Aeshna mixta accouplement 5/5

Aeshna mixta est certainement l’Aeshnidae le plus facile à photographier en accouplement. Toutes les autres espèces sont rarement observées à l’œuvre et s’accouplent souvent haut dans les arbres.

Ainsi je n’ai photographié qu’une seule fois Aeshna isoceles, Anax imperator et Brachytron pratense.
Je n’ai assisté à l’accouplement d’Aeshna cyanea qu’une seule fois. Celui de Boyeria irene est sans doute plus facile à observer lorsque les femelles sont capturées par les mâles, mais ils s’envolent aussitôt vers la canopée et je n’ai pas de photo de ces 2 espèces.

Aeshna mixta accouplement, Saint Rémy-en-Mauges (France-49), 20/09/2016
Aeshna mixta accouplement, Saint Rémy-en-Mauges (France-49), 20/09/2016

Aeshna mixta : prise du mâle

Il fait beau et chaud ce 20 septembre sur les rives du lac de Péronne et les accouplements sont nombreux. Les individus sont plus ou moins patients, mais ceux-ci se sont montrés exemplaires !
Cela permet de voir parfaitement, entre les 2 yeux de la femelle, la lame supra anale du mâle, qui épouse exactement la courbure de la tête de la femelle.
En cliquant sur la photo pour l’agrandir on aperçoit le cercoïde gauche sous la tête de la femelle qui fournit un contre appui à cette lame supra anale.

Aeshna mixta prise du mâle, Chanteloup-les-Bois (France-49), 20/09/2015
Aeshna mixta prise du mâle, Chanteloup-les-Bois (France-49), 20/09/2015

Noter les ommatidies, les yeux élémentaires, assez faciles à voir si la photo est nette pour les Anisoptères, beaucoup plus difficiles à mettre en évidence pour les Zygoptères.
On remarque également comment sont placées les pattes antérieures de la femelle, repliées derrière la tête de telle sorte que les articulations tibio-fémorales (genoux) sont visibles. Elles sont souvent ainsi repliées, que l’odonate soit posé ou en vol et sont surtout utilisées pour la capture et le maintien des proies.
On constate d’ailleurs que la femelle ne se cramponne à l’abdomen du mâle qu’avec ses pattes moyennes et postérieures.


Aeshna affinis : le repas …

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

Il fait chaud et depuis la fin de matinée les Aeshna affinis, 5 ou 6 mâles, me narguent simulant une perche sur les joncs à massette avant de reprendre leurs incessants va-et-vient. Je n’ai pas fait de photos en vol, m’étant déjà livré a cet exercice quelques jours auparavant dans ma région. Lassé j’ai fini par les abandonner et continuer à faire des photos de S. meridionale parasités, très abondants dans ce marais du Logit.
En regardant au sol, j’ai aperçu à 2 mètres de moi, dans les joncs et les carex emmêlés, cet Aeshna affinis mâle en train de dévorer … ce que je n’arrivais pas à voir sous cet angle.

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

J’ai prudemment commencé à faire le tour des protagonistes tout en continuant à m’approcher et j’ai pu deviner que c’était sans doute un Sympetrum qui faisait les frais de ce goûter, il est en effet 17 heures 30.
Je n’ai pas cherché à l’identifier au-delà ; d’abord, c’est bien difficile dans l’œilleton de l’appareil photo et mon souci était surtout de faire d’autres photos, en continuant à me rapprocher.
Je n’y suis pas vraiment parvenu, car j’étais gêné par le fouillis de tiges qui les entourait. J’ai tout de même une vue agrandie qui permet d’observer quelques détails supplémentaires.

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

Et oui, les odonates quand ils se mangent entre eux commencent toujours par la tête dont il ne reste plus rien ici. Je crois d’ailleurs que nombre d’insectes ont les mêmes préférences gustatives, ce qui doit d’ailleurs répondre à un souci d’immobiliser la proie plutôt qu’à de réelles préférences gastronomiques.
D’ailleurs les pattes de la victime continuaient à bouger…

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

Si j’ai tout de suite reconnu la victime comme un Sympetrum dès que j’ai pu changer d’angle de vue, ce n’est que lorsque j’ai regardé les photos sur l’écran de l’appareil que j’ai finalement identifié une femelle Sympetrum sanguineum bien mature ; en effet les pattes sont noires et aucun autre Sympetrum dans cette région n’a les pattes toutes noires : ce n’est réservé qu’à 3 autres Sympetrum, depressiusculum, danae, pedemontanum qui n’habitent ni ce biotope ni cette région.
Comme je l’écrivais plus haut, la femelle était toujours active si ce n’est vivante. Et sur la dernière photo que j’ai faite on voit qu’un œuf vient d’être émis … sans doute quelque action réflexe, du même type que celle qui déclenche l’émission d’œufs lorqu’on les capture.

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

Mon récit peu paraître long, mais la scène n’a duré que 55 secondes avant que mon approche ne provoque l’envol du couple par-dessus une mare couverte de joncs à massette, sans espoir pour moi de le retrouver.

