
Chlorocypha pyriformosa est un des sept Chlorocypha (Chlorocyphidae) du Ghana et nous avons eu la chance de les rencontrer tous. Ils sont tous spectaculaires avec leur face déformée par un clypeus proéminent, leurs ailes aussi longues que l’abdomen et leurs couleurs vives.
Fraser (1947) a décrit cette espèce comme une sous-espèce de Chlorocypha dispar et ce n’est pas étonnant car ils sont très proches ; il n’avait noté que la forme différente de la marque claire (rouge) sur le S2. Les spécimens qu’il a eus en main ne montraient sans doute pas les marques jaunes que portent les sujets matures, en particulier la ligne sur la carène thoracique dorsale qui, selon K-D. Dijkstra (2013), est toujours présente même si très atténuée parfois. C’est ce grand spécialiste des odonates africains qui en fera une espèce valide.

Legrand et Couturier (1985) ont involontairement redécrit cette espèce pensant avoir affaire à une nouvelle espèce, C. mutans, qu’ils comparent justement à C. dispar. Ils notent que la tache sur le S2 de C. dispar à la forme d’un grain de café (séparée en deux), celle de Chlorocypha pyriformosa (mutans…) ressemblant à une tête de loup. Ce qu’on ne voit pas bien sur mes photos où on peut constater la forme vraiment particulière de la coloration rouge du troisième segment.

On note également la différence de taille ; l’abdomen de C. pyriformosa mesure 18-19 mm, celui de son cousin 20-21 mm.
Il mesure donc environ 31 mm.

C’est sur la berge d’une assez large rivière, Ankasa River, qui traverse le parc du même nom, que nous l’avons rencontré ; il a fait 2 très brèves apparitions dans une zone ouverte, mais difficile d’accès.
Il porte d’ailleurs le nom vernaculaire anglais de River Jewel.
Sa distribution s’étend de la Guinée-Bissau à la République Démocratique du Congo et au Gabon.
IUCN Red List.
Chlorocypha pyriformosa mâle, Ghana, Ankasa Forest Reserve, 18/01/2026
Étymologie : Chlorocypha pyriformosa
Chlorocypha, du grec chloro, pour jaune ou vert, et de cyphos qui signifie bossu, bosse, pour la couleur du curieux clypeus de l’espèce, certainement chez un sujet immature. Fraser écrit : « I have chosen the name Chlorocypha for this genus, based on the specific character mentioned by Palisot de Beauvois for the type species dispar : « le chaperon [Clypeus] est d’un jaune-verdâtre« . Il est pour moi certain que Palisot de Beauvois n’a jamais écrit ces mots dans sa description, ni Selys dans son Synopsis des Caloptérygines, ni dans sa Monographie des Caloptérygines. L’origine de la citation de Fraser reste pour moi un mystère.
Pyriformosa, du latin pirum, pour poire, et du latin formosus qui signifie beau ou magnifiquement formé, ceci pour la forme rouge sur le S2 qui, pour Fraser, ressemble plus à une poire qu’à une tête de loup : « In the present specimens, this spot is much larger, extending the whole length of the segment and bilobate in shape, one lobe occupying the basal three-fourths of the segment, the other, very much smaller and narrower, is a mere stalk connecting the larger lobe to the apical border of segment. »

Dijkstra, 2003 – Problems in Chlorocypha classification: four cases from West Africa and a discussion of the taxonomic pitfalls (Odonata: Chlorocyphidae) – International Journal of Odonatology, Volume 6, Issue 2, Pages 109-125, 2003.
Fraser, 1947 – THE ODONATA OF THE IVORY COAST BASED ON THE MISSION OF DR. R. PAULIAN AND P. LEPESME – Transactions of the Royal Entomological Society of London, 1947. P. 28.
Legrand, J. & G. Couturier, 1985 – Les Odonates de la forêt de Taï (Côte d’Ivoire). Premières approches: faunistique, répartition écologique et association d’espèces. Revue d’Hydrobiologie Tropicale 18: 133-158.