Namibie – Diplacodes luminans (Karsch, 1893)

Diplacodes luminans mâle, Namibie, Rundu, 11/02/2020
Diplacodes luminans mâle, Namibie, Rundu, 11/02/2020

C’est certainement une des odonates les plus spectaculaires de ce séjour, même s’il est parfois très abondant, voire prépondérant dans certains habitats.
Il a, de plus, une histoire intéressante…

Lorsque Karsch l’a décrit pour la première fois en 1893 il a noté sa ressemblance avec les Sympetrum (grande taille, coloration rouge) et l’a nommé Sympetrum luminans, le luminans évoquant évidemment la vivacité de sa coloration.
Förster en 1906 créé pour un sujet observé le genre Philonomon, genre dans lequel il décrit son Philonomon erlangeri. Ris en 1911 inclus dans ce genre un Philonomon luminans et considère finalement Philonomon erlangeri comme un synonyme.

Philonomon luminans restera valide (malgré les découvertes de Selys à Madagascar) jusqu’à ce que Klaas-Douwe Dijkstra ne publie en 2006 son travail sur les Diplacodes africains (1) et montre sa proximité morphologique et génétique avec les Diplacodes et en particulier D. lefebrvii et D. trivialis .
Cette errance témoigne du fait que les débuts de l’odonatologie étaient rendus difficiles par le fait les scientifiques décrivaient, sans le savoir, une même espèce dans des lieux souvent géographiquement très distants et les baptisaient, certains se basant sur la morphologie, d’autres sur la nervation, pour les intégrer dans une classification débutante sans avoir les moyens de communication modernes pour partager et comparer rapidement leurs découvertes. Les individus étaient parfois collectés immatures ou vieillissants, étaient conservés dans des conditions différentes ou inadéquates ce qui changeait considérablement leur aspect et leur coloration et rendaient plus difficiles les diagnostics sur collection.

C’est donc un grand Diplacodes puisqu’il atteint la taille d’un Sympetrum fonscolombii (un des plus grands Sympetrum mesurant 33 à 40 mm) soit 34 à 40 mm ; Diplacodes lefebrvii, beaucoup plus commun et dont l’aire de répartition est aussi plus étendue ne mesure que 27 à 32 mm (et D. pumila, que nous n’avons pas rencontré 22 à 25 mm).

C’est un migrateur capable de se reproduire dans des mares temporaires, dans les plaines inondées et parfois sur des sections calmes de rivières.
Il est répandu dans tout le Sud de l’Afrique, au Sud d’une ligne joignant le Sénégal à la Somalie, à Madagascar et aux Comores.

J’ai eu un peu de mal sur le terrain à identifier les femelles et à les séparer des Trithemis sp. ; elles ont cependant un pattern thoracique (et abdominal) spécifique, sous forme de 3 lignes noires dont la médiane est plus courte :

Sur photos, il n’y pas de doute, le nombre de nervures anténodales (6.5 à 7.5) est bien inférieur à celui des Trithemis et la lame vulvaire, assez saillante, est visible à distance.

Malgré le grand nombre de mâles contactés, peu de femelles et d’accouplements ont été observés, et aucune ponte.

-1- African Diplacodes: the status of the small species and the genus Philonomon (Odonata: Libellulidae), Klaas-Douwe B. Dijkstra, International Journal of Odonatology 9 (2) 2006.

Cet article fait partie de ceux consacrés aux odonates de Namibie. Pour revenir à la page d’accueil des Odonates de Namibie, cliquez ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.