Aeshna affinis : mâle en vol 2/2

Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021
Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021

Je ne fais pas de fausse modestie, c’est une de mes plus belles photo d’odonate en vol.
Ce 10 août, je suis parti à la recherche de Stylurus flavipes sur les bords du Louet, le Louet étant un bras de Loire, en principe très bas en août, avec de nombreuses plages de sable. À vrai dire, vu mon heure d’arrivée sur le site, 11 heures 30, je pensais surtout trouver des exuvies ou des individus avec des émergences à problème…
La technique prévue est de se promener sur les enrochements qui limitent les débordements de ce bras de Loire, et d’observer et collecter. Mais cette année, la Loire et donc le Louet, sont encore très hauts, et il est impossible de se « promener » sur ces enrochements sans risquer le plongeon. Je me suis replié à une vingtaine de mètres du fleuve, dans une allée tracée à la limite d’un champ de maïs et d’une pâture.
Mais pas de Stylurus non plus…, quelques S. sanguineum, plusieurs P. pennipes et L. viridis. Au bout du maïs une pâture, et à la limite, jouant avec le vent, 2 mâles Aeshna affinis (que j’ai d’abord pris pour A. imperator) font des va-et-vient incessants, sans doute pour capturer des proies que je ne vois pas.

Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021
Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021

Après un bon quart d’heure, comme aucun des 2 ne semblait vouloir se poser, je suis retourné sur la route pour reprendre la voiture pour un autre site, et comme je faisais demi-tour dans une entrée de champ, je me suis laissé tenté par l’ombre très claire qui bordait un autre champ de maïs, le long d’un bois. Il faut que ce 10 août, ce sont presque les premières chaleurs de l’année !
Bonne pioche… un autre mâle occupé à se nourrir régentait un angle rentrant de ce champ de maïs, chassant les S. sanguineum et les C. viridis qui s’y aventuraient.

Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021
Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021

Je l’ai observé plus de 20 minutes, il ne s’est jamais posé …, à peine quelques fractions de secondes de vol plané de temps en temps.

On note la position des pattes antérieures repliées derrière la tête alors que les autres pattes sont pliées sous le thorax.
Et comme je trouve que c’est une des plus belles libellules, je ne me lasse pas de photographier !

Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021
Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021

Toutes ces photos sont faites avec un Canon Eos 7D MK II sur lequel est monté un Sigma 150 mm, 1 : 2.8, APO Macro DG HSM, en mise au point manuel, ISO 500, avec une vitesse variant du 1/1250s à 1/4000s.

Boyeria irene femelle 3/3

C’est vraiment beaucoup plus facile de se faire livrer les libellules directement à la maison. Directement dans le salon plutôt que d’aller sortir l’échelle pour les photographier sous l’avancée de toiture. J’ai du néanmoins prendre le filet pour la remettre sur le bon chemin, la rivière qui est environ à 600 mètres à vol de libellule.

Boyeria irene femelle, Beaupréau (France-49), 22/07/2020
Boyeria irene femelle, Beaupréau (France-49), 22/07/2020

Une autre solution pour ne pas sortir de la maison est de les photographier par la fenêtre ; cette femelle est venue passer la nuit, et une bonne partie de la journée, abritée sous une très grosse fleur d’hortensia qui obstrue partiellement la fenêtre d’une chambre.

Boyeria irene femelle, Beaupréau (France-49), 30/06/2021
Boyeria irene femelle, Beaupréau (France-49), 30/06/2021

De temps en temps tout de même il faut se résoudre à faire un effort et faire le tour de cet hortensia pour trouver, encore une femelle, sous la fenêtre de la chambre voisine.
Elle a certainement passé la nuit sous cet abri, car je l’ai aperçu à peine après 6 heures 30. J’ai dû attendre qu’il fasse plus clair pour faire des photos, sans inquiétude qu’elle ne s’envole, en raison du temps humide et bien frais de cette fin juin.

Quand j’ai quitté la maison vers 10 heures 45 elle était toujours là.
Elle était donc très calme et a supporté mon approche sans bouger une antenne, ce qui m’a permis de lui faire un examen oculaire 🙂

On trouvera bien d’autres détails sur les yeux des odonates sur cette page.

On n’a pas souvent non plus l’occasion de faire des gros plans de l’ovipositeur :

Boyeria irene femelle, Beaupréau (France-49), 30/06/2021
Boyeria irene femelle, Beaupréau (France-49), 30/06/2021

À l’extrémité du 10° segment on retrouve les appendices anaux, les cercoïdes.
L’ovipositeur s’étend sous les 9° et 10 segments, c’est une pièce mobile articulée qui porte un stylet pour perforer les écorces ou les mousses où seront insérés les œufs (on en voit à peine la base ici) mais également 2 palpes, bien visibles ; ce sont des organes sensitifs qui permettent d’analyser le substrat et de choisir des terrains propices au développement des œufs.

Boyeria irene femelle, Beaupréau (France-49), 30/06/2021
Boyeria irene femelle, Beaupréau (France-49), 30/06/2021

Comme pour tous les odonates, si on s’approche suffisamment, on met en évidence les épines minuscules qui sont distribuées sur la nervation des ailes. Ces épines ont été étudiées, mais leur rôle est encore largement inconnu, et j’ai développé un peu ce sujet sur cette page.