Mecistogaster linearis (Fabricius, 1777)

Mecistogaster linearis est un spectaculaire Coenagrionidae, un géant, qui a appartenu à la famille des Pseudostigmatidae, une famille qui n’a plus de membres, car ils ont tous rejoint les Coenagrionidae. Ces géants (Mecistogaster, Megaloprepus, etc.) sont regroupés au sein de la sous-famille des Pseudostigmatinae.
Il semble avoir les ailes courtes, mais c’est son abdomen qui est très long puisqu’il atteint 105 à 118 mm et les ailes 50 à 60 mm (1) (2). Le thorax est minuscule (relativement) et l’insecte atteint une longueur total moyenne de 122 mm, soit presque moitié plus long qu’un Anax imperator, la plus grande libellule d’Europe dont les plus grands sujets atteignent 84 mm !
Rambur (5) lui donne 14.5 cm de longueur totale

Mecistogaster linearis mâle, Pérou, ARC (Chino), 20/08/2023

Nous avons rencontré ce Mecistogaster linearis en forêt humide, le 20/08/2023, près de l’ARC (Chino), très à l’ombre. Malheureusement, il s’est très rapidement envolé et si j’ai plusieurs photos, elles sont toutes faites de loin et sous le même angle.

Le long abdomen permet aux femelles de pondre dans les trous d’arbres (MACHADO & MARTINEZ, 1982) et le cœur des Bromeliaceae (Calvert, 1911). Ces habitats, nommés phytotelmes, contiennent de l’eau quasiment en permanence. Les larves y trouvent de quoi se nourrir, comme bien sûr des larves de moustiques et d’autres insectes, mais aussi, pour des repas plus consistants, des têtards de grenouilles. Si on ne rencontre les larves de ces ex-Pseudostigmatidae que dans les phytotelmes, d’autres espèces peuvent s’y rencontrer, et on cite des espèces opportunistes comme Orthemis ferruginea, Libellula herculea, Gynacantha membranalis, même Indoaeshna grubaueri en Asie et bien sûr les Leptagrion, résidents des Bromeliaceae (7).
J’ai fait une photo, de nuit, d’une espèce non identifiée dans un trou d’arbre, en Malaisie.

Les adultes ont l’habitude, très rare parmi les odonates, de se nourrir d’araignées, capturées sur ou juste à côté de leur toile, voire de proies prises dans les toiles. La fréquence de ce comportement et même semble-t-il l’exclusivité de ce mode de prédation a déclenché une étude de Stanislav N. Gorb (3) sur la structure cristalline de la cire de la cuticule de Mecistogaster ornata, cherchant à expliquer pourquoi ces odonates ne se faisaient pas prendre au piège des toiles d’araignées.
Or, il n’a pas trouvé de différence avec la structure des autres odonates, si ce n’est que la surface de cette cire est facilement pelée/détachée par le liquide adhésif des toiles d’araignée et prévient dans une certaine mesure qu’ils soient piégés. Il a également noté que ces espèces friandes d’araignées ne s’intéressaient qu’aux toiles bien à la lumière ou au soleil, sans doute pour éviter d’y être piégées par inadvertance.

Mecistogaster linearis mâle, thorax, Pérou, ARC (Chino), 20/08/2023

Mecistogaster linearis est proche de M. lucretia ; il s’en différencie par la présence d’une double bande antéhumérale, chacune en forme de triangle dont les bases sont opposées. Ici, l’angle de la prise de vue n’est pas bon pour ce critère ; de plus, la bande la plus interne, en forme de triangle à base antérieure, est presque invisible, comme effacée (clic sur image).
De plus, M. lucretia mâle présente une curieuse déformation de l’aile sur son bord costal, juste avant le pseudoptérostigma, absente ici.

Mecistogaster linearis mâle, thorax, Pérou, ARC (Chino), 20/08/2023

On note sa taille et son pseudoptérostigma qui s’étale sur deux rangées de cellules (6 et 2, en principe), bien visible sous forme d’une tache sombre à l’apex de l’aile. Cet apex est marqué d’une tache laiteuse quand les sujets sont immatures, coloration qui disparaît à maturité. Ici, il y a une tache vraiment jaune ; Garrison, von Ellenrieder et Louton (4) écrivaient en 2010 : » The genus is badly in need of revision (Le genre est en grand besoin de révision) » ce qui signifie que la dénomination et la séparation des espèces est certainement à revoir avec la possibilité de découvrir de nouvelles espèces cachées dans cette imprécision…
D’ailleurs, Déborah S. Soldati Lacerda & Angelo B. Monteiro Machado (8) en 2019 ont créé trois nouvelles espèces cachées au sein du complexe Mecistogaster amalia…

Son aire de distribution s’étend du Nicaragua au sud du Brésil et au nord de l’Argentine.
IUCN Red List

Le genre Mecistogaster a été créé par Rambur (1842) (5) mais il n’y explique pas le choix de ce terme. Cependant, en grec mecist -o signifie (6) –le plus long et gaster – le ventre, l’estomac et par extension l’abdomen. Il n’y a pas besoin d’être plus explicite !
Linearis n’est pas non plus documenté, mais le même auteur écrit : « Abdomen très-long, tout à fait linéaire… ». Linearis, en latin, signifie –formé avec des lignes, linéaire.

1- Ingemar Hedström and Göran Sahlén, « A key to the adult Costa Rican “helicopter” damselflies (Odonata : Pseudostigmatidae) with notes on their phenology and life zone preferences », Rev. Biol. Trop. 49(3-4 ): 1037-1056, 2001.
2- Ola M. Fincke, « Giant damselflies in a tropical forest : reproductive biologyof Megaloprepus caerulatus with notes on Mecistogaster (Zygoptera: Pseudostigmatidae) », Adv. Odonatol. 2:13-27, December, 1984.
3- Stanislav N. Gorb, Wing surface in the damselfly Mecistogaster ornata (Zygoptera,Pseudostigmatidae) : interactions between nanoscale wax and sticky spider webs, International Journal of Odonatology, 2019, Vol. 22, No. 1, 51–57.
4- Damselfly Genera of the New World, Annotated Key to the Zygoptera, Rosser W. Garrison, Natalia von Ellenrieder et Jerry A. Louton, Johns Hopkins University Press, 2010
5- M. P. Rambur, Histoire Naturelle des Insectes Névroptères, 1842.
6- Dictionary of Word Roots and Combining Form, compiled from the Greek, Latin and other languages with special reference to biological terms and scientific names, Donald J. Borror, 1960.
7- Description and natural history of the Costa Rican Odonata larvae Megaloprepus caerulatus (Drury, 1782 (Zygoptera, Pseudostigmatidae), A. Ramírez, Odonatologica 26(1) : 75-81, March I. 1997.
8- Déborah S. Soldati Lacerda & Angelo B. Monteiro Machado, The damselfly genus Mecistogaster (Odonata: Pseudostigmatidae) from the Brazilian Atlantic Forest with a description of three new species and a neotype designation for M. amalia (Burmeister, 1839), Zootaxa 4668 (2) : 207–228, 2019.

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