Ethiopie – Urothemis edwardsii (Selys, 1849)

Urothemis assignata femelle, Ethiopie, Turmi, 28/10/2018
Urothemis edwardsii femelle, Ethiopie, Turmi, 28/10/2018

A vrai dire cette photo est restée présentée sur ce site comme Urothemis assignata jusqu’au 18 décembre 2019. Pour ma défense j’avais vu les femelles des 2 espèces et le mâle U. assignata sur le même lieu exactement, à Turmi; mais mâle et femelle U. assignata le 28/10/18 à 16 heures 50 et la femelle isolée qui s’est avérée U. edwardsii le lendemain à 7 heures 50, exactement au même endroit. Tous de jeunes sujets.
Son identité a évolué 🙂 parce que quelques jours auparavant je me suis plongé dans l’identification différentielle des femelles U. assignata/edwardsii (Michel Yerokine, à la Réunion, ayant découvert une femelle Libellulidae, jamais vue sur cette île auparavant, que j’ai identifiée tout d’abord comme Urothemis sp. puis comme U. edwardsii).
Si la lumière ne simplifie pas les choses on note que la face externe du fémur postérieur droit de cette femelle est très nettement clair jusqu’en son milieu et cette différence de couleur se prolonge même plus bas sous la forme d’une ligne plus fine; les femelles U. assignata ont la face extérieure des fémurs noire, seuls, plus haut, coxa et trochanter sont clairs comme on peut le voir ici. J’ai vérifié cette différence de couleur sur les photos que l’on trouve sur le Web et auprès de connaisseurs locaux de ces 2 espèces, et on peut la considérer maintenant comme un critère d’identification différentielle des femelles de ces 2 espèces.

Urothemis edwardsii femelle, Ethiopie, Turmi, 29/10/2018
Urothemis edwardsii femelle, Ethiopie, Turmi, 29/10/2018

Ce n’est sans doute pas le bon angle mais on note que la face dorsale est très marquée de noir, même les premiers segments, ce qui n’est pas le cas des femelles U. assignata comme on le voit ici.
Balinski (1) en 1961, à l’occasion de la description de l’espèce U. luciana a dessiné, en vue ventrale les lames vulvaires des 3 espèces d’Urothemis ; celle de U. edwardsii, bifide, est censée être courte et ne pas dépasser le 9° segment ce qui n’est pas respecté ici. Il ne semble plus raisonnable de se fier à ce critère pour identifier au moins les Libelulidae. D’ailleurs, Fredy Palacino Rodríguez, Carlos E. Sarmiento, Enrique González-Soriano (2) ont montré que la longueur de la lame vulvaire des Erythemis américains était hautement variable et que ce n’était pas un critère fiable pour les identifier; ce n’est pas tellement une surprise car c’est un organe mobile, que l’on constate très distendu en fin de saison quand les femelles ont beaucoup pondu.

Comparaison des lame vulvaire des 3 Urothemis africains, Balinski -1961
Comparaison des lame vulvaire des 3 Urothemis africains, Balinski -1961


La même observation peut être faite en Europe pour les ovipositeurs des femelles Lestes, leur longueur étant utilisée pour séparer L. sponsa de L. dryas, mais les femelles L. sponsa ont parfois, pas souvent c’est certain, des ovipositeurs aussi longs que ceux de leurs cousines…

Urothemis edwardsii femelle, lame vulvaire, Ethiopie, Turmi, 29/10/2019
Urothemis edwardsii femelle, lame vulvaire, Ethiopie, Turmi, 29/10/2019

Le Blue basker (car le mâle est bleu!) est présent dans presque toute l’Afrique sub saharienne, du Sénégal au Soudan et à l’Ethiopie, très ponctuellement en Algérie et à Oman, à Madagascar et Mayotte et depuis décembre 2019 il est présent à la Réunion où son statut reste à préciser, errant ou maintenant résident…


-1- Observation on the Dragonfly Fauna of the coastal region of Zululand with description of three new species (Odonata), 1961, Journal Entomological Society Southern Africa, 24, 72-91.
-2- Morphological variability and evaluation of taxonomic characters in the genus
Erythemis Hagen, 1861 (Odonata: Libellulidae: Sympetrinae), Fredy Palacino Rodríguez, Carlos Eduardo Sarmiento, Enrique Gonzalez-Soriano, Insecta Mundi, 2015.




