
Une seule rencontre, bien chanceuse, avec Aciagrion africanum, Coenagrionidae, sur une toute petite mare du lodge où nous venions de passer trois nuits ; nous ignorions sa présence, qui nous a été signalée au moment de notre départ. Très étonnamment, on accède à cette mare insignifiante par une très longue descente par un escalier.
Il semble d’ailleurs apprécier les mares pluviales et il n’est pas impossible que celle-ci se soit constituée ainsi, avec les pluies des jours précédents. Cependant Pinhey (1972) écrit « Préfère les marais ou les bordures marécageuses des cours d’eau« .
C’est une première mention pour le Ghana.
Le genre Aciagrion contient 28 espèces présentes en Océanie, en Asie et 12 en Afrique. Je suppose qu’ils sont rares, car en une vingtaine d’années de prospections je n’en avais observé que trois; A. pallidum au Laos, A. approximans en Thaïlande et A. gracile en Australie.

Malheureusement il était très loin de moi et je n’ai pu faire que quelques mauvaises photos au 300 mm ; suffisamment correctes tout de même pour être certain de l’identité de ce très rare odonate ; avant nos photos, il n’y en avait que quatre sur iNaturalist pour l’Afrique entière, malgré une large distribution.
C’est un genre difficile, dont les membres peuvent être confondus avec les Africallagma et ne s’en séparent que par la position d’une veine transverse et pour certains pourraient être amenés à changer de genre.)
Seule Aciagrion gracile (ici, un sujet vu en Australie, avec une tache noire atypique en triangle pointu sur S7, mais ils seraient tous très variables sur ces marques noires) était connu au Ghana avant notre séjour ; il est visuellement très différent et ne porte pas ce type de motifs sur l’abdomen, en particulier cette tache noire incomplète sur le septième segment.

Martin écrit que son abdomen mesure 28 mm ; c’est un très petit Coenagrionidae mais je ne peux pas en déduire la longueur totale, car je n’ai pas de vue de profil. Sans doute moins de 35 mm.
Sa distribution s’étend de l’extrême sud de la Guinée et du Libéria jusqu’à l’Angola et la Zambie au sud, à l’est et plus au nord, il atteint l’Ouganda.
IUCN Red List.
Sur le même site minuscule, nous avons observé cette femelle ; il n’existe pas de photos de femelle Aciagrion africanum sur le Web, et il faut se fier à la description de Pinhey (1972), qui correspond très bien, en particulier pour le motif particulier des trois derniers segments et de leurs marques sombres. La taille du site et la présence du mâle à proximité immédiate renforcent la probabilité que ce soit bien la femelle de cette espèce ; d’ailleurs, il n’y a pas d’alternative !


Étymologie Aciagrion africanum
Le genre Aciagrion a été créé par Selys (1891) ; il a été formé d’un mot grec signifiant –objet pointu (acus en latin signifie aiguille), en y ajoutant le déjà célèbre agrion (du grec agrios – vivant dans les champs, sauvage). Selys précise « abdomen long, excessivement grêle », un abdomen donc fin comme une aiguille.
Africanum, du latin africanus qui signifie qui appartient à l’Afrique. L sujet que décrit Martin provient de Guinée-Bissau.
Aciagrion africanum femelle, Ghana, Ankasa Forest Reserve, 19/01/2026
Martin, 1908 – Voyage de feu Leonardo Fea dans l’Afrique occidentale. Odonates – Museo civico di storia naturale di Genova (Italy). (1870). Annali del Museo civico di storia naturale di Genova (Vol. 43, p. 659). Tip. del R. Istituto Sordo-Muti.
Pinhey (1972) – The genus Aciagrion Selys (Odonata). Occasional Papers National Museums Rhodesia B Natural Science, 5, 1-59, p. 17. [Lien Web Archive, peut être difficile à atteindre].