Namibie – Platycypha caligata (Selys, 1853)

Platycypha caligata mâle, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020
Platycypha caligata mâle, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020

Platycypha caligata (Chlorocyphidae) était pour moi une des cibles prioritaires de ce voyage et il a fallu attendre presque la fin du séjour pour le trouver. Les Chlorocyphidae ont tous un habitus très particulier avec leur appendice sur le clypeus (juste en dessous du front), et celui -ci, s’il n’a pas les ailes décorées de certains de ses cousins asiatiques n’a pas à se plaindre pour le reste de son habit !

Platycypha caligata mâle immature, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020
Platycypha caligata mâle immature, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020

Il se trouvait sur un très petit bras de l’Okavango qui traverse le lodge de Popa Falls, une zone de rapides dans une zone boisée, et marécageuse par débordement. Je n’ai jamais vraiment pu les approcher correctement en raison de leur timidité et surtout de la configuration difficile du terrain et du risque de chute.

Platycypha caligata mâle, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020
Platycypha caligata mâle, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020

Pour ajouter à leurs charmes on note les pattes bicolores aux larges tibias ; elles sont rouges-orangé sur leur face externe et jaunâtres sur leur face interne. Elles sont exhibées dans la danse que mènent les mâles pour séduire les femelles, car c’est une des rares espèces d’odonates à montrer un comportement de séduction (1), ce qui leur vaut le nom anglais bien mérité de Dancing jewel.

Ces larges pattes sont également partiellement à l’origine du nom de genre : le grec platys signifie large, soulignant les larges tibias (comme pour nos Platycnemis européeens), tandis que kyphos signifie bossu (cyphose…) pour le renflement présent sur le clypeus.
Caligata vient du latin caligatus qui signifie « chaussé comme un soldat » pour les pattes si particulières de l’espèce.

Les mâles mesurent 29 à 34 mm.
Les femelles pour spectaculaires qu’elles soient en raison de leur aspect massif et de leur excroissance sur la face sont ternes, loin des couleurs éclatantes des mâles matures. Noter les ptérostigmas bicolores.

Après un accouplement qui dure environ une minute elles vont pondre sur les bois flottés ou les racines des arbres ; les larves sont bien sûr adaptées au courant rapide qu’elles doivent affronter.

Platycypha caligata femelle, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020
Platycypha caligata femelle, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020

J’ai eu également le plaisir d’observer un jeune sujet, tout juste émergé, dont les couleurs, comme presque toujours, rappellent celles des femelles matures. On retrouve d’ailleurs les ptérostigmas bicolores.

On trouve l’espèce essentiellement en Afrique de l’Est et en Afrique centrale, de l’Éthiopie à l’Afrique du Sud. En Namibie elle est limitée à la bande de Caprivi.

Platycypha caligata mâle, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020
Platycypha caligata mâle, Namibie, Popa Falls, 19/02/2020


-1- Some observations on the sexual behaviour of Platycypha caligata caligata (Selys) (Zygoptera: Chlorocyphidae), C. Consiglio, Odonatologica 3 (4): 257-259, December I, 1974



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Namibie – Phyllomacromia picta (Hagen, 1871)

Phyllomacromia picta, Namibie, Katima Mulilo, Wenela border post, 13/02/2020
Phyllomacromia picta, Namibie, Katima Mulilo, Wenela border post, 13/02/2020

Voilà sans doute une des plus mauvaises photos de mon site ! Je ne pensais franchement pas la présenter car sur le terrain nous avions pensé qu’il s’agissait de Zygonyx torridus. Et c’est en triant les dernières photos que je me suis rendu compte de notre erreur.
Nous avons observé ce sujet un petit moment faisant des allers-retours au-dessus d’une petite zone de rapides sur le Zambèze.
Les yeux sont verts et le thorax présente trop de jaune pour un Zygonyx.
L’identification en Phyllomacromia picta n’est pas difficile dans la mesure ou le seul autre qui lui ressemble est P. overlaeti qui présente une très large expansion foliacée sur le S8, et la photo permet de constater qu’elle n’est pas présente ici.
Il mesure 55 à 58 mm, plus petit aussi que P. overlaeti, et nous l’avons observé dans son comportement typique de va-et-vient au-dessus d’une rivière.

