Prédation sur Ischnura elegans – 1/1 –

Il n’y a pas d’âge pour mourir quand on est un odonate… Ce mâle Ischnura elegans qui vient tout juste de sortir de sa larve n’a même pas eu le temps de développer ses ailes ni son abdomen. Ce n’est pas cette punaise sus-aquatique qui l’a capturé, elle est simplement opportuniste, et je ne sais pas ce qui a provoqué sa chute sur l’eau de mon bassin. Toujours est-il que le Gerris s’est précipité sur sa proie et l’a bloquée avec ses pattes antérieures; si la plupart des punaises sont phytophages le Gerris est un pur carnivore doté d’un puissant rostre tubulaire qui lui permet d’injecter dans sa proie des sucs digestifs puis d’aspirer le savoureux liquide gorgé d’éléments nutritifs dissous.

Ischnura elegans mâle émergent victime d'un Gerris, Beaupréau en Mauges (France - 49), 18/05/2008
Ischnura elegans mâle émergent victime d’un Gerris, Beaupréau en Mauges (France – 49), 18/05/2008

C’est tout près de l’Ardèche que Christine et Pierre Juliand, remarquables connaisseurs des Odonates m’ont montré cette scène. Si j’ai reconnu un Asiliidae c’est sur le forum consacré aux diptères du site Le Monde des Insectes (LMI) qu’il a été identifié à l’espèce grâce aux épines de l’ovipositeur : Philonicus albiceps ♀.
Grâce à sa trompe, ce diptère injecte sa salive chargée d’enzymes neurotoxiques et protéolytiques pour ensuite aspirer le contenu prédigéré de sa victime.

Et quand on est une des plus petites libellules de notre région on est appétissant pour les plus gros odonates… Ce Gomphus pulchellus a mis un tout petit peu plus de 4 minutes pour avaler cet Ischnura elegans mâle, de la tête à l’extrémité de l’abdomen, seules les ailes ont été épargnées.

Prédation Gomphus pulchellus sur Ischnura elegans, la Renaudière (France - 49), 05/08/2010
Prédation Gomphus pulchellus sur Ischnura elegans, la Renaudière (France – 49), 05/08/2010

Les araignées qui vivent au bord de l’eau sont naturellement celles qui capturent le plus d’odonates. Alors quand on s’appelle Épeire des Roseaux, Larinoides cornutus, on est bien placé pour piéger les I. elegans qui ne font pas attention. Le sujet va être emballé vivant et sera dégusté plus tard.

Prédation Larinoides cornutus sur Ischnura elegans mâle, Beaupréau (France - 49), 15/08/2007
Prédation Larinoides cornutus sur Ischnura elegans mâle, Beaupréau (France – 49), 15/08/2007

Tetragnatha extensa, la Tétragnathe étirée ainsi nommée pour son corps et ses pattes allongées, tisse souvent sa toile au dessus de l’eau de mon bassin et les mâles tout occupés à défendre leur territoire se font parfois piéger. Ils représentent certainement des proies de grande taille pour cette araignée et sa toile, et font souvent beaucoup de dégâts à cette dernière. L’araignée mangera la proie et les fils abîmés!

Ischnura elegans mâle piégé par Tetragnatha extensa, Beaupréau (France - 49), 24/06/2013
Ischnura elegans mâle piégé par Tetragnatha extensa, Beaupréau (France – 49), 24/06/2013

Namibie – Paragomphus sabicus (Pinhey, 1950)

Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l'Okavango, 10/02/2020
Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l’Okavango, 10/02/2020

Si j’ai finalement fait de nombreuses photos de Paragomphus sabicus (Gomphidae) c’est que nous sommes revenus plusieurs fois au même endroit, qui se trouvait très près de notre lodge à Rundu, au bord de l’Okavango. Dans cette prairie inondée par les crues nous avons observé mâles et femelles, parfois de très près, et ils se sont montrés patients pour la dizaine de photographes qui les admiraient.

Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l'Okavango, 10/02/2020
Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l’Okavango, 10/02/2020

Ils sont faciles à identifier… à posteriori car sur le terrain quand on rencontre 6 ou 8 Gomphidae différents dans la même journée, c’est une autre affaire.
On ne peut les confondre, bien sûr, qu’avec ceux qui présentent des expansions ventrales sur les derniers segments, c’est à dire tout de même Ictinogomphus ferox, Phyllogomphus selysi (non contacté), Paragomphus elpidius, Paragomphus genei, Paragomphus cognatus (non contacté); ici ces expansions sont vraiment spectaculaires et lui valent son nom commun anglais de Flapper Hooktail.

Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l'Okavango, 10/02/2020
Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l’Okavango, 10/02/2020

L’identification certaine est donnée par les cercoïdes divergents (2° photo), spectaculairement longs et fins, fortement recourbés en crochets et la forme de la lame anale. Et contrairement à P. elpidius ou P. genei son thorax n’est pas verdâtre. Il est aussi plus grand qu’eux avec une longueur totale de 53 mm.

Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Divundu le long de l'Okavango, 15/02/2020
Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Divundu le long de l’Okavango, 15/02/2020

Je suis très content de la photo ci-dessous qui semble pourtant assez bizarre pour la curieuse forme de la tête de ce sujet; son attention a certainement été attirée par une proie qui passait au dessus de lui. On constate ainsi que les yeux des Anisoptères sont bien plus hauts que larges… et d’ailleurs ils sont divisés de telle sorte que leur moitié haute possède une fonction différente de leur moitié basse. Voir ces publications sur les yeux.

Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l'Okavango, 21/02/2020
Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l’Okavango, 21/02/2020

On note qu’ils aiment se percher à l’extrémité d’un rameau, d’une plante desséchée, à faible hauteur.
Il est connu pour se plaire sur les grands fleuves et en Namibie il fréquente l’Okavango et le Zambèze ou il est parfois localement commun.

Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l'Okavango, 10/02/2020
Paragomphus sabicus mâle, Namibie, Rundu le long de l’Okavango, 10/02/2020

Les femelles portent également de fortes expansions ventrales et montrent un abdomen très massif avec un 7° segment très dilaté par rapport au mâle. Elles paraissent ainsi beaucoup plus courtes alors qu’au contraire leur abdomen (36 à 38 mm) peut être plus long que celui des mâles (36 mm).

Paragomphus sabicus femelle, Namibie, Rundu le long de l'Okavango, 10/02/2020
Paragomphus sabicus femelle, Namibie, Rundu le long de l’Okavango, 10/02/2020

C’est une grande espèce, spectaculaire et très agréable à regarder, avec une coloration fortement contrastée.
La vue arrière ci-dessous souligne la masse importante de son ovipositeur.

Le nom de genre souligne avec le préfixe grec para (à côté) qu’ils sont très étroitement liés aux Gomphus (Leach, 1815). Sabicus car les sujets types ont été capturés dans la vallée de la Sabi au Zimbabwe.

C’est un espèce de l’Afrique de l’Est, du Kenya au Nord-Est de l’ Afrique du Sud incluant Zambie et Zimbabwe qui s’aventure au Botswana et dans l’Est de la Namibie.

Paragomphus sabicus femelle, Namibie, Rundu le long de l'Okavango, 10/02/2020
Paragomphus sabicus femelle, Namibie, Rundu le long de l’Okavango, 10/02/2020



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Namibie – Aethiothemis solitaria (Ris in Martin, 1908)

Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l'Okavango, 19/02/2020
Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l’Okavango, 19/02/2020

Au moment ou Suhling et Martin ont publié leur livre sur les odonates de Namibie la taxonomie de ce petit genre de Libellulidae n’était pas vraiment fixé et on ne savait pas de façon certaine que Aethiothemis discrepans (Lieftinck, 1969) et solitaria n’étaient qu’une seule et même espèce (synonymes).
Ce genre contient actuellement 13 espèces, toutes endémiques d’Afrique tropicale sauf une de Madagascar.

Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l'Okavango, 19/02/2020
Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l’Okavango, 19/02/2020

Elles sont peu connues, peu rencontrées, mais A. solitaria est peut-être la plus commune car parfois localement abondante; nous ne l’avons vu que sur le site de Popa Falls (sur l’Okavango), jamais plus d’un seul sujet à la fois, peut-être 3 sujets différents seulement, tous jeunes. Février est la période de son émergence.
Mais les jeunes sujets avec cet assemblage de bleu, de orange et de jaune sont vraiment magnifiques ce qui leur vaut le nom vernaculaire anglais de Southern Gorgeous Skimmer . Même si le mâle ci-dessous n’est pas encore complètement mature, on voit la coloration bleue qui commence à envahir son thorax ; il deviendra complètement bleu mais bien moins spectaculaire…

Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l'Okavango, 19/02/2020
Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l’Okavango, 19/02/2020

Il mesure environ 30 mm, 20 pour l’abdomen.
Sa distribution le limite à l’Afrique tropicale, du Sénégal à la Tanzanie et au sud jusqu’au Botswana et à la Namibie.
Ci-dessous certainement un 3° sujet moins bleu sur le sommet du thorax que le sujet précédent.

Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l'Okavango, 18/02/2020
Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l’Okavango, 18/02/2020

Si nous ne les avons observés que sur un petit bras assez rapide de l’Okavango dans le resort de Popa Falls, ils semblent accepter une importante diversité d’habitats depuis les eaux stagnantes, les suintements, les ruisseaux et rivières dans les aires ouvertes ou les clairières.

Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l'Okavango, 19/02/2020
Aethiothemis solitaria mâle, Namibie, Popa Falls sur l’Okavango, 19/02/2020



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Namibie – Urothemis assignata (Selys, 1872)

Urothemis assignata mâle, Namibie, Kalambesa, 15/02/2020
Urothemis assignata mâle, Namibie, Kalambesa, 15/02/2020

C’est la première fois que je rencontrais des mâles matures Urothemis assignata (Libellulidae) car en Ethiopie je n’avais pu observer que des mâles immatures et des femelles.
Les mâles sont presque impossibles à confondre avec les autres Libellulidae rouges en raison de la large tache basale sombre veinée de rouge des ailes postérieures. Seuls les Tramea peuvent faire illusion mais leurs appendices anaux très longs permettent de les identifier à distance.
L’identification des femelles Urothemis est aidée par leur lame vulvaire saillante, mais leur discrimination d’avec Urothemis edwardsii est plus délicate et on pourra consulter les pages consacrées à U. edwardsii femelle en Ethiopie pour en juger. Je n’ai pas rencontré de femelles en Namibie.
Ils mesurent 42 à 44 mm.

