
Nous avons rencontré Hadrothemis coacta 5 ou 6 fois, toujours en forêt, en particulier le long des chemins de débardage.
C’est un lourd et robuste Libellulidae (Robust Jungle-skimmer, en anglais) qui ressemble à ses cousins d’Afrique de l’Ouest (H. vrijdaghi en est absent) par la pruinosité qu’il porte sur les segments 2 à 5 (6 parfois ?) ; celle de H. camarensis et de H. infesta est plus courte, celle de H. versuta très voisine, mais son espace interalaire est marqué d’une bande jaune qui se poursuit sur la face dorsale du thorax. Quant aux 2 derniers représentants du genre (qui en comprend 7 au total ) H. defecta et H. scabifrons, ils sont très différents, sans pruinosité, et leur abdomen est rouge.


De loin, ses parties non pulvérulentes semblent très sombres, mais à proximité l’éclat du flash leur donne un ton nettement rouge.
Karsch (1891), qui le décrit dans le genre Thermorthemis, donne une longueur totale de 47 mm pour le mâle et de 50 mm pour la femelle.


Tous les Hadrothemis vivent en forêt, et c’est le long des chemins forestiers que nous les avons rencontrés.
On le rencontre du Libéria à la République centrafricaine, au sud, il atteint l’Angola.
IUCN Red List.
Les femelles sont un exemple du dimorphisme sexuel des Libellulidae !


Les femelles sont encore plus massives que les mâles et on remarque bien sûr les larges expansions ventrales portées par le 8ᵉ segment abdominal.


Comme pour certains Orthetrum (ici O. brunneum en France) ou Orthemis (ici O. discolor au Panama), et quelques autres genres, ces expansions sont utilisées par la femelle, lors de la ponte, pour projeter de l’eau avec ses œufs, vers la berge de la flaque d’eau, afin d’éviter qu’ils ne se dessèchent. On voit les ondes créées par l’impact.


Les femelles frappent l’eau de leur abdomen, de façon répétitive, et soulèvent des gouttes que l’on voit très bien ci-dessous. Cette fois-ci, le spectacle se déroule sur un chemin de débardage ; les véhicules qui y passent ont creusé de (très) profondes ornières dans la boue, un terrain idéal pour ces Hadrothemis coacta que nous avons eu le plaisir d’observer quelques instants.

Étymologie Hadrothemis camarensis
Hadrothemis, du grec hadros qui signifie fort, robuste, bien développé et de Themis, déesse grecque de l’ordre et de la justice, qui a été utilisé de nombreuses fois depuis Hagen (1861). Le nom de la déesse de l’ordre est particulièrement bien adapté à la taxonomie, science qui vise à décrire et ordonner les familles, genres et espèces. Ce –themis est en fait devenu un signal d’appartenance aux Libellulidae. Karsch, décrivant le genre Hadrothemis écrit : « Kurz, plump und dick – Court, lourd et épais », qui se rapporte à son thorax massif.
Coacta, participe passé du verbe latin cogere, qui signifie rassembler, condenser, forcer. Il n’y a pas d’indication explicite dans le texte de Karsch. On peut supposer que ce qualificatif se réfère à la nervation plus dense de cette espèce, plus dense que celle des 2 autres espèces qu’il décrit, H. defecta et H. versuta.
Karsch, 1891 – Entomologische Nachrichten (Vol. 17, Issue 4, p. 60). (1875).