
J’ai été très heureux de revoir Chlorocypha curta, que j’avais rencontré au Bénin en 2008, où je faisais mes toutes premières photos de libellules exotiques. C’était le premier Chlorocyphidae que je photographiais et je me souviens de ma surprise en découvrant sa face singulière sur mes photos.
Malheureusement, la configuration terrain où il a fait deux brèves apparitions interdisait de s’en approcher plus. Il se trouvait sur un petit ruisseau étroit et profond, s’étalant un peu plus largement par endroits. Lorsque nous approchions trop près de cet amas de branchages, il se contentait de passer de l’autre côté, mais pour nous le détour était assez compliqué et l’apporche aussi difficile.
Cela n’a rien à voir avec les odonates, mais sur ces photos on remarque une des plaies de l’Afrique : les bouteilles d’eau en plastique qui sont abandonnées par millions dans la nature…

Il est impossible de le confondre avec un autre Chlorocypha au Ghana ; la répartition des couleurs est unique pour cette espèce, les segments 2 à 6 rouges, puis bleus jusqu’au dixième.
Hagen 1853, qui le décrit sous le nom de Libellago curta, mesure son abdomen à 21 mm, soit une longueur totale d’environ 32 mm.

On le trouve le plus souvent sur des rivières ou ruisseaux en aires ouvertes, ou en zone dégagée en forêt.
Son aire de distribution, sous le Sahel, s’étend du Sierra Leone à l’Ouganda, le Kenya et le Soudan, et au sud jusqu’en Angola.
IUCN Red List.
Les Anglo-saxons l’appellent Blue-tipped Jewel.

Étymologie Chlorocypha curta
Fraser (1928) a créé le genre Chlorocypha avec pour type l’Agrion dispar de Palisot de Beauvois (je n’ai pas pu accéder à sa description malgré de longues recherches).
Chlorocypha, du grec chloro, pour jaune ou vert, et de cyphos qui signifie bossu, bosse, pour la couleur du curieux clypeus de l’espèce, sans doute chez un sujet pas très mature. Fraser écrit : « I have chosen the name Chlorocypha for this genus, based on the specific character mentioned by Palisot de Beauvois for the type species dispar : « le chaperon [Clypeus] est d’un jaune-verdâtre« . «
Curta signifie court, tronqué en latin, et Hagen qui l’a décrit sous le nom de genre Libellago aurait trouvé son abdomen plus massif, plus court que les autres Libellago qu’il connaissait.
Fraser, 1928 – « A revision of the Fiers-winged Damselflies (Family Chlorocyphidae) of Africa ». Annals and Magazine of Natural History, Série 10, Vol. 2.
Hagen in Selys, 1853 – Synopsis des Caloptérygines. Bulletins de l’Académie Royale Des Sciences, Des Lettres et Des Beaux-Arts de Belgique, 20 (Annexe), 1–73.