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Ethiopie – Urothemis assignata (Selys, 1872)

Urothemis assignata mâle immature, Ethiopie, Turmi, 28/10/2018
Urothemis assignata mâle immature, Ethiopie, Turmi, 28/10/2018

Il y a 2 Urothemis en Ethiopie, Urothemis edwardsii et Urothemis assignata. Les mâles sont très faciles à différencier au stade adulte puisque le premier est bleu et le second rouge. C’est moins facile pour les immatures, mais la tache basale alaire est plus étendue pour U. assignata, les veines antérieures sont nettement teintées de jaune (puis de rouge), la partie supérieure des yeux est rouge alors que celle de U. edwardsii est brun foncé.

Urothemis assignata mâle immature, Ethiopie, Turmi, 28/10/2018
Urothemis assignata mâle immature, Ethiopie, Turmi, 28/10/2018

J’ai observé tous les sujets de cette page dans une savane d’aloès et d’acacias tout à fait au sud de l’Ethiopie, près de la frontière du Sud Soudan et du Kenya. Il n’y avait pas d’eau à proximité, si ce n’est une rivière à sec à 200 mètres dans laquelle créer une petite mare a nécessité une profonde excavation. Mais il s’agit de sujets immatures/en maturation que l’on trouve fréquemment loin de l’eau.
Il mesure environ 42 à 44 mm.

Les mêmes remarques s’appliquent à l’identification des femelles, qui elles ne deviennent pas (entièrement) rouges. Elles sont spectaculaires et facilement identifiables en tant qu’Urothemis par leur lame vulvaire béante.

Urothemis assignata femelle, lame vulvaire, Ethiopie, Turmi, 28/10/2018
Urothemis assignata femelle, lame vulvaire, Ethiopie, Turmi, 28/10/2018

On trouve l’espèce sur les eaux stagnantes, les lacs mais aussi les rivières ou les canaux, en milieu ouvert ou en forêt galerie.

Sa distribution géographique forme un triangle dont la pointe serait située sur la côte nord est de l’Afrique du sud et le 2 autres sommets au Sénégal et en Ethiopie. Il est néanmoins présent en Namibie et à Madagascar.




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Ethiopie – Paragomphus genei (Selys, 1841)

Paragomphus genei mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Paragomphus genei mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

Ce Gomphidae est vraiment une heureuse surprise, je n’en avais jamais rencontré à l’étranger en dehors des voyages odonatologiques et comme tous les Gomphidae, il tient une place spéciale au cœur des odonatophiles. Il se trouvait sur la berge, juste à la limite de l’eau du lac Awasa, parmi les ordures accumulées ici par le vent…

Paragomphus genei mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Paragomphus genei mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

Il est assez petit, 37 à 50 mm, et accepte une grande variété d’habitat, des mares temporaires, lacs et étangs aux rivières. C’est d’ailleurs le Gomphidae le plus commun en Afrique (1).
Le genre Paragomphus ( Cowley, 1934 ) est instantanément identifiable par ses appendices anaux mâles, ce qui manquait à Selys qui a décrit l’espèce à partir d’une femelle et l’a classée dans le genre Gomphus (Gomphus genei)(2). Voir ici ceux de Paragomphus capricornis au Vietnam.

Dans ce document (2) De Sélys explique le nom de l’espèce: « Je l’ai dédié au savant professeur Géné (sic), si connu par ses excellents ouvrages sur les reptiles et les insectes de la Sardaigne et à l’obligeance duquel je dois la communication qui m’a été faite des Libellules du musée de Turin« . L’espèce n’était alors connue que de Sicile (découverte par le sieur Ghiliani) et l’holotype était au musée de Turin. Cette description étant sans équivoque je ne comprends pas pourquoi dans « A Guide to Dragonflies and Damselflies of South Africa », Warwick et Michèle Tarboton écrivent « type from Egypt in 1871″…
Ne parlant pas Italien je n’ai pas réussi à trouver la moindre information sur ce fameux professeur et je remercie d’avance les lecteurs qui m’aideront à l’identifier! Merci à Bertrand Piney qui a identifié ce professeur comme Guiseppe Gené (1800-1847), sans accent sur le premier « e », zoologiste et entomologiste, professeur de zoologie et directeur du musée zoologique royal de Turin qui a effectivement publié « De quibusdam insectis Sardiniae novis aut minus cognitis » sous le nom de Josepho Gené.

