
Acisoma trifidum (Libellulidae) est une petite surprise car je ne pensais pas qu’il puisse être si différent des autres Acisoma que j’avais rencontrés en Afrique, soit A. inflatum et A. variegatum. Ou même de celui que je connais encore mieux pour l’avoir souvent rencontré en Asie, Acisoma panorpoides. Sur toutes mes photos, la partie distale de l’abdomen est fortement redressée ; aucun des Acisoma que j’avais eu la chance de rencontrer, en Asie ou en Afrique, ne présentait cette caractéristique. J’ai parcouru un certain nombre de documents pour rédiger cet article et aucun ne mentionne ce détail…


Depuis Mens, L.P., Schütte, K., Stokvis, F.R. & Dijkstra, K.-D.B. (2016), le genre Acisoma comprend six espèces ; une asiatique, Acisoma panorpoides, et 5 africaines dont deux, A. attenbouroughi et A. ascalaphoides sont srictement limités à Madagscar. Jusque-là on ne reconnaissait que 2 espèces ; A. ascalaphoides à Madagascar et A. panorpoides, du reste de l’Afrique à l’Asie.

Mais Acisoma trifidum est sans doute le plus facile à isoler et à identifier en raison du contraste entre son abdomen très clair et de son thorax sombre parcouru d’une série de courtes lignes jaunes, sa face sombre, labrum et labium noirs, marqués de taches blanches, le noir se prolongeant pour traverser l’oeil.
Kirby, en 1889, avait remarqué des anomalies de nervation entre les sujets asiatiques et africains, en particulier le fait que les sujets africains présentaient une dernière nervure anténodale incomplète : « There are several doubtful forms from Africa and Madagascar, in all of which (with the exception of a specimen which I regard as the true A. ascalaphoides of Rambur) the last antenodal is not continuous. ». Et effectivement tous les Acisoma africains présentent cette caractéristique, qui est moins absolue pour A. ascalaphoides (avec seulement 89% des sujets). Et, dans le même document, plus loin, il décrit Acisoma trifida, que la nomenclature internationale a tranformé en trifidum.


Selon Kirby, la longueur totale du corps est de 26 mm.
On le trouve dans toute l’Afrique occidentale et centrale, du Sénégal jusqu’à l’Ouganda, au Rwanda et au nord de la Zambie.
IUCN Red List.
Il affectionne les mares plus forestières que celles d’A. inflatum, avec laquelle il coexiste fréquemment. Nous l’avons trouvé en limite de forêt, puis sur une très petite mare en milieu ouvert (Ankasa forest Reserve Lodge), et une plus grande mare marécageuse, ces deux dernières pièces d’eau en milieu ouvert !
Il est certainement moins commun que ce dernier sur les terrains que nous avons explorés, nous n’avons pas observé de femelle.

Étymologie
Acisoma, du grec akis pour aiguille, flèche et du grec sôma pour corps, en référence à la forme dilatée des premiers segments abdominaux et effilée des derniers.
Trifidum, de l’adjectif latin trifidus, qui signifie divisé en trois. Kirby a en effet remarqué que cet Acisoma trifidum présentait trois cellules dans le subtriangle de l’aile antérieure alors que l’espèce asiatique et celles d’Afrique continentale n’en montraient qu’une seule. Il ignorait que dans 40 % des cas il n’en comporte que 2 (ce nombre peut être variable d’une aile à l’autre, comme le montre le sujet ci-dessous).

En anglais, il prend le nom de Pied Pintail, soit [libellule] pie [la couleur] à queue en pointe… ce qui est assez évocateur.

Kirby, 1889 – A revision of the subfamily Libellulinae, with descriptions of new genera and species. Proceedings of the
Zoological Society of London – 12 (9), 249–348.
Mens, L.P., Schütte, K., Stokvis, F.R. & Dijkstra, K.-D.B. (2016) – Six, not two, species of Acisoma pintail dragonfly (Odonata: Libellulidae) – Zootaxa, 4109 (2), 153–172.
Acisoma trifidum mâle, Ghana, Amasuri Conservation Area, 15/01/2026
Kirby, 1889 – A revision of the subfamily Libellulinae, with descriptions of new genera and species. Proceedings of the
Zoological Society of London – 12 (9), 249–348.
Mens, L.P., Schütte, K., Stokvis, F.R. & Dijkstra, K.-D.B. (2016) – Six, not two, species of Acisoma pintail dragonfly (Odonata: Libellulidae) – Zootaxa, 4109 (2), 153–172.