
Micromacromia zygoptera (Libellulidae) se cachait, posé sur une feuille au-dessus d’un petit ruisseau au fond sableux, avec des feuilles en décomposition, ruisseau qui serpentait dans la forêt sombre. Malgré quelques décollages, il s’est assez patiemment laissé photographier et heureusement car de tout le séjour nous ne verrons que ce mâle et une femelle.
C’est un genre qui ne comprend que quatre espèces et toutes sont rares et très peu observées ; avant notre prospection, l’espèce ne comptait que 6 observations sur iNaturalist, entre 2012 et 2022.
Elle possède pourtant un nom vernaculaire anglais (peut-on parler de nom commun pour des raretés ?) assez amusant : Small Micmac.

Le genre Micromacromia (Karsch, 1890) est très proche des Neodythemis, et s’en distingue en principe par le fait que le champ discoïdal de l’aile antérieure ne commence que par 2 cellules : sauf Micromacromia zygoptera, qui, comme les Neodythemis, n’en compte qu’une ! Et c’est sans doute pour cette raison que Ris (1909) l’a décrit sous le nom de genre Eothemis, maintenant disparu.
M. zygoptera est en principe la seule espèce au Ghana ; une autre est très proche, M. camerunica, mais elle présente donc 2 rangées de cellules au départ du champ discoïdal de l’aile antérieure.
Les genres, les espèces sont très proches et la taxonomie a été riche en débats complexes, tranchés par Dijkstra et Vick (2006) : M. zygoptera s’est appelé Eothemis zygoptera (Ris, 1909) et Neodythemis scalarum (Pinhey, 1964).


Ris mesure son abdomen à 21,5 mm, Pinhey à 22 mm sans les appendices anaux, il atteint sans doute à peine 34 mm de longueur totale.
Nous l’avons trouvé tout à fait dans l’environnement décrit par Dijkstra (ADDO, 2020 – ADDO, 2020), soit un petit ruisseau de forêt pluviale.

Sa distribution s’étend de la Guinée au Gabon, sa présence n’est cependant pas confirmée au Bénin, ni en Guinée équatoriale.
IUCN Red List.
La seule femelle que nous avons rencontrée n’a pas eu de chance. Le jour même de son émergence sans doute, elle a terminé son parcours dans une toile d’araignée. Noter la marque quadrangulaire sombre très caractéristique au centre de son thorax.


Notez sur la photo ci-dessus à gauche la large expansion du S8 ; cette dilatation est normalement absente pour les femelles Neodythemis.
On peut comparer son abdomen avec celui montré dans Dijkstra & Vick, 2006 :

Étymologie de Micromacromia zygoptera
Micromacromia ; du grec micro pour petit et de macromia qui est construit à partir du grec –macro pour grand ou large et –omos pour épaule, pour insister sur le thorax massif. C’est un nom très surprenant pour un Libellulidae et je laisse Fliedner tenter de l’expliquer…
« La description de Karsch de ce genre de libellulidé ne mentionne pas du tout Macromia. Peut-être que, comme pour le genre Macrothemis de Hagen, la dent des griffes a conduit au nom [les griffes en bas, près du milieu, avec une dent distincte]. Mais il est à noter que la seule espèce sur laquelle Karsch a basé ce taxon présente une certaine similitude superficielle avec le genre Macromia : elle possède des ailes longues et étroites, une couleur principale sombre et brillante avec des marques jaunes (verdâtres), le thorax est vert métallique sombre (pour Macromia, voir Wildermuth & Martens 2019 : 540-542). Quoi qu’il en soit, avec sa longueur totale d’environ 30 mm, c’est un libellulidé plutôt petit. »
Il faut savoir que les spécimens décrits par Ferdinand Karsch en 1890 ont été capturés entre 1887 et 1888 (par Dr. Paul Preuss, un botaniste et explorateur allemand qui a beaucoup travaillé au Cameroun à cette époque). Leur couleur, en collection depuis 2 ou 3 ans, n’avait sans doute pas grand-chose à voir avec celle du vivant. De plus, le mâle que nous avons observé était vieux, couvert d’une pulvérulence grise, la femelle, très jeune, plus proche de la coloration des Macromia.
Zygoptera, du grec zygo, qui signifie un joug ou une paire homogène, et de ptera pour aile. On nomme en effet zygoptères les demoiselles qui présentent les ailes antérieures et postérieures presque identiques. Or Karsch écrit : « Von allen mir bekannten Libellulinen zeigt diese die geringste Differenzierung der Vorderflügel und Hinterflügel [De toutes les Libellulines que je connais, celle-ci présente la plus faible différence entre les ailes antérieures et les ailes postérieures] ».
Dijkstra & Vick, 2006 – Inflation by venation and the bankruptcy of traditional genera: the case of Neodythemis and Micromacromia, with keys to the continental African species and the description of two new Neodythemis species from the Albertine Rift (Odonata: Libellulidae). International Journal of Odonatology, 9, 51-70.
Fliedner Heinrich, 2021 – The scientific names of Ris’ odonate taxa – Journal of the International Dragonfly Fund.
Pinhey, 1964 – Some new Odonata from West Africa. Bulletin Institut français Afrique, 26, 1144-1153.
Ris, 1909 – Libellulinen vol. 1, fasc. 9-11 – P. 71.