
Chlorocypha radix est un des plus beaux de ce genre spectaculaire qui compte une trentaine d’espèces, toutes endémiques d’Afrique tropicale, dont sept au Ghana. Tous les membres de la famille des Chlorocyphidae portent un clypeus proéminent qui permet de les identifier sans hésitation ; ils ont également en commun d’avoir les ailes aussi longues ou plus longues que l’abdomen.

On note que les marques claires du thorax ou des quatre premiers segments sont bleues, ou blanches en fonction de la maturité et de l’éclairage, les 6 derniers segments sont rouge vif ; il prend en anglais le nom de Western Red-tipped Jewel.
Il est très proche de C. glauca et a d’abord été présenté par Longfield (1959) comme une sous-espèce de ce dernier ; elle distinguait alors C. glauca glauca, une espèce d’altitude, et C. glauca radix, une espèce costale ou de plaine.
Mais alors que Chlorocypha radix montre une coloration rouge sur les segments 5 à 10, celle de C. glauca est moins étendue, couvrant les segments 6 (rarement 5) à 10. Les motifs thoraciques sont également très voisins, ceux de C. radix sont plus étendus, plus larges (mais ne correspondent pas aux dessins qu’en donne Longfield, voir plus bas) et il apparaît plus clair.

C’est K-D Dijkstra (2003) qui a validé l’espèce sur la base des différences de coloration de l’abdomen, du thorax, en précisant que les différences avec les autres espèces (C. glauca, aphrodite, seydeli) sont minces mais fiables. Malheureusement, ni Longfield, ni K-D Dijkstra ne donne la taille de son abdomen ; il est vrai que ce n’est pas essentiel, dans la mesure où dans ces documents on le compare avec d’autres espèces.
Mais Lieftinck (1973) a décrit un Chlorocypha pavonis qui s’est avéré être également un synonyme junior de C. radix, et il nous donne la taille de son abdomen : 22,5 mm, appendices anaux inclus. Il mesure donc environ 34,5 mm au total.

Nous l’avons rencontré à deux reprises ; la première fois dans la partie un peu plus ouverte d’un ruisseau en forêt, en compagnie de Chlorocypha luminosa, Pseudagrion melanicterum et Elattoneura villiersi. La seconde, près d’une mare, très près de Copera guttifera, Ceriagrion glabrum et Trithemis grouti.
Sa distribution s’étend au Libéria, en Guinée et en Sierra Leone jusqu’au Nigeria. Il n’est cependant pas confirmé au Bénin.
IUCN Red List.
Ci-dessous, une femelle rencontrée avec le mâle plus bas : on retrouve sur celle-ci les 2 bandes thoraciques supérieures soudées en avant comme le fait voir Longfield sur son dessin. Il s’agit sans doute d’une variation car aucun des mâles que nous avons rencontrés, ni aucune des photos que j’ai pu trouver sur le web ne satisfait à ce détail.

Étymologie Chlorocypha radix
Chlorocypha, du grec chloro, pour jaune ou vert, et de cyphos qui signifie bossu, bosse, pour la couleur du curieux clypeus de l’espèce, certainement chez un sujet immature. Fraser écrit : « I have chosen the name Chlorocypha for this genus, based on the specific character mentioned by Palisot de Beauvois for the type species dispar : « le chaperon [Clypeus] est d’un jaune-verdâtre« . Il est pour moi certain que Palisot de Beauvois n’a jamais écrit ces mots dans sa description, ni Selys dans son Synopsis des Caloptérygines, ni dans sa Monographie des Caloptérygines. L’origine de la citation de Fraser reste pour moi un mystère.
Radix ; Cynthia Longfield, dans une note en bas de page, explique que ce mot signifie racine, ou bas d’une montagne, insistant sur son habitat de plaine, comme évoqué plus haut.
Chlorocypha radix mâle, Ghana, Kakum National Park, 14/01/2026
Dijkstra, 2003 – Problems in Chlorocypha classification: four cases from West Africa and a discussion of the taxonomic pitfalls (Odonata: Chlorocyphidae) – International Journal of Odonatology, Volume 6, Issue 2, Pages 109-125, 2003.
Longfield, C., 1959 – The Odonata of N. Angola. Part II. Publicacoes culturais Companhia Diamantes Angola, 45, 13-42. P. 28.
Lieftinck, M.A., 1973 – Chlorocypha pavonis spec. nov., a new chlorocyphid dragonfly from West Africa
(Odonata). Entomologische Berichten, Amsterdam 33: 32-37. P. 34.