L’étymologie du nom de genre et d’espèce est donné par Suhling et Martens dans Dragonflies and Damselflies of Namibia :
macromia vient du grec makros pour grand, long, omos pour épaule et de ios pour équipé de en référence au robuste thorax du genre
phyllo, du grec phyllon, pour feuille, souligne la présence sur le 8° segment d’appendices foliacés
picta, son nom d’espèce, vient du latin pictus pour peint, coloré sans doute en rapport avec ses marques abdominales noires et jaunes.

C’est essentiellement une espèce de l’Est et du Sud de l’Afrique, de l’Éthiopie à l’Afrique du Sud et qui s’aventure jusqu’à l’Ouest de l’Afrique en suivant les grands fleuves à partir de la bande de Caprivi.



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Namibie – Hemianax ephippiger (Burmeister, 1839)

Hemianax ephippiger mâle, Namibie, Rundu près de l’Okavango, 11/02/2020

C’est ma première rencontre certaine avec Hemianax ephippiger ; je dis certaine parce qu’il n’est pas impossible que je l’ai aperçu sur la côte atlantique il y a quelques années mais sa ressemblance en vol avec A. parthenope fait que je n’ai jamais pu avoir de certitude absolue.
A. parthenope n’est pas présent en Namibie et le risque de confusion est quasi nul avec une autre espèce ; Anax ephippiger est assez terne, couleur sable, sa selle bleue sur la partie supérieure du 2° segment est beaucoup moins étendue, latéralement et vers S3, que celle de A. parthenope. Son nom vernaculaire, Anax porte-selle, souligne cette singularité. Il a les yeux bruns ou brun verdâtre alors que ceux de A. parthenope sont verts. Ses appendices anaux sont pointus alors que ceux des autres Anax sont plus arrondis.
Enfin un détail de la nervation le différencie des autres Anax ; il présente 2 colonnes de 3 cellules entre la nervure Cubitale et la nervure Anale (Cu p et A 1) qu’on voit bien en cliquant sur la photo ci-dessus (aile postérieure gauche). C’est d’ailleurs un des caractères qui a entraîné sa séparation d’avec les Anax, mais le débat ne semble pas encore définitivement tranché.

Hemianax ephippiger mâle, Namibie, Rundu près de l’Okavango, 10/02/2020

On note également les paires de taches jaune clair, bien visible sur les 3 derniers segments. Son habitude de se pendre aux herbes, branches ou rameaux fait que je n’ai jamais pu le voir correctement exposé, sans ombre portée. Sauf bien sûr en vol, ce qu’il semble faire inlassablement dans la journée… mais là, il est carrément à contre-jour !

Anax ephippiger mâle, Namibie, Rundu près de l'Okavango, 10/02/2020
Hemianax ephippiger mâle, Namibie, Rundu près de l’Okavango, 10/02/2020

Cette faculté de rester en vol permet de comprendre son caractère migrateur (Vagrant emperor en anglais) qui fait que son aire de distribution est très importante, facilité par le fait qu’il accepte en milieux ouverts toutes sortes d’eaux stagnantes peu profondes et en particulier les mares temporaires, la larve n’étant pas gêné par les milieux légèrement saumâtres. Son développement est très rapide en zone tropicale, 70 à 120 jours, et l’imago très jeune déclenche aussitôt sa migration.
Ainsi on le voit arriver en France par vagues migratoires de taille très différentes, quelques individus ou des dizaines, comme en 2011 ou 2019. Il a atteint les Pays-bas, l’Islande, le Caucase et on le voit tous les ans ici où là en France, poussé par les vents chauds du sud.
Sa reproduction est certaine en France, en particulier en Camargue, montrée par la récolte d’exuvies, mais ce que deviennent ces sujets est incertains, il est vraisemblable qu’ils repartent vers le sud, même si ceci n’a jamais été formellement démontré.

Hemianax ephippiger mâle, Namibie, mare près Rundu, 11/02/2020
Hemianax ephippiger mâle, Namibie, mare près Rundu, 11/02/2020

C’est un petit Anax d’environ 60 à 67 mm.
Ce serait un des rares odonates dont la durée de survie de l’imago est plus longue que sa vie larvaire puisque par recoupements, Dumont & Desmet, 1990, Dumont 1988, ont déduit qu’elle pouvait atteindre 26 à 30 semaines.
Son caractère migrateur obligatoire fait que son aire d’occurrence permet de le rencontrer depuis le Sud de l’Afrique, jusqu’au Nord de l’Europe et à l’Inde ! Elle a même été signalée en Guyane, dans les Caraïbes et au Japon !

