
Ces photos d’Agriocnemis zerafica, Coenagrionidae, sont les toutes premières du séjour, l’occasion de faire mes premières photos d’odonates avec un nouvel APN. Passant d’un « petit capteur » à un « full frame », je n’ai sans doute pas eu le réflexe de m’approcher suffisamment. Et à ce moment, je pensais avoir affaire à A. exilis, très proche visuellement et que je croyais le plus répandu dans cette région.
Beaucoup de ces photos sont réalisées dans la lagune Sakumono, dans la banlieu d’ Accra.

Quelques détails bien visibles l’en distinguent, mais il faut cliquer sur les photos, en raison de sa taille : le Roi (1915) nous dit que l’abdomen de la femelle mesure 16 mm, soit à peine plus de 20 mm de longueur totale.
Son pronotum n’est pas aussi arrondi que celui de A. exilis, il présente au contraire un bord postérieur presque droit, brisé par un petit lobe arrondi et coloré sur sa marge. Et en fait, comme on le verra plus tard, les femelles ont un pronotum qui est une simple variante de celui-ci.

Bien sûr ses appendices anaux sont aussi différents en ce sens qu’ils sont à peine visibles tellement ils sont courts ; de plus, le S10 est étiré vers le haut à son extrémité distale.



Comme le Roi décrit l’espèce à partir d’une femelle, il ne fournit pas de dessin des appendices.
On trouve cependant de nombreux dessins et schémas dans la révision des Agriocnemis africains de Pinhey (1974) et sur les pages de l’ADDO par K-D Dijkstra.
Ci-contre, j’ai, comparé à partir des ouvrages cités, les pronotums des mâles et les appendices anaux de A. exilis et de Agriocnemis zerafica ; si Pinhey montre 2 dessins pour A. exilis c’est en raison de sa variabilité sur son immense aire de répartition.


Une autre différence avec A. exilis est visible ici ; les mâles prenant de l’âge se couvrent d’une pulvérulence blanchâtre sur le thorax et la majeure partie du corps, ce qui ne serait jamais le cas pour A. exilis (ADDO).


Il se plaît sur les eaux stagnantes et majoritairement en milieu temporaire ; comme tous les Agriocnemis, il se dissimule dans la végétation émergente des bords des pièces d’eau, là où la profondeur d’eau est limitée. Ils sont souvent très peu au-dessus de la surface, ce qui explique la difficulté de faire de vrais profils sur lesquels on voit correctement les appendices anaux.


Les femelles sont très variables car elles subissent une radicale transformation en prenant de l’âge. Aussi, la seule solution pour les identifier est encore une fois de se fier à leur pronotum.


Et on retrouve très bien cette forme en « accolade », avec une pointe aigue au milieu du lobe postérieur, que montre Pinhey (1974) dans sa révision.
Noter le grand nombre d’individus parasités par ces hydracariens (petites boules rouges ou brunes), sans doute du genre Arrenurus, qui s’implantent sur la cuticule au moment de l’émergence des libellules, pour se nourrir de leur hémolymphe ; bien nourris, ils se laisseront tomber dans l’eau pour poursuivre leur cycle de vie.


Sa distribution est étendue du sud de la Mauritanie à l’ouest, au Soudan et au Sud-Soudan à l’est. Il atteint le Gabon et le bassin du Congo au sud. Il reçoit le nom anglais de Sahel Wisp.
IUCN Red List.

Étymologie
Agriocnemis, du grec Agrios- sauvage, pour vivant dans les champs et knemis, qui signifie jambière (ou très exactement cnemide qui est la protection du tibia de l’armure grecque), comme pour nos Platycnemis européens. Selys croyait les genres étroitement proches au regard des tibias, ce que je ne constate absolument pas. Ceux des Agriocnemis ne me semblent pas plus larges que ceux des autres Coenagrion. Mais « cnemis » dans beaucoup de noms composés de genre doit plutôt être compris comme « faisant partie des Coenagrionidae » (voir Endersby & fliedner (2015)).
Zerafica est une référence à Bahr el Zeraf, la Rivière des girafes, un bras du Nil blanc, au Soudan du Sud où a été capturé l’holotype femelle.

Dijkstra, K.-D.B (editor ADDO), 2019 – African Dragonflies and Damselflies (ADDO) – Agriocnemis zerafica – [Le lien peut ne pas fonctionner ; lien web.archive à partir du site ADDO, maintenant hors ligne.]
Ian Endersby & Heinrich Fliedner, 2015 – The Naming of Australia’s Dragonflies, Ian Endersby & Heinrich Fliedner, Busybird publishing.
le Roi, O., 1915 – Odonaten aus Äquatorial-Afrika – Die zweite deutsche Zentral Afrika Expedition, 319-360. P. 343.
Pinhey, 1974 – A Revision of the African Agriocnemis Selys and Mortonagrion Fraser (Odonata : Coenagrionidae) – Occasional papers of the National Museums and Monuments of Rhodesia. [Le lien peut ne pas fonctionner ; lien web.archive à partir du site ADDO, maintenant hors ligne.]

