Nous n’avons observé Euphaea tricolor (Euphaeidae) que sur une large rivière présentant un courant non négligeable que seules des cuissardes ou de l’audace permettaient de maîtriser ; Je n’ai pas voulu risquer mon matériel et j’ai dû me contenter de rester sur la berge et de tenter ma chance avec mon 150 mm macro dopé d’un multiplicateur X2.
Günther s’est aventuré un peu plus loin et Chris a, selon son habitude, adopté son mode « hippo ».


Il y a 6 espèces du genre Euphaea à Bornéo (1), mais en dehors de celui-ci, je n’ai photographié que le magnifique et beaucoup plus commun E. impar. Tous ces Euphaea de Bornéo ont un point commun et c’est de présenter des ailes antérieures hyalines.
Pour un amateur, ils sont très proches des Dysphaea ; cependant, pour ces derniers, le nodus est situé au milieu de l’aile, il est plus basal pour les Euphaea et le segment 10 ne présente pas de projection dorsale (présent pour Euphaea, voir la photo de E. impar en lien plus haut ou cette photo de Euphaea masoni au Vietnam).

Même si Euphaea tricolor est très proche de E. subcostalis et de E. subnodalis, l’identification de cette espèce ne pose pas de problème tant son aile postérieure est caractéristique ; elle est opaque depuis le nodus (ou juste avant) jusqu’à l’apex (pour les deux autres cette opacité est plus basale encore). Elle est ornée dans la partie basale de cette aire d’une zone irisée bleue, qui donne un effet magnifique lorsqu’il est en vol.
De plus, en cliquant sur la photo, on distingue une zone claire sous le S2, qui correspond à une extension latérale de la vésicule séminale, une sorte d’auricule (2), étonnamment colorée en jaune clair. C’est un critère de cette espèce.
Selys (3) nous dit que son abdomen mesure 33 mm ce qui donne environ 42 mm pour l’insecte entier.
Le site sur lequel nous l’avons rencontré est tout à fait en accord avec son biotope habituel, constitué de rivières rocheuses et rapides en forêt.
Il est endémique de Bornéo où il est beaucoup plus abondant au nord, Sarawak et Brunei.
IUCN Red List.
Étymologie
Euphaea (4) se réfère directement au nom de la famille à laquelle ce genre appartient, les Euphaeidae. Pour cette dernière, que les anglo-saxons appellent Satinwings, l’étymologie est moins certaine. Selys (1840) aurait combiné le grec eu, signifiant bien, vrai, et le terme phaûos qui signifie brillant, ce qui s’applique en effet aux ailes de nombreux membres de cette famille.
Tricolor, du latin tricolor qui signifie tricolore. Il ne reste qu’à déterminer quelles sont les trois couleurs auxquelles Selys fait référence, ce qui n’est pas absolument évident dans sa description : sans doute le jaune de la face, le noir du thorax et de l’abdomen et le bleu irisé de ses ailes…
1- Dow, 2021 – AN ANNOTATED CHECKLIST OF THE ODONATA (INSECTA) KNOWN FROM SARAWAK WITH RECORDS TO DISTRICT LEVEL – Sarawak Museum Journal · January 2021
-2 Tol, J. van & N. Norma-Rashid, 1995. The genus Euphaea Rambur in Borneo (Odonata : Euphaeidae). Descriptions and records of Malesian Odonata, 3. – Tijdschrift voor Entomologie 138: 131-141, figs. 1-40. [ISSN 0040-7496]. Published 15 June 1995.
3- Selys, 1859 – Additions au synopsis des Calopterygines. Bulletins de l’Académie royale des sciences, des lettres et
des beaux-arts de Belgique. P. 442.
4- Robin Ngiam & Marcus Ng – A photographic guide to the Dragonflies and Damselflies of Singapore – John Beaufoy Publishing – 2022