Bornéo, Sarawak – Drepanosticta rufostigma (Selys, 1886)

Drepanosticta rufostigma mâle, Sarawak, Bung Ngiraja, 26/03/2025
Drepanosticta rufostigma mâle, Sarawak, Bung Ngiraja, 26/03/2025

Drepanosticta rufostigma (Platystictidae) a été décrit par Selys (sous le genre Platysticta), dans son synopsis des Platystictinae de Bornéo (1).
Il y a au moins 14 Drepanosticta au Sarawak (2), c’est pourtant le seul que nous ayons rencontré.
Il ne faut pas se cacher les yeux, les Platystictidae sont une famille très difficile en Asie (et ailleurs) pour les amateurs qui les découvrent et pour moi, tirer des généralités qui permettent de distinguer les Drepanosticta, Protosticta ou Telosticta est illusoire sur le terrain. Ils sont difficiles à trouver, à approcher dans le milieu sombre qu’ils affectionnent : « …those very inconspicuous and rare insects as the tropical Platystictinae really are. » (1).
D’ailleurs, lorsque Lieftinck a décrit ce sujet sous le genre Drepanosticta (et non plus Platysticta, Selys), il était confiant que cette famille qui comptait alors 6 espèces allait s’agrandir ; actuellement, on recense 10 genres et 286 espèces !

Selys lui donne un abdomen de 30 mm (appendices anaux inclus ou non ?), Lieftinck 32.5 à 37 mm incluant les appendices anaux et si on se fie à ce dernier, l’insecte atteint environ 41.5 mm

Drepanosticta rufostigma mâle, Sarawak, Bung Ngiraja, 26/03/2025

Les Drepanosticta montrent des appendices anaux complexes, bifides, agrémentés de dents ou de tubérosités, qui seraient bien spécifiques, et pourtant tellement voisines quand on regarde les planches présentées dans Dow, 2017 (3) ; c’est, sur le plan de la différenciation des appendices anaux, une vraie affaire de spécialistes, qui nécessite capture et binoculaire.
Ils sont de plus variables quant à la coloration du S9, qui peut présenter (voir plus bas) une petite tache bleue.

Ci-contre une photo très agrandie de Drepanosticta rufostigma mâle, Sarawak, Bung Ngiraja, 26/03/2025

Sur une rivière du Bung Ngiraja Trail, nous avons eu la surprise de découvrir un individu qui, brièvement, nous a semblé nouveau ! En effet, aucun des Drepanosticta connu ne présente cette bande bleue interrompue (photo de gauche ci-dessous).
Malheureusement, quand nous avons pu tourner autour, la face droite de son thorax s’est avérée tout à fait conforme à un honnête Drepanosticta rufostigma, comme le montre la photo de droite.

Noter ci-dessus à gauche, l’étendue de la tache bleue sur la face qui permettrait de le séparer au moins de D. actaeon et de D. kosterini (3).
Et ci-dessous, sur cet autre sujet, il faut remarquer les magnifiques épines des pattes moyennes et postérieures ; les pattes antérieures montrent des soies beaucoup plus petites sur la moitié inférieure des tibias. On sait que les pattes antérieures servent à la capture, ce qui est logique au regard de leur position, mais elles sont aussi utilisées pour « peigner » les yeux !

Il vit sur les rivières en forêt ; j’ai passé de longues minutes à quelques mètres de lui à tenter de photographier correctement un E. impar ; ombre et lumière, beaucoup d’ombre et des trouées de soleil rendent les conditions difficiles pour les voir et les photographier. Devadatta podolestoides faisait aussi partie de la petite faune locale.

Il est endémique de Bornéo, essentiellement localisé au nord, soit au Sarawak, Brunei et Sabah avec quelques mentions au nord-ouest du Kalimantan (3).

Noter ci-dessous la petite tache bleue sur le neuvième segment abdominal (S9).

Drepanosticta rufostigma mâle, Sarawak, Taman Negara Gunung Gading, 22/03/2025
Drepanosticta rufostigma mâle, Sarawak, Taman Negara Gunung Gading, 22/03/2025

Étymologie
Drepanosticta : du grec drepanon, pour faucille, serpe et de stiktos qui signifie tatoué, marqué ou tacheté. C’est certainement la forme particulière du bord de l’aile qui vaut à ce genre cette dénomination en « faucille » bien qu’il ne soit pas fait mention de ce caractère dans la description du genre par Laidlaw (3) en 1917.
Quant à la mention de « taché » (sticta) elle n’est là que pour souligner son appartenance à la famille des Platystictidae dont le nom dérive des Platysticta, un genre d’Asie du Sud dont l’extrémité des ailes porte une tache sombre (4).
Rufostigma, du verbe latin rufo qui signifie devenir roux, et de stigmamarque au fer rouge ou tache, en référence bien sûr à la coloration des ptérostigmas (ce nom d’espèce est partagé avec Ischnura rufostigma, au moins). Selys ne pouvait avoir connaissance des nombreux Platystictidae qui ont des ptérostigmas de la même couleur…

1- Selys, 1886 – Révision du synopsis des Agrionines. Première partie comprenant les légions Pseudostigma – Podagrion – Platycnemis et Protoneura. Mémoires Academie royale Belgique, 38, 1–233. P. 155.
2- Dow, 2021 – AN ANNOTATED CHECKLIST OF THE ODONATA (INSECTA) KNOWN FROM SARAWAK WITH RECORDS TO DISTRICT LEVEL – Sarawak Museum Journal · January 2021
3- Dow, 2017 – A new Bornean species of Drepanosticta allied to D. actaeon Laidlaw, with notes on related species (Odonata: Zygoptera: Platystictidae) – Journal of the International Dragonfly Fund n° 104 1-32.
4- Robin Ngiam & Marcus Ng – A photographic guide to the Dragonflies and Damselflies of Singapore – John Beaufoy Publishing – 2022

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