Argiocnemis rubescens (Selys, 1877)

Argiocnemis rubescens mâle, Australie (NT), Lietchfield National Park, Coomalie Creek, 17/04/2022
Argiocnemis rubescens mâle, Australie (NT), Lietchfield National Park, Coomalie Creek, 17/04/2022

Argiocnemis rubescens est un vrai problème, pour moi, au moins 😀. Il varie extraordinairement lorsqu’il vieillit et le plus embêtant, c’est qu’il semble varier de façon différente selon les continents…
En Malaisie, comme en Australie, les mâles immatures et les jeunes femelles sont rouges, jusqu’ici, tout va bien.

Argiocnemis rubescens mâle, Australie (NT), Lietchfield National Park, Rum Jungle Lake, 16/04/2022
Argiocnemis rubescens mâle immature, Australie (NT), Lietchfield National Park, Rum Jungle Lake, 16/04/2022
Argiocnemis rubescens mâle, Australie (NT), Lietchfield National Park, 16/04/2022
Argiocnemis rubescens mâle immature, Australie (NT), Lietchfield National Park, 16/04/2022

Mais lorsqu’ils sont âgés, les soucis commencent : en Australie, les mâles deviennent noirs, avec des lignes thoraciques vertes et des restes d’anneaux rouges entre les derniers segments.
Il faut noter que dans mes photos il manque un stade intermédiaire, ressemblant à la photo ci-dessous, mais où les derniers segments sont encore vraiment rouges, ce qu’on peut constater sur la dernière photo de cette page, sur le mâle en accouplement.

Argiocnemis rubescens mâle, Australie (NT), Kakadu, Kubara walk, 29/04/2022
Argiocnemis rubescens mâle, Australie (NT), Kakadu, Kubara walk, 29/04/2022

En Malaisie, où ils sont censés être de la sous-espèce Agriocnemis rubescens rubeola, ils sont certes sombres, mais ils ont 2 taches postoculaires bleues, 2 lignes bleues sur le thorax, la partie inférieure des 3 premiers segments est bleue, et surtout, ils montrent 2 segments abdominaux (S8 et S9) … bleus, avec une petite tache noire sur le S8.

Agriocnemis rubescens en Malaisie, près de Kuala Lumpur, 25/08/2013

Alors, je veux bien entendre que les espèces présentent des variations géographiques, mais je ne peux vraiment pas admettre que malgré une vague similarité des appendices anaux (je ne les ai pas mis sous binoculaires) ces 2 individus soient de la même espèce.

Argiocnemis rubescens mâle, Australie (NT), Lietchfield National Park, Coomalie Creek, 17/04/2022
Argiocnemis rubescens mâle, Australie (NT), Lietchfield National Park, Coomalie Creek, 17/04/2022

Même si on décrit, ou plutôt si on reconnait plusieurs sous-espèces, qu’on admet dans la littérature que l’espèce est variable, les différences me semblent tellement importantes qu’il faudra qu’un jour un odonatologue s’occupe de mettre de l’ordre parmi ces Argiocnemis. Il existe d’ailleurs au moins une espèce non décrite en Malaisie, et sa description formelle sera peut-être l’occasion de réviser le genre.
Faute de mieux, je continuerai à l’appeler rubescens mais je suis persuadé qu’un jour on donnera un autre nom aux Argiocnemis asiatiques (celui d’Australie conservant sans doute son nom d’espèce puisque Sélys a décrit l’espèce à partir d’un sujet de la province du Queensland).

Je ne pensais pas quand j’ai écrit ces lignes que ce jour viendrait si rapidement puisque le 30 mai 2022, Rory Dow, sur Facebook m’a informé qu’il travaillait sur un papier et que la sous-espèce asiatique A. rubescens rubeola allait devenir une espèce à part entière, sans doute sous le nom d’Agriocnemis rubeola. L’Agriocnemis que l’on rencontre en Australie restera bien sûr rubescens.
Mais certains sujets sont exceptionnellement sombres ; se pourrait-il qu’une autre espèce se cache sous cet habit … ?

Les femelles immatures sont rouges, comme les très jeunes mâles ; mais comme on va le voir plus tard, cette notion d’immaturité est relative, et comme on trouve des femelles rouges en accouplement, certaines ne sont pas si immatures que ça !

Argiocnemis rubescens femelles, Ausrtralie (NT), Kununurra, Molly Springs, 23/04/2022
Argiocnemis rubescens femelles, Ausrtralie (NT), Kununurra, Molly Springs, 23/04/2022

Comme les mâles, elles deviennent complètement sombres, noires, avec une certaine persistance des bandes antéhumérale, et des traces de rouges sur les parties claires des derniers segments. Elles sont aussi bien loin des femelles que j’ai pu observer en Malaisie

Argiocnemis rubescens femelle, Australie (NT), Palmerston, Howard Springs, 13/04/2022
Argiocnemis rubescens femelle, Australie (NT), Palmerston, Howard Springs, 13/04/2022

On rencontre cet Argiocnemis au bord des eaux calmes ou faiblement courantes. Le mâle mesure 35 à 40 mm et sa distribution, si on se réfère à l’espèce désignée sous le nom d’Argiocnemis rubescens (!) est gigantesque de l’Inde au Sud de la Chine et donc jusqu’à l’Australie.

Argiocnemis rubescens femelles, Ausrtralie (NT), Kakadu, Kubara walk, 29/04/2022
Argiocnemis rubescens femelles, Ausrtralie (NT), Kakadu, Kubara walk, 29/04/2022

Comme je l’écrivais plus haut, la notion d’immaturité est fréquemment mise en défaut et certaines femelles qui nous semblent immatures par leur coloration, ne le sont pas vraiment.

Un peu d’étymologie (1) :
– Argiocnemis : pour Argio on ne sait si c’est à dessein ou par erreur que Selys a utilisé une anagramme d’Agrio (cnemis) lui même issu du genre Agrion (Rambur a utilisé la même méthode quand il a gréé le genre Argia). Cnemis vient d’un mot grec signifiant legging, une allusion aux tibias élargis des Platycnemis, ce qui pour moi reste mystérieux quand on l’applique aux Agriocnemis ou aux Argiocnemis…
rubescens en latin signifie rougeâtre, ce qui se comprend plus aisément.

-1- The Naming of Australia’s Dragonflies, Ian Endersby & Heinrich Fliedner, Busybird Publishing 2015

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