Heminax ephippiger mâle, Namibie, Rundu près de l'Okavango, 11/02/2020
Hemianax ephippiger mâle, Namibie, Rundu près de l’Okavango, 11/02/2020

Anax vient d’un mot grec signifiant chef militaire, seigneur ou roi tribal en rapport avec son tempérament dominant sur son territoire et sa taille. Hemi est là pour signaler sa différence d’avec le genre Anax.
Ephipphiger vient du latin ephippium pour couverture ou selle de cheval et du verbe gerere qui signifie porter, pour la coloration bleue « en selle » du 2° segment abdominal.

L’espèce pond habituellement en tandem dans des végétaux vivants ou morts. C’est l’occasion d’apercevoir la femelle, avec une « selle » beaucoup moins marquée et divisée par une ligne sombre qui parcourt tout l’abdomen, mais les taches jaunes latérales sur les derniers segments sont également présentes.

C’est un migrant et il voisine donc d’autre migrants, comme Sympetrum fonscolombii et surtout Pantala flavescens qu’il ne dédaigne pas de déguster à l’occasion…

Hemianax ephippiger mâle dévorant Pantala flavescens mâle, Namibie, Rundu sur l'Okavango,
Hemianax ephippiger mâle dévorant Pantala flavescens mâle, Namibie, Rundu sur l’Okavango, 10/02/2020

Pour bien d’autres renseignements et détails sur l’espèce il est très intéressant de lire le numéro hors série de Martinia consacré à la migration de 2011.



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Namibie – Urothemis edwardsii (Selys, 1849)

Urothemis edwardsii mâle, Namibie, barrage Von Bach, 08/02/2020

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontré de mâle Urothemis edwardsii (Libellulidae), j’avais seulement assez brièvement rencontré une femelle en Éthiopie.
Il est très facile à identifier, beaucoup plus que les femelles! Le front est très sombre, presque métallisé, la base des yeux est bleue, leur sommet marron, il montre une forte tache ambrée à la base des ailes postérieures et porte une large bande sombre sur son abdomen couvert de pruine bleue.

On note également que ses veines les plus antérieures sont discrètement teintées de rouge.
Il est assez commun localement et nous l’avons rencontré 7 jours sur les 13 de prospection. Il mesure 38 à 44 mm et aime à se percher à l’extrémité des tiges ou des rameaux pour surveiller son territoire parfois en adoptant cette position en obélisque.

Le Blue basker (mais seul le mâle est bleu comme on va le voir) est présent dans presque toute l’Afrique subsaharienne, du Sénégal au Soudan et à l’Éthiopie, très ponctuellement en Algérie et à Oman, à Madagascar et Mayotte et depuis décembre 2019 il est présent à la Réunion où il semble s’être installé…

Urothemis edwardsii femelle, Namibie, Rundu sur l'Okavango, 10/02/2020
Urothemis edwardsii femelle, Namibie, Rundu sur l’Okavango, 10/02/2020

Les femelles sont jaunes (comme les mâles immatures), portent des taches alaires basales plus claires que celles des mâles mais aussi la large bande sombre sur la face dorsale de leur abdomen. Les pattes ne sont pas toutes noires et les fémurs en particulier (quand elles ne sont pas trop âgées) montrent une large partie supérieure jaune, ce qui les différencie des femelles U. assignata. Tout comme la bande sombre sur l’abdomen beaucoup plus large et complète jusqu’au premiers segments pour Urothemis edwardsii.

Urothemis edwardsii femelle, Namibie, parc National de Bwabwata, Bum Hill, 14/02/2020

On remarque bien sûr la lame vulvaire saillant sous l’abdomen, caractéristique du genre. La photo ci-dessus permet également de constater qui si la couleur des yeux est la même que celle des mâles, le front est clair.
À noter sur la photo de droite ci-dessous un hydracarien (acarien d’eau douce) accroché sous le thorax de cette femelle perchée sur de dangereuses épines d’acacia.