Paragomphus genei mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018
Paragomphus genei mâle, Ethiopie, lac Awasa, 31/10/2018

Même s’il existe de grosses lacunes dans sa répartition africaine, en particulier l’Afrique Saharienne, il est présent dans tout le sud (ici en Namibie) et le nord de l’Afrique, jusqu’en Israël au Nord, mais aussi en Europe, Portugal, Espagne et Italie. Depuis ce mois de juin 2019 son autochtonie en Corse a été démontrée sur une rivière du sud-ouest de l’île.


-1- Pinhey, E.C.G. (1971). Odonata collected in Republique Centre-Africaine by R. Pujol. Arnoldia, 5, 1-16.
-2- de Sélys-Longchamps, E. (1841). Nouvelles Libellulidées d’Europe – analyse de l’ouvrage du Dr Hagen. Revue Zoologique Societe Cuvierienne, 4, 243-246.




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Ethiopie – Trithemis dejouxi (Pinhey, 1978)

Trithemis dejouxi mâle, Ethiopie, Olo Toula, 26/10/2018
Trithemis dejouxi mâle, Ethiopie, Olo Toula, 26/10/2018

C’est en visitant un village Mursi dans la Tarma Wild life reserve, dans une région semi désertique, que j’ai eu la surprise de trouver 3 Trithemis dejouxi postés sur les rameaux les plus hauts de la clôture qui encerclait le hameau de huttes.
Il fait partie des 8 Trithemis éthiopiens et est très proche de Trithemis donaldsoni dont il se distingue par (1):
– une très légère et diffuse teinte ambrée sur les ailes (plus visible sur la 4° photo)
– un labrum marqué de noir alors que celui de T. donaldsoni est clair
– ses marques jaunes sur l’abdomen
– les hamuli (bien visible sur la 4° photo) plus fortement courbés et la lamina plus nettement bifide
– l’absence de marques blanches sous l’abdomen
– sa pruinosité est bleue plus foncé que celle de T. donaldsoni

Trithemis dejouxi mâle, Ethiopie, Olo Toula, 26/10/2018
Trithemis dejouxi mâle, Ethiopie, Olo Toula, 26/10/2018

Il est tellement proche de T. donaldsi qu’il a d’abord été considéré comme une sous espèce et ce n’est qu’en 2001 que O’Neill & Paulson ont trouvé suffisamment de différences pour en faire une espèce à part entière.

On remarque bien sûr une petite masse rouge fixée à l’abdomen de ce sujet; c’est un parasite, un hydracarien terrestre, qui se nourrit de l’hémolymphe de l’odonate, sans doute Leptus sp. de la famille des Erythraeidae. J’ai eu peu l’occasion de rencontrer au cours de mes pérégrinations odonatologiques si ce n’est sur ce Lestes sponsa en France ou ce Ceriagrion fallax au Vietnam.

Il y avait aussi 2 sujets plus jeunes, pas encore couverts de pruine, et dont les marques jaunes étaient bien visibles. Ces identifications ont été confirmées par K.-D. Dijkstra.

Trithemis dejouxi mâle jeune, Ethiopie, Olo Toula, 26/10/2018
Trithemis dejouxi mâle jeune, Ethiopie, Olo Toula, 26/10/2018

Ils ont un aspect tellement différent de leurs aînés que j’ai bien sûr pensé avoir affaire à une autre espèce.

