
Au moment ou Suhling et Martin ont publié leur livre sur les odonates de Namibie la taxonomie de ce petit genre de Libellulidae n’était pas vraiment fixé et on ne savait pas de façon certaine que Aethiothemis discrepans (Lieftinck, 1969) et solitaria n’étaient qu’une seule et même espèce (synonymes).
Ce genre contient actuellement 13 espèces, toutes endémiques d’Afrique tropicale sauf une de Madagascar.

Elles sont peu connues, peu rencontrées, mais A. solitaria est peut-être la plus commune car parfois localement abondante; nous ne l’avons vu que sur le site de Popa Falls (sur l’Okavango), jamais plus d’un seul sujet à la fois, peut-être 3 sujets différents seulement, tous jeunes. Février est la période de son émergence.
Mais les jeunes sujets avec cet assemblage de bleu, de orange et de jaune sont vraiment magnifiques ce qui leur vaut le nom vernaculaire anglais de Southern Gorgeous Skimmer (ou Pearly flasher). Même si le mâle ci-dessous n’est pas encore complètement mature, on voit la coloration bleue qui commence à envahir son thorax ; il deviendra complètement bleu mais bien moins spectaculaire…

Il mesure environ 30 mm, 20 pour l’abdomen.
Sa distribution le limite à l’Afrique tropicale, du Sénégal à la Tanzanie et au sud jusqu’au Botswana et à la Namibie.
IUCN Red List
Ci-dessous certainement un 3° sujet moins bleu sur le sommet du thorax que le sujet précédent.

Si nous ne les avons observés que sur un petit bras assez rapide de l’Okavango dans le resort de Popa Falls, ils semblent accepter une importante diversité d’habitats depuis les eaux stagnantes, les suintements, les ruisseaux et rivières dans les aires ouvertes ou les clairières.

Étymologie
Dans la World Odonata List, Martin est considéré comme l’inventeur de cette espèce, et l’espèce lui est attribuée. C’est bien lui qui l’a décrit dans l’ouvrage que j’ai placé en référence plus bas mais il précise : »Le type de la Guinée a été soumis à notre ami le Dr. Ris qui travaille en ce moment à une histoire générale des Libellulinae, et c’est lui qui a nommé le genre Aethiothemis et l’unique espèce de ce genre, actuellement connue. » J’ai donc préféré préciser Ris in Matin dans mon titre, comme on le voit parfois écrit.
Aethiothemis du grec Aithiops, qui signigie brûlé, noir. C’est la racine qui a donné « Éthiopie ». Dans le langage naturaliste du début du XXe siècle, cela désignait souvent tout simplement l’Afrique subsaharienne. Et de Themis ; Themis, est la déesse grecque de l’ordre et de la justice, qui a été utilisé de nombreuses fois depuis Hagen (1861), et est devenu un signal pour qualifier un Libellulidae. Le nom de la déesse de l’ordre est particulièrement bien adapté à la taxonomie, science qui vise à décrire et ordonner les familles, genres et espèces. Les deux exemplaires utilisés par Martin et Ris venait du Congo et de Guinée.
Solitaria, du latin solitarius qui signifie seul, isolé et qui souligne le fait que c’est la seule espèce du genre connue lors de son baptême par Ris.
Martin, 1908 – Voyage de feu Leonardo Fea dans l’Afrique occidentale. Odonates – Museo civico di storia naturale di Genova (Italy). (1870). Annali del Museo civico di storia naturale di Genova (Vol. 43, p. 663). Tip. del R. Istituto Sordo-Muti.