Lestes barbarus : parasitisme par Arrenurus papillator

Lestes barbarus mâle parasité par Arrenurus papillator, Le Verdon sur mer (France-33), 16/07/2019
Lestes barbarus mâle parasité par Arrenurus papillator, Le Verdon sur mer (France-33), 16/07/2019

On rencontre cette larve d’hydracarien sur les odonates qui pondent dans des zones exondées ou susceptibles d’être exondées. Ces petites boules rouges caractéristiques d’un peu plus d’1 mm que l’on rencontre en France sur les Sympetrum (avec une affinité particulière pour Sympetrum meridionale) et les Lestes présentent certaines des caractéristiques des œufs de leurs hôtes. Ils sont capables d’entrer en diapause quand les conditions d’humidité sont trop faibles et d’attendre le retour de l’eau pour poursuivre leur développement.

Lestes barbarus mâle parasité par Arrenurus papillator, Le Verdon sur mer (France-33), 16/07/2019
Lestes barbarus mâle parasité par Arrenurus papillator, Le Verdon sur mer (France-33), 16/07/2019

Si les larves de ces hydracariens sont bien présentes sur les larves d’odonates à leur dernier stade, elles ne deviennent réellement parasites qu’après l’émergence de l’odonate. Cachés sous les fourreaux alaires les futurs parasites migrent sur l’imago en émergence dès que la cuticule de la larve de l’odonate se déchire, pour venir se fixer sur les ailes ou sur le thorax dans le but de se nourrir de l’hémolymphe de l’odonate.
Les larves de ces parasites arriveront à maturité à peu près à la saison ou les odonates s’accouplent et pondent, et elles en profiteront pour retourner à l’eau poursuivre leur cycle de développement.



Erythromma najas : parasitisme

Erythromma najas femelle, Lac de Bourdouze (France-63), 22/07/2017

Les odonates sont communément parasités par des hydracariens (acariens qui passent au moins une partie de leur vie dans l’eau), plus rarement par des diptères. On observe les premiers attachés au thorax, à l’abdomen ou aux ailes et ils appartiennent presque toujours au genre Arrenurus.

Erythromma najas mâle, Gennes sur Loire (France-49), 26/05/2012
Erythromma najas mâle, Gennes sur Loire (France-49), 26/05/2012

Les larves de ces ectoparasites se fixent sur les larves d’odonates à leur dernier stade alors qu’elles sont encore dans l’eau, venant très souvent s’abriter sous les fourreaux alaires. Ils sont alors en attente de l’émergence, pas encore réellement parasites.

Erythromma najas mâle parasité, Gennes sur Loire (France-49), 26/05/2012
Erythromma najas mâle parasité, Gennes sur Loire (France-49), 26/05/2012

Lors de l’émergence, dès que la face dorsale de la larve d’odonate apparaît hors de l’exuvie, elles quittent leur abri pour venir se fixer sur le thorax ou/et l’abdomen et devenir parasites se nourrissant de l’hémolymphe de leur hôte après avoir perforé la cuticule encore tendre grâce à un tube qu’elles sécrètent.

Erythromma najas mâle, Gennes sur Loire (France-49), 26/05/2012
Erythromma najas mâle, Gennes sur Loire (France-49), 26/05/2012

Lorsqu’elles sont gavées d’hémolymphe elles apparaissent sous forme de petites sphères aplaties de couleur verdâtre ou marron (ou rouge pour A. papillator) ; cette teinte leur est donnée par la coloration du caecum (intestin) tandis que la ligne claire que l’on voit très bien ci-dessus correspond à leur organe excréteur (uropore).
Devenus larves matures elles quitteront leur hôte lors d’une ponte (puisque dans la plupart des cas le mâle accompagne la femelle) et retourneront à l’eau pour poursuivre leur cycle de développement. Il est d’ailleurs remarquable que les études montrent que les femelles odonates sont plus souvent infestées que les mâles, celles-ci retournant plus souvent, plus longtemps à l’eau à l’occasion des pontes (2).

Cette dépendance à l’eau des hydracariens implique qu’en fonction de l’écologie spécifique des odonates on ne retrouvera pas les même espèces d’Arrenurus sur toutes les libellules. Le cas d’Arrenurus papillator en est un bon exemple ; capable de supporter dessication et diapause, c’est le parasite qui s’intéresse plus spécifiquement aux odonates qui pondent parfois hors de l’eau, dans des zones exondées, mais qui reviendront en eau à l’automne, comme les Sympetrum.
Cet Arrenurus papillator infeste communément les Lestes (L.macrostigma, L. barbarus, L. sponsa, L. dryas) qui, eux aussi, pondent hors de l’eau dans les tiges des végétaux ou sous les écorces.
La niche écologique de ce parasite se situe dans les eaux stagnantes temporaires ou vivent les larves de Lestes et de Sympetrum.

Erythromma najas mâle immature, Gennes sur Loire (France-49), 03/05/2012
Erythromma najas mâle immature, Gennes sur Loire (France-49), 03/05/2012

J’avais toujours fait l’erreur de croire que les odonates étaient infestés par des hydracariens adultes aussi quand j’ai fait les photos ci-dessous je n’ai pas compris qu’il s’agissait d’hydracariens ; en effet, et on le voit beaucoup mieux sur la dernière photo, ces parasites à la tête apparemment bien différenciée n’ont que 3 pattes et ils ne me semblaient donc pas pouvoir appartenir aux acariens qui sont hexapodes et de forme grossièrement sphérique !

Erythromma najas mâle émergent, Gennes sur Loire (France-49), 03/05/2012
Erythromma najas mâle émergent, Gennes sur Loire (France-49), 03/05/2012

Mais au stade larvaire ces Arrenurus (environ 0.25 mm) ne comptent que 3 paires de pattes et ce n’est qu’après leur retour à l’eau, après une dernière nymphose, qui altérera considérablement leur morphologie, que les nymphes ont 8 pattes.

Enfin, on ne rencontre jamais de parasites du genre Arrenurus sur les odonates vieillissant et il semble que les larves atteignent leur maturité à peu près au moment où les odonates commencent à s’accoupler : qui dit accouplement dit proximité de l’eau et ponte, et c’est l’occasion pour les larves des parasites de retourner à l’eau.


-(1)-Contribution à l’étude des Arrenuridae (Acari, Hydrachnellae) de France, par France Cassagne-Méjean, Acarologia
-(2)- Phoresy and parasitism : water mite larvae of the genus Arrenurus (Acari ; Hydrachnidia) on Odonata from Lake Binowskie (NW Poland), Andrzej Zawal, Biological lett. 2006, 43(2) : 257-276