Trithemis dejouxi mâle jeune, Ethiopie, Olo Toula, 26/10/2018
Trithemis dejouxi mâle jeune, Ethiopie, Olo Toula, 26/10/2018

250 km plus au nord, de bon matin sur la rive du lac Langano, je suis arrivé un tout petit peu trop tard (7 heures 20) pour assister aux émergences de ce mâle et de cette femelle. On remarque d’ailleurs que le mâle est encore sur le rameau qui a servi de support à la larve, l’exuvie présente en témoigne. La femelle quand à elle avait déjà réalisé son vol inaugural et se trouvait à quelques mètres de la rive, dans des arbustes à 2 mètres du sol.

Trithemis dejouxi mâle émergent, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018
Trithemis dejouxi mâle émergent, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018
Trithemis dejouxi femelle émergente, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018
Trithemis dejouxi femelle émergente, Ethiopie, lac Langano, 01/11/2018

Son nom d’espèce est un hommage à Claude Dejoux, entomologiste français spécialiste des hydro-systèmes continentaux qui a fournit à E. Pinhey des sujets qui ont conduit ce dernier à créer la sous-espèce Trithemis donaldsi dejouxi (2).

Il est sensé se trouver sur les rivières plutôt rapides en milieu ouvert.
On le rencontre en Afrique de l’Ouest sur une ligne horizontale de la Guinée à la république Centre Afrique, et à l’Est en Ethiopie, avec sans doute des données à combler dans le hiatus.


-1- An annotated list of Odonata collected in Ghana in 1997, a checklist of Ghana Odonata, and comments on West African Odonates biodiversity and biogeography, Odonatologica, March 2001, G. O’Neill & D. R. Paulson.
-2- Comparative notes on an African species of Trithemis Bauer (Odonata: Libellulidae) and its congener, Arnoldia, vol. 8, 6 février 1977.




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Ethiopie – Mesocnemis singularis (Karsch, 1891)

Mesocnemis singularis mâle, Ethiopie, lac Abaya, 22/10/2018
Mesocnemis singularis mâle, Ethiopie, lac Abaya, 22/10/2018

Le genre Mesocnemis (Platycnemididae) qui comprend 5 espèces toutes africaines (mais une seule en Ethiopie) est très particulier par la position très proximale de l’arculus, entre les 2 premières veines transverses anténodales (d’ou d’ailleurs le nom de genre Mesocnemis, meso signifiant milieu) et non pas proche de la 2° ou au delà comme le plus souvent.
Il est ainsi très proche du Metacnemis valida Sud-Africain. Comme les zygoptères se posent presque tous avec les ailes jointes ce détail n’est pas observable sur photo in vivo (sauf exception).
C’est la seule photo de mâle que j’ai pu faire avant qu’il ne disparaisse mais on reconnaît facilement le caractère robuste de son thorax, sa pruinosité importante et ses appendices anaux pointus. Il mesure environ 42 mm.

Mesocnemis singularis femelle, Ethiopie, lac Abaya, 22/10/2018
Mesocnemis singularis femelle, Ethiopie, lac Abaya, 22/10/2018

Quant à la femelle, j’ai supposé que c’était elle puisqu’elle ressemblait par sa robustesse au mâle et K.-D. Dijkstra m’a confirmé l’identification en particulier en raison de son pronotum bosselé. On note aussi les épines sur les pattes qui font penser au genre américain Argia.

Mesocnemis singularis pronotum femelle, Ethiopie, lac Abaya, 22/10/2018
Mesocnemis singularis pronotum femelle, Ethiopie, lac Abaya, 22/10/2018

Il semble qu’il accepte une grande diversité de milieux, rivières, ruisseaux mais aussi grands lacs, en milieux ouverts ou en forêt-galerie.
On le trouve dans toute l’Afrique, au sud d’une ligne joignant la Côte d’Ivoire au sud de l’Ethiopie.


Poursuivons l’étymologie du nom de cet odonate… cnemis a été adopté simplement pour faire référence aux Platycnemididae, sans qu’il n’y ait rien de particulier à décrire pour la conformation de ses pattes.
Singularis pour décrire la singularité de la nervation, comme décrite plus haut. Cette étymologie provient du livre Dragonflies and Damselflies of Namibia, Suhling & Martens, 2007.




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