
J’ai été très heureux de revoir Chlorocypha curta, que j’avais rencontré au Bénin en 2008, où je faisais mes toutes premières photos de libellules exotiques. C’était le premier Chlorocyphidae que je photographiais et je me souviens de ma surprise en découvrant sa face singulière sur mes photos.
Malheureusement, la configuration terrain où il a fait deux brèves apparitions interdisait de s’en approcher plus. Il se trouvait sur un petit ruisseau étroit et profond, s’étalant un peu plus largement par endroits. Lorsque nous approchions trop près de cet amas de branchages, il se contentait de passer de l’autre côté, mais pour nous le détour était assez compliqué et l’apporche aussi difficile.
Cela n’a rien à voir avec les odonates, mais sur ces photos on remarque une des plaies de l’Afrique : les bouteilles d’eau en plastique qui sont abandonnées par millions dans la nature…

Il est impossible de le confondre avec un autre Chlorocypha au Ghana ; la répartition des couleurs est unique pour cette espèce, les segments 2 à 6 rouges, puis bleus jusqu’au dixième.
Hagen 1853, qui le décrit sous le nom de Libellago curta, mesure son abdomen à 21 mm, soit une longueur totale d’environ 32 mm.

On le trouve le plus souvent sur des rivières ou ruisseaux en aires ouvertes, ou en zone dégagée en forêt. Il a une nette préférence, contrairement aux 30 autres espèces de Chlorocypha, pour les zones lumineuses et exposées (Dijkstra & Clausnitzer, 2014). L’intensité de sa coloration, sa teinte varient avec l’environnement et la température (liée aussi à l’altitude, les conditions d’émergence dans des eaux plus froides), ce qui est connu pour bien d’autres odonates, et en particulier d’autres Chlorocypha, ce qui a généré de sévères difficultés taxonomiques ; on décrit pour cette espèce une forme cold, beaucoup plus terne (voir Dijkstra, 2003).
Son aire de distribution, sous le Sahel, s’étend du Sierra Leone à l’Ouganda, le Kenya et le Soudan, et au sud jusqu’en Angola.
IUCN Red List.
Les Anglo-saxons l’appellent Blue-tipped Jewel.

Étymologie Chlorocypha curta
Fraser (1928) a créé le genre Chlorocypha avec pour type l’Agrion dispar de Palisot de Beauvois (dont la description par cet auteur est succincte).
Chlorocypha, du grec chloro, pour jaune ou vert, et de cyphos qui signifie bossu, bosse, pour la couleur du curieux clypeus de l’espèce, certainement chez un sujet immature. Fraser écrit : « I have chosen the name Chlorocypha for this genus, based on the specific character mentioned by Palisot de Beauvois for the type species dispar : « le chaperon [Clypeus] est d’un jaune-verdâtre« . Il est pour moi certain que Palisot de Beauvois n’a jamais écrit ces mots dans sa description, ni Selys dans son Synopsis des Caloptérygines, ni dans sa Monographie des Caloptérygines. L’origine de la citation de Fraser reste pour moi un mystère.
Curta signifie court, tronqué en latin, et Hagen qui l’a décrit sous le nom de genre Libellago aurait trouvé son abdomen plus massif, plus court que les autres Libellago qu’il connaissait.
Dijkstra, 2003 – Problems in Chlorocypha classification: four cases from West Africa and a discussion of the taxonomic pitfalls (Odonata: Chlorocyphidae) – International Journal of Odonatology, Volume 6, Issue 2, Pages 109-125, 2003.
Klaas-Douwe B. Dijkstra & Viola Clausnitzer, 2014 – The Dragonflies and Damselflies of Eastern Africa – Handbook for all Odonata from Sudan to Zimbabwe – Studies in Afrotopical Zoology, vol. 298 – Tervuren : Royal Museum for Central Africa
Fraser, 1928 – « A revision of the Fiers-winged Damselflies (Family Chlorocyphidae) of Africa ». Annals and Magazine of Natural History, Série 10, Vol. 2.
Hagen in Selys, 1853 – Synopsis des Caloptérygines. Bulletins de l’Académie Royale Des Sciences, Des Lettres et Des Beaux-Arts de Belgique, 20 (Annexe), 1–73.
Palisot de Beauvois, 1805 – Insectes recueillis en Afrique et en Amérique, dans les royaumes d’Oware et de Bénin, à Saint-Domingue et dans les États-Unis, pendant les années 1786-1797. Imprimerie de Fain et Compagnie, Paris. Livraison 2, p. 85, pl. VII.