zygonoides fuelleborni femelle, Namibie, Katima Mulilo près des rapides du Zambèze, 13/02/2020
Zygonoides fuelleborni femelle, Namibie, Katima Mulilo près des rapides du Zambèze, 13/02/2020

Heureuse surprise que cette rencontre! Alors que je prospectais seul en m’écartant du chemin qui mène aux rapides du Zambèze à Katima Mulilo je suis tombé sur cette femelle posée assez en évidence au bout d’un rameau mais malheureusement assez haut, 3 mètres sans doute. La rencontre a été brève et nous ne reverrons pas l’espèce.
Elle ressemble par son habitus à Zygonyx torridus et cette ressemblance est justement à l’origine de son nom de genre, « oides » signifiant en grec « ressemblant à ». Mais elle en diffère par son comportement car Zygonoides fuelleborni se pose tandis que Z. torridus semble voler inlassablement au dessus des rapides.
Elle appartenait au genre Olpogastra jusqu’à la révision de ce genre en 2006 qui a amené à placer 4 espèces (3 africaines et une malgache) dans ce nouveau genre Zygonoides (Dijkstra et al. 2006).
Les rapides sont d’ailleurs aussi le domaine de Zygonoides fuelleborni, une espèce sans doute peu observée car les données font surtout référence à des exuvies.

Zygonoides fuelleborni femelle, Namibie, Katima Mulilo près des rapides du Zambèze, 13/02/2020
Zygonoides fuelleborni femelle, Namibie, Katima Mulilo près des rapides du Zambèze, 13/02/2020

Son nom d’espèce est un hommage au médecin allemand Fuelleborn qui à collecté l’espèce type dans le sud de la Tanzanie en 1898.
Cette espèce robuste ( Fuelleborn’s Spectacular, Robust Riverking…) mesure environ 54 mm et est principalement cantonnée en Afrique de l’Est, de la République du Congo et Kenya au nord, au nord de l’Afrique du Sud. Elle atteint cependant l’Ouest de la Namibie par le biais de la rivière Kunene.




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Namibie – Paragomphus genei (Selys, 1841)

Paragomphus genei mâle, Namibie, mare près de Rundu, 12/02/2020

Paragomphus genei est l’exemple type des Paragomphus africains, et quand on prospecte il doit être difficile de le manquer tant il est commun.
On identifie tout de suite les Paragomphus à leurs appendices anaux en crochets, ce qui leur vaut en anglais le nom générique de Hooktail.
Paragomphus genei se caractérise par son thorax vert, ses ptérostigmas sombres à centre plus clair, ses expansions foliacées modérées sur S8 et S9 et bien sûr ses appendices anaux (1). Il est cependant proche de P. elpidius (aux ptérostigmas noirs) mais ce dernier, entre autres, ne porte pas ce point jaune bien net à l’extrémité dorsale du S10, ce qui sur le terrain facilite l’identification (ceci semble être un caractère unique aux Paragomphus namibiens et sud-africains).

Paragomphus genei mâle, Namibie, Rundu près de l'Okavango, 10/02/2020
Paragomphus genei mâle, Namibie, Rundu près de l’Okavango, 10/02/2020

Il est commun et pourtant je trouve que c’est le plus beau des Paragomphus quand la couleur verte est bien développée; mais comme on le voit ci-dessous, comme toujours pour les odonates, la coloration et son intensité est variable. Et comme on le lit dans le livre déjà mentionné les sujets de la bande de Caprivi ont des couleurs plus vives que celles des sujets des régions plus arides.
En cliquant sur la photo de gauche on remarque facilement le ptérostigma caractéristique, sombre à centre clair.

Les femelles portent le même pattern thoracique sur un thorax vert terne et leurs expansions foliacées sont beaucoup plus discrètes que celles des mâles.
Mâles et femelles mesurent en moyenne 44 mm.

