
Nous n’avons eu qu’une rencontre avec Petaliaeschna tomokunii, tard dans l’après-midi, presque à la tombée de la nuit à Pia Oac, à une altitude de 1240 m. Cette femelle pondait dans un fouillis d’herbes et de buissons entremêlés, sur une pierre recouverte de mousse, parcourue par un filet d’eau, dans une sorte de clairière le long d’un chemin forestier, à la sortie d’une petite forêt de bambous dont on devine d’ailleurs les feuilles au sol.
Elle fréquente d’ailleurs les petits ruisseaux de montagne ombragés et les zones forestières humides à haute altitude (souvent autour de 1 000 à 1 500 mètres)
Je n’ai pas eu accès à la description originale de Karube (2000) (à partir de sujets de Pia Oac) mais Tom Kompier sur son blog précise qu’elle ressemble beaucoup à une autre espèce aussi présente sur le même biotope, P. flavipes, cette dernière montrant sans doute une activité un peu moins tardive. P. tomokunii a aussi les pattes jaunes mais se distingue de sa cousine par le fait que sa face est jaune orangée alors que celle de P. flavipes est plus sombre et montre sur le front une vague marque sombre en forme de « T ».

Elle mesure sans doute dans les 65 -70 mm, mais dans les conditions où je l’ai observée, je suis incapable d’être plus précis.
Petaliaeschna tomokunii est actuellement considéré comme endémique du Vietnam et n’est même connu que de cette réserve de Pia Oac.
IUCN Red List.
Petaliaeschna (Fraser, 1927) de petalos en grec qui signifie déployé, étalé en référence à la forme des appendices anaux supérieurs et Fraser lorsqu’il redécrit l’espèce en 1936 écrit : » Anal appendages : superiors longer than segments 9 and 10, narrow at base, then broadly dilated« . Pourtant en 1927 il écrivait à propos de ces appendices anaux « Slightly dilated at the middle »…
Aeschna est un cas particulier dans l’étymologie des noms d’odonates. Il est ici écrit dans sa version corrigée, et on a, en Europe, l’habitude de l’écrire sans « c », la version de Fabricius (1775) qui a créé le nom de genre Aeshna.
On suppose, car il ne l’a pas précisé, que Fabricius a formé ce nom depuis un mot grec signifiant défigurer ou ternir (pourquoi, c’est une autre énigme ?) ; mais Fabricius est un puriste et on ne peut expliquer cette absence de « c » que par une erreur de transcription ou une erreur typographique.
L’absence de ce « c » n’est restée la norme que pour le genre Aeshna et tous les « composés » créés à l’époque moderne l’ont intégré.
Tomokunii est un hommage à l’entomologiste japonais Masaaki Tomokuni, qui a collecté une grande partie du matériel de recherche lors d’expéditions au Vietnam dans les années 90.
Fraser, 1927 – Descriptions of twenty new Indian dragonflies – Rec. Ind. Mus, 29 : 63-90. P. 72.
Fraser, 1936 – The Fauna of British India. P. 79.
Karube, H. (2000) – Notes on the Chinese and Vietnamese Aeshnidae (Odonata), with description of a new species. Bulletin of the Kanagawa Prefectural Museum (Natural Science), (29): 67–72.