
Tetrathemis godiardi, Libellulidae, est une rareté, très peu contactée et photographiée. On trouve actuellement 4 ou 5 photos seulement sur le Web, sur iNaturalist ou observation.org.
Il fait partie d’un genre qui comprend 14 espèces dans le monde, en Afrique, en Asie et en Océanie. Huit espèces sont présentes en Afrique, et ces espèces pourraient bien appartenir à un autre genre, Neophlebia (que Selys a créé en 1869 pour T. polleni).
Deux espèces sont présentes au Ghana et nous avons donc eu la chance de les rencontrer, ce Tetrathemis godiardi et T. camerunensis, beaucoup plus commun.
Ce sont de petits odonates sympathiques par leur coloration et leurs yeux fabuleux, avec une nervation très lâche, assez ressemblants d’une espèce à l’autre : voici par exemple T. irregularis au Queensland (Australie) et T. platyptera au Vietnam.
Le sujet que je présente tout d’abord est jeune, immature et ses yeux n’ont pas, loin de là, leur couleur définitive.

Les espèces africaines se ressemblent particulièrement (sauf T. polleni) et ne diffèrent pratiquement que par leurs appendices anaux. Il n’y a que de très faibles différences, qu’on pourrait considérer comme des variations individuelles, entre cette espèce et T. camerunensis ; les taches sur l’abdomen sont plus petites, il n’a pas de marque claire sur le sixième segment, nous dit Lacroix (1921) ; mais il n’y en a pas toujours non plus pour T. camerunensis…
Il faut donc comparer les appendices anaux, ce que je fais ci-dessous, et ils sont heureusement très différents.
Tetrathemis godiardi mâle, Ghana, Kakum N.P., 14/01/2026


On note pour Tetrathemis godiardi que les appendices anaux sont courts et que l’épiprocte est plus long que les cerques ; pour T. camerunensis, les cerques sont longs et divergents cachent (sur ma photo) l’épiprocte qui est plus court.
Et je pense vraiment que des photos sont plus parlantes qu’un texte car la description de Lacroix est assez obscure :

Lacroix précise que l’aile postérieure mesure 24 mm et l’abdomen 19 mm ; l’insecte en entier atteint à peine 30 mm.
L’espèce a été recensée du Liberia et de la Guinée jusqu’au Cameroun.
IUCN Red List.
Tetrathemis godiardi mâle, Ghana, Kakum N.P., 14/01/2026

On ne trouve à peu près aucun renseignement sur leur biologie ou leur écologie ; nous avons rencontré ce mâle immature à quelque distance d’une mare. Mais le sujet mature, ci-dessous, a été photographié (de loin !) sur une petite rivière en forêt dont le courant était ralenti par des rochers et formait un bassin plus calme ; en compagnie de Chlorocypha luminosa et radix, Elattoneura villiersi, et Allocnemis elongata.

Étymologie
Tetrathemis (Brauer, 1868), de –tetra pour –quatre et de Themis – déesse grecque de l’ordre, de la justice. Le nom de la déesse de l’ordre est particulièrement bien adapté à la taxonomie, science qui vise à décrire et ordonner les familles, genres et espèces.
Le chiffre 4 se réfère, comme le décrit Brauer, à la forme de la cellule cardinale, que nous appelons sans doute abusivement triangle, qui est quadrangulaire pour ce genre.
Godiardi est un hommage à Maxime Godiard qui a collecté et transmis ce sujet depuis le Ghana (Gold Coast). On trouve peu de renseignements sur cet administrateur des Colonies, en poste au moins au Sénégal, qui aurait apporté une aide logistique et humaine précieuse aux naturalistes français en mission en Afrique Occidentale Française (AOF).
Ian Endersby & Heinrich Fliedner – The Naming of Australia’s Dragonflies, Ian Endersby & Heinrich Fliedner, Busybird publishing.
Lacroix, 1921 – Deux Odonates nouvelles – Annales de la Société entomologique de Belgique (Vol. 61, Issue 10, p. 378).