Paragomphus genei femelle, Namibie, Rundu près de l'Okavango, 11/02/2020
Paragomphus genei femelle, Namibie, Rundu près de l’Okavango, 11/02/2020

Les larves de Paragomphus genei présentent une caractéristique rare car elles sont capables de se cacher en s’enfouissant très rapidement dans le sable. Si on ajoute le fait qu’elles achèvent leur cycle de développement en moins de 60 jours, ce qui leur permet de se développer dans les mares temporaires, on comprend pourquoi cette espèce qui accepte beaucoup de milieux différents connaît une si grande expansion en Afrique et qu’elle ait même réussi à s’implanter en Corse.
Ci-dessous à gauche on peut observer le ptérostigma sombre à fond clair.

J’avais déjà rencontré le mâle en Ethiopie et on trouvera justement dans cette page la distribution géographique, l’étymologie de son nom scientifique et d’autres références.

Paragomphus genei femelle, Namibie, mare près de Rundu, 11/02/2020
Paragomphus genei femelle, Namibie, mare près de Rundu, 11/02/2020

-1- Dragonflies and Damselflies of Namibia, Frank Suhling & Andreas Martens, 2007.




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Prédation sur Ischnura elegans – 1/1 –

Il n’y a pas d’âge pour mourir quand on est un odonate… Ce mâle Ischnura elegans qui vient tout juste de sortir de sa larve n’a même pas eu le temps de développer ses ailes ni son abdomen. Ce n’est pas cette punaise sus-aquatique qui l’a capturé, elle est simplement opportuniste, et je ne sais pas ce qui a provoqué sa chute sur l’eau de mon bassin. Toujours est-il que le Gerris s’est précipité sur sa proie et l’a bloquée avec ses pattes antérieures; si la plupart des punaises sont phytophages le Gerris est un pur carnivore doté d’un puissant rostre tubulaire qui lui permet d’injecter dans sa proie des sucs digestifs puis d’aspirer le savoureux liquide gorgé d’éléments nutritifs dissous.

Ischnura elegans mâle émergent victime d'un Gerris, Beaupréau en Mauges (France - 49), 18/05/2008
Ischnura elegans mâle émergent victime d’un Gerris, Beaupréau en Mauges (France – 49), 18/05/2008

C’est tout près de l’Ardèche que Christine et Pierre Juliand, remarquables connaisseurs des Odonates m’ont montré cette scène. Si j’ai reconnu un Asiliidae c’est sur le forum consacré aux diptères du site Le Monde des Insectes (LMI) qu’il a été identifié à l’espèce grâce aux épines de l’ovipositeur : Philonicus albiceps ♀.
Grâce à sa trompe, ce diptère injecte sa salive chargée d’enzymes neurotoxiques et protéolytiques pour ensuite aspirer le contenu prédigéré de sa victime.

Et quand on est une des plus petites libellules de notre région on est appétissant pour les plus gros odonates… Ce Gomphus pulchellus a mis un tout petit peu plus de 4 minutes pour avaler cet Ischnura elegans mâle, de la tête à l’extrémité de l’abdomen, seules les ailes ont été épargnées.

Prédation Gomphus pulchellus sur Ischnura elegans, la Renaudière (France - 49), 05/08/2010
Prédation Gomphus pulchellus sur Ischnura elegans, la Renaudière (France – 49), 05/08/2010

Les araignées qui vivent au bord de l’eau sont naturellement celles qui capturent le plus d’odonates. Alors quand on s’appelle Épeire des Roseaux, Larinoides cornutus, on est bien placé pour piéger les I. elegans qui ne font pas attention. Le sujet va être emballé vivant et sera dégusté plus tard.

Prédation Larinoides cornutus sur Ischnura elegans mâle, Beaupréau (France - 49), 15/08/2007
Prédation Larinoides cornutus sur Ischnura elegans mâle, Beaupréau (France – 49), 15/08/2007

Tetragnatha extensa, la Tétragnathe étirée ainsi nommée pour son corps et ses pattes allongées, tisse souvent sa toile au dessus de l’eau de mon bassin et les mâles tout occupés à défendre leur territoire se font parfois piéger. Ils représentent certainement des proies de grande taille pour cette araignée et sa toile, et font souvent beaucoup de dégâts à cette dernière. L’araignée mangera la proie et les fils abîmés!

Ischnura elegans mâle piégé par Tetragnatha extensa, Beaupréau (France - 49), 24/06/2013
Ischnura elegans mâle piégé par Tetragnatha extensa, Beaupréau (France – 49), 24/06/2013