Krönenlef heinkenensis (Guillon, 2020)

Krönenlef heinkenensis femelle, capsules de bières, octobre 2020
Krönenlef heinkenensis femelle, Beaupréau en Mauges (France-49), 04/10/2020

Quelle surprise de trouver cette femelle Krönenlef heinkenensis (Guillon, 2020), famille des Decapsuliidae, prenant le soleil sur le carrelage de mon salon !
Peu de détails sont connus sur cette espèce, sa biologie ou son habitat sont encore des énigmes ; disons seulement qu’on sait maintenant qu’elle fréquente les habitats urbains bruyants et festifs.
On connaît également peu son mode de reproduction qui s’avèrerait très étonnant et pour assurer sa dépendance elle formerait des packs plus ou moins importants.
Son alimentation est à préciser, les seuls indices que son comportement permet de suggérer permettraient de s’orienter vers des substances fermentées (animales ou végétales ?) ; en effet un témoin (il est vrai peu digne de confiance) l’aurait entendu émettre un drôle de son par son orifice buccal.
Elle mesure environ 1200 mm de long pour une envergure équivalente.

L’étude de cet odonate devra être complétée dans les mois et les années à venir, c’est un tout nouveau champ d’exploration qui s’ouvre aux odonatologues !




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Les épines des ailes des libellules… 5/5

Sympetrum striolatum femelle, France (49), 29/10/2009
Sympetrum striolatum femelle, France (49), 29/10/2009

Il y a une dizaine d’années j’ai eu la surprise de m’apercevoir que les ailes de cette femelle Sympetrum striolatum était parsemée de petites épines ou spicules. J’ai alors regardé les ailes des autres espèces et toutes présentent ces structures, que ce soit des anisoptères ou des zygoptères.
Bien sûr pour ces deniers elles sont plus difficiles à mettre en évidence, en particulier pour les Calopteryx, plus petites sur une aile plus petite.

Mise en évidence des épines des ailes, Ischnura elegans, France, Beaupréau, 06/2011
Ischnura elegans, France, Beaupréau, 06/2011

Evidemment je n’étais pas le premier à m’apercevoir de cette curiosité publiée par l’entomologiste Eugène Seguy en 1959 à propos de Cordulia aenea.
Une étude très détaillée de la disposition, de la taille, de la densité et de la répartition de ces épines cuticulaires sur les Zygoptères puis sur les Anisoptères a été menée par M. D’Andrea & S. Carfi et publiée dans Odonatologica en décembre 1988 et juin 1989.

Epines cuticulaires sur l'aile d'un Ceriagrion tenellum.
Epines cuticulaires sur l’aile d’un Ceriagrion tenellum.

Ils ont décrit 2 types d’épines, des courtes et des longues et montré pour les zygoptères qu’elles étaient disposées sur les 2 faces de l’aile mais de façon différenciée et selon un pattern bien précis:

Distribution des épines courtes et longues sur les ailes des zygoptères, Andrea & Carfi, Odonatologica, 1988.
Distribution des épines courtes et longues sur les ailes des zygoptères, Andrea & Carfi, Odonatologica, 1988. A : surface supérieure de l’aile B : surface inférieure de l’aile.

Les épines courtes se répartissent sur les veines figurées en noir, les longues sur celles en blanc et il est très intéressant de constater à la fois cette alternance épines longues/ épines courtes le long des veines longitudinales et le fait que les veines transverses ne portent d’épines longues que sur leur face inférieure.
Malheureusement l’état actuel de mon matériel photographique (toutes mes photos sont faites sur du »vivant ») ne me permet pas de visualiser de façon objective cette différence de taille ou de répartition. On parle ici de structures très petites car selon ces auteurs les épines courtes de zygoptères mesurent entre 8 et 18 µm (0.008 mm à 0.018 mm), les épines longues entre 20 et 70 µm (0.02 mm et 0.07 mm).
Pour Aeschna cyanea la longueur varie entre 33 et 82 µm, pour Crocothemis erythraea entre 25 et 90 µm; pour Aeshna affinis entre 30 et 66 µm.

Epines sur l'aile d'une Femelle Aeshna mixta, France, Etang de Péronne, 20/09/2015
Epines sur l’aile d’une Femelle Aeshna mixta, France, Etang de Péronne, 20/09/2015

Le point noir est que cette étude extrêmement minutieuse ne montre pas l’utilité ou le rôle de ces épines…
Certaines épines longues sont situées tout près, presque au contact des carrefours veineux, union des veines longitudinales et des veines transverses et seraient nettement orientées; on sait que ces carrefours constituent des points de flexion ou de torsion de l’aile et sont d’ailleurs pourvu de resiline, une protéine élastique capable d’emmagasiner de l’énergie. Ces épines auraient pour fonction, par leur inclinaison, de limiter la flexion ou la torsion au niveau de cette articulation, en bloquant le mouvement de la veine dont elles sont proches lorsqu’une certaine amplitude est atteinte. Ce rôle est avancé dans Resilin in Dragonfly and Damselfly Wings and Its Implications for Wing Flexibility, Seth Donoughe, James D. Crall, Rachel A. Merz, and Stacey A. Combes, Journal of Morphology, 000:000–000 (2011).

Épines des ailes sur Oxygastra curtisii.
Épines des ailes sur Oxygastra curtisii.

Je n’ai trouvé aucune explication pour le reste des épines, si ce n’est qu’on suppose qu’elles ont un rôle aérodynamique et si un lecteur à connaissance de travaux récents sur ce sujet je serai heureux d’en prendre connaissance.


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Pour quoi les appelle-t’on Odonates

Odonate est tout simplement issu du latin scientifique odonata dont on a conservé le sens et qui qualifiait ce groupe d’insectes aux pièces buccales broyeuses.

Sympetrum meridionale avec dents humaines pour illustrer le terme "odonate", France, Beaupréau, 23/08/2008
Sympetrum meridionale + dentition humaine, France, Beaupréau, 23/08/2008

Le terme latin odonata trouve lui-même son origine dans le terme odous (ionien) qui donnera odontos en grec et signifie dent.
Le suffixe latin -atus, ata pour porteur de a été ajouté pour donner le sens de porteur de dents… et effectivement nos libellules ont une forte mandibule (c’est un prédateur !) dotée de reliefs qui peuvent y faire penser.

Mais jamais vous ne verrez une libellule doté de dents telles que sur la photo ci-dessus, honteusement truquée, d’un Sympetrum meridionale de mon jardin, qui ne se serait jamais laissé photographié s’il avait su qu’il serait ainsi caricaturé.

2 remarques:
J’avais autrefois lu et cru que odonates provenait de odontos qu’on a déjà défini et de gnathos qui signifie mâchoire en grec ; l’explication que l’on trouve encore sur le Web est séduisante bien sûr, mais très certainement fausse.
Les puristes ne manqueront pas de noter que, quoiqu’il en soit, la bouche est trop haute sur ma photo et aurait du être placée entre labrum et labium…

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