
Nous avons rencontré Agriocnemis maclachlani à plusieurs reprises. Il fait partie d’un genre qui comprend actuellement 43 espèces en Asie, en Océanie et 18 en Afrique.
Trois espèces étaient connues au Ghana, mais nous y avons découvert A. victoria, ce qui porte donc leur nombre à quatre. Nous avons aussi rencontré A. zerafica, mais nous y avons manqué A. exilis.

Le thorax complètement couvert d’une forte pulvérulence blanche quand il est adulte, il est facile à identifier pour peu qu’on s’approche assez près pour distinguer le pronotum et les appendices anaux (le sujet ci-dessus affiche de curieux appendices anaux ; ce sont des appendices mobiles et les inférieurs, les plus longs, sont ici écartés).
Le pronotum présente un très net décrochement, une dent en saillie horizontale sur son bord postérieur, peu redressée, très visible sur une vue supérieure.

Quant aux appendices anaux, ils sont faciles à différencier de ceux des trois autres espèces présentes au Ghana ; ceux de A. zerafica et exilis sont respectivement courts et très courts (à peine visibles sur photos), les cerques de la même longueur que les paraproctes. Ceux de A. victoria sont plus proches, les inférieurs nettement plus longs que les supérieurs, mais les inférieurs sont forcipatés (en forme de pince, fortement concaves en dedans) alors que ceux de Agriocnemis maclachlani sont à peu près droits, leurs extrémités très légèrement dirigées vers le centre.

En comparaison, voici les dessins de Pinhey (1974), pour le pronotum en vue supérieure, les appendices anaux en vue postéro-supérieure et de profil, dans sa révision des Agriocnemis africains.

Selys nous dit que son abdomen mesure 21 mm, il atteint donc 26 mm, très petit comme tous les Agriocnemis.
C’est une espèce des eaux dormantes et probablement des eaux temporaires, en forêt (en anglais Forest Wisp), mais dans des zones relativement ouvertes. On le trouve dans les herbes ou la végétation émergente, en eau peu profonde.


Quand ils sont plus jeunes, le thorax est noir au-dessus, vert en dessous et les derniers segments sont rouges.

Il est présent depuis la Gambie et le Sénégal jusqu’au Gabon au sud et l’Ouganda à l’est.
IUCN Red List.
Il est parfois difficile d’identifier les femelles sur photos. Cependant, nous avons rencontré celles-ci en l’absence d’autre espèce d’Agriocnemis, entourées de mâles de l’espèce. Leur pronotum avec une version réduite de la « dent » du mâle correspond bien à la description et au dessin de Pinhey (1974). Leur pruinosité est spectaculaire.




Étymologie Agriocnemis maclachlani
Agriocnemis, du grec Agrios- sauvage, pour vivant dans les champs, et knemis, qui signifie jambière ou legging, comme pour nos Platycnemis européens. Selys croyait les genres étroitement proches au regard des tibias, ce que je ne constate absolument pas. Ceux des Agriocnemis ne me semblent pas plus larges que ceux des autres Coenagrion. Mais « cnemis » dans beaucoup de noms composés de genre doit plutôt être compris comme « faisant partie des Coenagrionidae » (voir Endersby & Fliedner (2015)).
Maclachlani est un hommage de Selys à son ami Mac Lachlan. Selys écrit : « Patrie : Le Gabon. Un couple m’a été donné par mon ami Mac
Lachlan — Sénégal. (Coll. Selys.) » Mac Lachlan était un entomologiste anglais, référence mondiale des Neuroptera (au sens ancien), grand spécialiste des Trichoptères.
Agriocnemis maclachlani mâle, Ghana, Adansi sud, 21/01/2026
Ian Endersby & Heinrich Fliedner, 2015 – The Naming of Australia’s Dragonflies, Ian Endersby & Heinrich Fliedner, Busybird publishing.
Pinhey, 1974 – A revision of the African Agriocnemis Selys and Mortonagrion Fraser (Odonata Coenagrionidae). Occasional Papers National Museums Rhodesia B Natural Science, 5, 171-278, p. 232.
Selys, 1877 – Synopsis des agrionines, 5ᵉ légion : Agrion (suite et fin). Les genres Telebasis, Argiocnemis et Hemiphlebia. Bulletin Académie royale Belgique, Série, 2 43, 97-159, p. 152.