
Agriocnemis victoria mâle (Coenagrionidae) n’est pas dans les listes de référence pour le Ghana, que ce soit la liste Neill et Paulson (2001) ou la liste Dijkstra (2013). Sa présence était pourtant évoquée dans Pinhey (1974), non pas dans le texte où il rapporte la distribution de l’espèce, mais dans un tableau sous la mention : « Ghana to S. Leone ». Mais comme elle est sans doute simplement supposée, elle n’a pas été reprise plus tard, faute de preuve. Il s’agit donc d’une nouvelle espèce pour le Ghana !
Toutes les photos sont faites sur la même mare, à peu près sur 4 m², où mâles jeunes et adultes, et femelles tentaient de nous échapper.

J’ai donc voulu vérifier cette identification grâce aux appendices anaux, qui figurent dans différents documents. Et le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont variables selon les auteurs et la géographie).

Ci-dessous, je montre les appendices anaux de deux sujets, l’un, jeune, que je trouve conforme, l’autre mature, nettement moins.

Indépendamment de la forme des appendices, qui sont donc variables, ce qui m’a aussi surpris est ce coin rouge à pointe antérieure sur le S8. Sur les sujets que j’avais rencontrés en Namibie et ceux que je trouve sur le Web, sur iNaturalist ou observation.org, c’est un coin noir à pointe distale qui décore le S8.
Le reste de l’individu, les motifs noirs et verts sur l’abdomen et le thorax, le pronotum étant en accord, je pense tout de même qu’il s’agit d’Agriocnemis victoria. D’ailleurs, la forme des appendices supérieurs est vraiment particulière et seuls ceux de A. forcipata (non connu au Ghana, et présent au plus proche au Gabon ou au Cameroun) sont ressemblants : mais ceux de cette espèce sont très fortement courbés vers le bas.
Actuellement l’espèce est connue à l’ouest du Ghana : au Liberia et supposée en Côte d’Ivoire. Et à l’est du Ghana, au Nigeria. Sa présence n’était pas prouvée au Ghana, au Togo et au Bénin. Le fait de la découvrir au Ghana n’est donc pas incongru.
Depuis la Zambie et le Sénégal, sa distribution s’étend au Cameroun, en sautant les 3 pays cités, puis jusqu’en Angola au sud, atteint l’Ouganda et la Tanzanie à l’est.
IUCN Red List.

Heureusement les appendices de ce jeune Agriocnemis victoria mâle sont bien conformes et sa coloration rappelle celle des femelles de l’espèce.
Ces appendices en forceps et sa petite taille lui ont donné le nom commun anglais de Lesser Pincer-Tail Wisp.

Je l’avais donc déjà rencontré en Namibie, et dans la page consacrée à cette espèce, je précisais que Fraser, dans sa description originale (1) de l’espèce, donne un abdomen de 16 mm ; il mesurerait à peine plus de 20 mm au total ! Agriocemis forcipata est un peu plus grand.
C’est une espèce d’aire ouverte, parfois en forêt, parfois sur des mares temporaires. Nous l’avons observé sur une grande mare, en bordure de forêt, mais comme pour tous les Agriocnemis que je connais, il se tient au bord, là où l’eau est peu profonde (si on ne le chasse pas !), parmi les herbes émergentes.
Je n’ai malheureusement pas fait de photos de cette mare, j’ai oublié, perturbé par son extrême richesse en odonates : nous enregistrerons 3 nouvelles espèces pour le Ghana sur cette seule pièce d’eau.
Ci-dessous les deux types de femelles décrites par Fraser ; andromorphe à gauche, très proche des mâles immatures, et hétéromorphe à droite, rouge-sang, comme il la décrit.


Étymologie
Agriocnemis, du grec Agrios- sauvage, pour vivant dans les champs et knemis, qui signifie jambière ou legging, comme pour nos Platycnemis européens. Selys croyait les genres étroitement proches au regard des tibias, ce que je ne constate absolument pas. Ceux des Agriocnemis ne me semblent pas plus larges que ceux des autres Coenagrion. Mais « cnemis » dans beaucoup de noms composés de genre doit plutôt être compris comme « faisant partie des Coenagrionidae » (voir Endersby & fliedner 2015)).
Victoria est une référence au lieu de capture, le lac Victoria. Fraser écrit : « Distribution.—Two males and two females, collected by Dr. G. Hale Carpenter on the north-west shores of Lake Victoria, Uganda, July—September, 1927. »

Dijkstra, 2013 – A Rapid Biological Assessment of the Atewa Range Forest Reserve, Eastern Ghana:137-142. 2013 – Checklist of Odonata Recorded from Ghana – Conservation International.
Dijkstra, K.-D.B (editor ADDO), 2019 – African Dragonflies and Damselflies (ADDO) – Agriocnemis victoria – [Le lien peut ne pas fonctionner ; lien web.archive à partir du site ADDO, maintenant hors ligne.]
Fraser 1928 – Odonata of the African continent – Transactions Entomological Society London. [Le lien peut ne pas fonctionner ; lien web.archive à partir du site ADDO, maintenant hors ligne.]
Ian Endersby & Heinrich Fliedner, 2015 – The Naming of Australia’s Dragonflies, Ian Endersby & Heinrich Fliedner, Busybird publishing.
Neill et Paulson, 2001 – An annotated list of Odonata collected in Ghana in 1997, a checklist of Ghana Odonata, and comments on West African Odonate Biodiverity and Biogeography – March 2001 – Odonatologica 30(1):67-86
Pinhey, 1974 – A Revision of the African Agriocnemis Selys and Mortonagrion Fraser (Odonata : Coenagrionidae) – Occasional papers of the National Museums and Monuments of Rhodesia. [Le lien peut ne pas fonctionner ; lien web.archive à partir du site ADDO, maintenant hors ligne.]