
Tetrathemis camerunensis fait partie des huit espèces africaines d’un genre qui en comprend 14 dans le monde ; il est également présent en Asie et en Océanie. Les espèces africaines pourraient un jour rejoindre le genre Neophlebia, aujourd’hui disparu, mais que Selys avait créé pour y placer Tetrathemis polleni. Sjöstedt a d’ailleurs décrit cette espèce dans le genre qu’avait créé Selys.
Il a été plus tard mis en synonymie avec le genre Tetrathemis (Brauer, 1868). Ce ne serait donc qu’un juste retour !


Tetrathemis camerunensis est très proche de l’autre espèce que nous avons rencontrée au Ghana, Tetrathemis godiardi, et ne s’en distingue nettement que par les appendices anaux. Mais ceux-ci sont très différents : les appendices supérieurs, les cerques, de notre espèce sont longs et divergents, ceux de son cousin sont massifs et courts, un tout petit peu plus courts que l’épiprocte que l’on peut ainsi facilement observer.


Sjöstedt nous dit que le mâle mesure 31 mm et la femelle 28 mm.
Nous l’avons contacté plusieurs fois et il nous a semblé bien plus commun que T. godiardi. Nous l’avons rencontré en forêt, sur de grandes flaques coupant les pistes de débardage, sur une assez grande mare en forêt ou dans des milieux plus ouverts, comme sur ce ruisseau, où Chris doit justement photographier le sujet ci-dessous à droite.


Sa distribution géographique suit la ceinture forestière tropicale et équatoriale, depuis la Gambie et la Guinée jusqu’au Nigeria en Afrique de l’Ouest, puis Cameroun, Gabon, Congo, et République centrafricaine, puis Rwanda et Ouganda.

Sur la mare forestière en question, nous avons observé un accouplement, malheureusement inapprochable et un peu trop en hauteur. C’est l’occasion de constater le faible dimorphisme sexuel. On remarque cependant que l’abdomen de la femelle semble bien plus large que celui du mâle.
Tetrathemis camerunensis accouplement, Ghana, Kakum National Park, 14/01/2026
Les pluies inhabituelles de ce mois de janvier ont formé par endroits de larges flaques d’eau sur les chemins forestiers. Sur une branchette qui en émergeait, une femelle était en ponte sous la surveillance d’un mâle. Celui-ci volait autour et se posait de temps en temps, juste à côté d’elle. La femelle insérait ses yeux dans ce morceau de bois pourri, environ 30 cm au-dessus de l’eau. Les larves ou prolarves devront certainement plonger pour trouver un élément dans lequel se développer.




Étymologie Tetrathemis camerunensis
Tetrathemis (Brauer, 1868), de –tetra pour –quatre et de Themis – déesse grecque de l’ordre, de la justice. Le nom de la déesse de l’ordre est particulièrement bien adapté à la taxonomie, science qui vise à décrire et ordonner les familles, genres et espèces.
Le chiffre 4 se réfère, comme le décrit Brauer, à la forme de la cellule cardinale, que nous appelons abusivement triangle, qui est quadrangulaire pour ce genre. Cette étymologie est fournie par Endersby & Fliedner, 2015.
Camerunensis vient évidemment du Cameroun auquel est ajouté le suffixe –ensis, qui indique la provenance. Sjöstedt précise que le sujet provient de Kitta, sans doute répertorié actuellement comme Kotto Balue, à l’ouest du Cameroun, qui était l’un de ses camps de base lors de son expédition de 1891.

Ian Endersby & Heinrich Fliedner, 2015 – The Naming of Australia’s Dragonflies, Ian Endersby & Heinrich Fliedner, Busybird publishing.
Sjöstedt, 1900 – Odonaten aus Kamerum, West Africa – Kungl. Svenska vetenskapsakademien. (1872). Bihang till Kongl. Svenska vetenskaps-akademiens handlingar (Vol. 25). K. Svenska vetenskaps-akademien. P. 36.