Urothemis, est issu du grec Ura – queue (sans doute en référence à la longue lame vulvaire des femelles qui s’étend sous S9) et de Themis -déesse grecque de l’ordre, de la justice. Hagen en 1861 a créé plusieurs noms de genres terminés par le suffixe Themis, sans doute parce que d’autres noms de libellules comportaient des noms de dieux comme Echo ou Nehalennia. Le nom de la déesse de l’ordre est particulièrement bien adapté à la taxonomie, science qui vise à décrire et ordonner les familles, genres et espèces.
Quant à edwardsii il rend hommage au zoologiste français Henri Edwards, du Jardin des Plantes de Paris, qui a adressé (à Selys, je suppose) du matériel collecté en Algérie dont faisait partie cette espèce.

Urothemis edwardsii mâle, Namibie, Rundu sur l'Okavango, 10/02/2020
Urothemis edwardsii mâle, Namibie, Rundu sur l’Okavango, 10/02/2020

Enfin c’est toujours un plaisir que de pouvoir photographier ces espèces dans des comportements différents, et ici, ils assurent la pérennité de la population !



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Namibie – Trithemis palustris (Damm & Hadrys, 2009) / Trithemis morrisoni (Damm & Hadrys, 2009)

Trithemis palustris / Trithemis morrisoni, Namibie, Popa Falls, 18/02/2020
Trithemis palustris / Trithemis morrisoni, Namibie, Popa Falls, 18/02/2020

Un double titre pour ce Trithemis car il est impossible sur photo de séparer Trithemis palustris de Trithemis morrisoni ; il est même impossible de les différencier lorsqu’on les capture et ce n’est que l’analyse génétique qui a permis de mettre en évidence ces 2 espèces. De plus les 2 espèces ont été trouvées sur le site de Popa Falls où j’ai fait ces photos quasi identiques.
Elles étaient autrefois cachées sous ce qu’on appelle maintenant le groupe stictica, c’est-à-dire qu’on les confondait sous l’habitus de Trithemis stictica. Seul l’examen stéréo microscopique de la dernière partie de leur pénis permet de les séparer de Trithemis stictica mais ne permet même pas à coup sûr de différencier T. palustris de T. morrisoni (1).

Ils montrent tous les 2 une différence essentielle par rapport à T. stictica, leur yeux sont très nettement bicolores, même adultes, bien que ceux de Trithemis palustris puissent devenir bleu en haut, mais conservant toujours une trace de marron. Sinon leurs dessins abdominaux et thoraciques sont identiques.
Ils se sépareraient également de T. stictica par leur nervation noire alors qu’elle est brunâtre pour leur cousin. Ils montreraient également une très petite tache ambrée tout à fait à la base de l’aile, mais certains T. stictica montrent également une très petite marque ambrée sur la membranule ce qui ne simplifie pas !
Ils sont de même taille, 32.4 mm pour T. morrisoni et 34.5 pour T. palustris et 33.5 mm pour T. stictica.
T. palustris fréquenterait des rivières ou des zones de rivières plus ouvertes et plus lentes.

Trithemis palustris / Trithemis morrisoni, Namibie, Popa Falls, 18/02/2020
Trithemis palustris / Trithemis morrisoni, Namibie, Popa Falls, 18/02/2020

En raison de la ressemblance de ces 3 espèces très difficiles à séparer de façon simple et de la relative nouveauté de la découverte, la distribution géographique des 2 nouvelles espèces est sujette à caution ; en tout cas pour l’instant elles n’ont été trouvées que de la bande de Caprivi et les zones attenantes des pays voisins, Angola, Zambie et le delta de l’Okavango au Botswana.
Le nom d’espèce Morrison rend hommage à Paul Morrison, poète et chanteur, fondateur du groupe The Doors.
Palustris est beaucoup plus conventionnel et se réfère à l’habitat de l’espèce, les régions marécageuses du delta de l’Okavango et de la rivière Kwando.

-1-  Trithemis morrisoni sp. nov. and T. palustris sp. nov. from the Okavango and Upper Zambezi Floodplains previously hidden under T. stictica (Odonata: Libellulidae) », Sandra Damm et Heike Hadrys, juin 2008, International Journal of Odonatology · April 2009.



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