Urothemis assignata mâle, Namibie, Kalambesa, 15/02/2020
Urothemis assignata mâle, Namibie, Kalambesa, 15/02/2020

Il faut aussi noter la ressemblance étroite avec Urothemis signata qui est une espèce australo-asiatique (1).
En 2007 quand Suhling et Martens ont publié leur Dragonflies and Damselflies of Namibia l’espèce n’était connue que de 2 rivières dont celle qui s’échappe du barrage Von Bach où nous avons contacté l’espèce et une autre plus au sud. Or ces photos ont été faites beaucoup plus au nord-est que ces 2 localisations, tout à fait à l’Est de la bande de Caprivi et de Katima Mulilo, dans une zone sèche tout près du Zambèze:

Près du Zambèze, à l'est de Katima Mulilo, le 15/02/2020
Près du Zambèze, à l’est de Katima Mulilo, le 15/02/2020

Ils fréquentent les buissons dans la savane à proximité des rivières ou des marais.
Sa distribution géographique forme un triangle dont la pointe serait située sur la côte nord est de l’Afrique du sud et le 2 autres sommets au Sénégal et en Ethiopie. Il est néanmoins présent en Namibie et à Madagascar d’où l’espèce a été décrite.


-1- Le nom d’espèce assignata a justement été créé par Selys en référence taxinomique à signata, qui signifie « celui avec un signe » ce qui se rapporte certainement aux taches noires sur les derniers segments de cette espèce, assignata signifiant « disposé auprès », auprès de signata… CQFD 🙂
Urothemis est composé de ura signifiant queue et de themis « loi établie par l’usage » également déesse de la justice et de la loi. Themis est utilisé dans la constitution de très nombreux nom de genres de Libellulidae et uro est sans doute utilisé pour rappeler la longue lame vulvaire des femelles.




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Namibie – Crocothemis erythraea (Brullé, 1832)

Crocothemis erythraea mâle, Namibie, Shitemo sur Omatako River, 21/02/2020
Crocothemis erythraea mâle, Namibie, Shitemo sur Omatako River, 21/02/2020

Durant ces 12 jours de prospection en Namibie Crocothemis erythraea (Libellulidae) s’est avéré assez commun, mais sans doute moins qu’en … France où il est parfois localement très abondant. Sur les 2 photos ci-dessous on note l’inconstance de la ligne noire qui parcourt l’abdomen. Cette ligne noire est d’ailleurs parfois utilisée en Asie pour identifier Crocothemis servilia et on voit le peu de valeur de ce critère…

En Namibie on peut le confondre avec Sympetrum fonscolombii ou Trithemis kirbyi. Mais ce dernier montre des taches ambrées également sur la base des ailes antérieures et S. fonscolombii présente une bande claire qui lui barre le thorax. Il est également proche de Urothemis assignata mais les taches alaires basales de ce dernier sont très sombres. On trouvera bien d’autres détails sur les pages consacrées à l’espèce en France ou en Ethiopie.

Crocothemis erythraea mâle, Namibie, barrage Van Bach, 08/02/2020
Crocothemis erythraea mâle, Namibie, barrage Van Bach, 08/02/2020

Ci-dessus un jeune sujet pas encore rouge vif, et ci-dessous un sujet dont l’abdomen coudé a sans doute été abîmé par un prédateur, et dont une aile reste curieusement tendue, ce qui ne l’empêchait d’ailleurs pas de voler.

Crocothemis erythraea mâle, Namibie, mare à Katima Mulilo, 13/02/2020
Crocothemis erythraea mâle, Namibie, mare à Katima Mulilo, 13/02/2020

Mâles comme femelles adoptent parfois la position dite de l’obélisque comme moyen de thermorégulation.

Crocothemis erythraea femelle, Namibie, Rundu près de l'Okavango, 10/02/2020
Crocothemis erythraea femelle, Namibie, Rundu près de l’Okavango, 10/02/2020

Il mesure 36 à 45 mm et se rencontre sur les étangs et lacs, parfois des fossés et se montre encore moins difficile lors de ses migrations ce qui explique sa faculté à étendre son territoire.
Il a une aire de distribution gigantesque occupant quasiment toute l’Afrique, jusqu’à l’est de l’Inde et a connu une expansion remarquable vers le nord colonisant l’Europe centrale, du Sud et de l’Ouest, et particulièrement depuis une vingtaine d’années puisqu’il est maintenant bien implanté en Allemagne et en Hollande, et signalé occasionnellement en Angleterre.




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