
Je n’avais jamais rencontré une Crocothemis erythraea femelle avec un tel habitus ; pourtant Crocothemis erythraea est très commun dans mon aire de résidence en France, très peu présent dans les zones que nous avons prospectées au Ghana puisque nous sommes essentiellement restés en forêt.
Classiquement, les femelles sont jaunes (ou dorées), la base des ailes ambrées comme la veination sous-costale, une bande antéhumérale brun foncé et une ligne noire plus ou moins marquée parcourant la carène dorsale abdominale. Un peu comme celle ci-dessous, bien que la ligne noire sur la carène dorsale soit ici assez marquée.

On rencontre également des femelles dites andromorphes ou androchromes, de la même couleur ou presque que les mâles, donc bien sûr rouges.
Mais jamais je n’avais vu une femelle à moitié androchrome. On pourrait penser que sa maturation n’est pas finie et que son thorax va également devenir rouge ; je ne le pense pas, car même si ce n’est pas une vieille femelle, elle n’est pas très jeune, son abdomen est très coloré avec une très forte ligne noire sur la face dorsale de l’abdomen et sa face est très claire et blanchâtre.

Nous avons d’ailleurs été quelques instants perturbés pour l’identifier, puisque Crocothemis sanguinolenta et divisa sont présents au Ghana ; mais C. divisa est une petite espèce dont les femelles ne montrent pas de coloration alaire ni de patch alaire basal, tandis que la carène abdominale latérale de C. sanguinolenta est ponctuée de traits noirs.

Nous avons observé cette Crocothemis erythraea femelle au bord d’une large zone humide créée par le delta de deux rivières formant un « lagon ». Leur habitat favorise comme en France les milieux lentiques, mais il arrive qu’on les trouve au bord des rivières lentes.

C’est le Crocothemis le plus répandu, le plus commun en Afrique, mais nous ne l’avons rencontré qu’à trois reprises.
Son aire de distribution est gigantesque, d’autant qu’il progresse constamment vers le nord de l’Europe ; il n’a franchi le détroit de Gibraltar qu’en 1975 et est maintenant bien implanté en Allemagne et en Hollande et signalé occasionnellement en Angleterre.
Il occupe toute l’Afrique jusqu’à Madagascar et atteint l’est de l’Inde et le Kirghizistan.
IUCN Red List.

Étymologie Crocothemis eythraea
Brullé a décrit l’espèce dans le genre Libellula et c’est Brauer qui en a fait l’espèce type de son genre Crocothemis en 1868.
Crocothemis, du grec krokos pour safrané en référence à la couleur de la base de l’aile et de Themis, déesse grecque de l’ordre, de la justice.
Hagen en 1861 a créé plusieurs noms de genres terminés par le suffixe Themis, sans doute parce que d’autres noms de libellules comportaient des noms de dieux comme Echo ou Nehalennia. Le nom de la déesse de l’ordre est particulièrement bien adapté à la taxonomie, science qui vise à décrire et ordonner les familles, genres et espèces. Brauer a repris le terme « themis » qui est devenu en quelque sorte une indication de l’appartenance au Libellulidae.
Erythraea, du latin erithraeus, rouge, pour la couleur écarlate du mâle mature et non pas pour une origine érythréenne (ancienne province d’Éthiopie), car le nom de cet État vient aussi de la couleur rouge de la mer qu’il borde. L’espèce a été décrite à partir d’un sujet pris dans le sud-ouest du Péloponnèse (Grèce actuelle).
Brullé, 1832 – Expédition scientifique de Morée. Section des sciences physiques. Tome III. — Première partie Zoologie. Deuxième section. — Des animaux articulés ; par M. Brullé ; les crustacés par M. Guérin. P. 102.