Curiosité 3/4 : passager clandestin sur Orthetrum cancellatum femelle

Orthetrum cancellatum femelle portant Sarcophaga sp., Jallais (France-49), 18/07/2021
Orthetrum cancellatum femelle portant Sarcophaga sp., Jallais (France-49), 18/07/2021

Si c’est une curiosité, c’est aussi une surprise, car il est finalement très rare d’observer un diptère ou un autre insecte posé sur un odonate, en dehors d’un parasite. Et cela n’a rien d’étonnant, car ils n’ont rien à y faire 😉.
Il n’est pas possible d’identifier cette mouche jusqu’à l’espèce, mais c’est certainement un Sarcophaga sp., une de ces mouches qui pond ses œufs sur des cadavres d’animaux afin que les asticots s’en nourrissent.
Alors cette femelle Orthetrum cancellatum est certainement vieille, mais la traiter de cadavre est exagéré et irrespectueux 😀.


Lestes virens : curiosité 2/2

Lestes virens mâle capturant un couple d’Ischnura elegans, le Fuilet (France-49), 31/08/2009

C’est au bord d’une ancienne argilière que j’ai surpris ce trio se déplaçant maladroitement de touffes de joncs en touffes de jonc ; je n’ai eu que quelques secondes pour faire trois photos identiques, avant que l’ensemble ne traverse la mare pour aller se poser hors de ma vue.
On se demande ce qui peut pousser un mâle Lestes virens à capturer un couple d’Ischnura elegans in copula en cramponnant le mâle comme il attrape normalement les femelles de son espèce ? L’explication scientifique actuellement en vogue est qu’il est parfois plus économique sur le plan énergétique, pour le mâle, de capturer d’abord et de réfléchir ensuite, surtout dans un environnement pauvre en femelles de sa propre espèce, où il pourrait passer des dizaines de minutes ou plus, sur les ailes, à explorer les lieux. Et il est vrai que les femelles Lestes virens sont rarement vues (par les humains en tout cas) dans ma région, et que j’en ai très peu en photo, en dehors des accouplements et des pontes.

Personnellement cette explication me laisse rêveur quand de nombreux articles scientifiques insistent sur l’exceptionnelle vision des odonates …
Si des lecteurs ont une autre explication, je serais très intéressé.



Aeshna cyanea mâle : destin tragique

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018

Le 15 septembre 2018 mon épouse m’a signalé le comportement bizarre d’une libellule devant la maison. Elle montrait un parcours erratique se posant à peine une seconde sur l’herbe ou les gravillons, pour aussitôt redécoller, monter à 2 ou 3 mètres parfois avant de retomber. Tout cela était très rapide et impossible à identifier depuis la maison.
J’ai pu m’approcher et surprendre cette pauvre Aeschne bleue posé sur le dos…

Son abdomen était amputé au niveau du 3° segment rendant le vol impossible en raison du déséquilibre induit.
Je me suis alors souvenu que 48 heures auparavant vers 7 heures 30 j’avais eu la surprise d’entendre puis de voir une libellule se cogner au moins 5 ou 6 fois dans une baie vitrée du salon, puis dans une autre. J’avais alors ouvert les 2 baies complètement afin d’essayer de la laisser rentrer et de l’identifier. Je ne l’avais pas revue et je n’avais surtout pas cherché par terre…
J’avais été surpris par le comportement parce qu’il arrive que les libellules se heurtent dans les baies vitrées mais elles ne recommencent pas. Surpris aussi par le fait qu’une libellule était déjà active à cette heure alors qu’il faisait certes beau mais à peine 12 °c.

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018

Comme elle ne bougeait plus je me suis décidé à la capturer pour essayer de comprendre ce qu’il lui était arrivé. J’ai été étonné de constater que ce qui restait de l’abdomen semblait un peu replié sur lui-même et paraissait en quelque sorte cicatrisé. Pour compléter l’inventaire, il lui manquait 3 pattes.

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018

C’est donc vraisemblablement une libellule encore jeune, mais mature de par sa coloration qui a été victime d’un prédateur et a réussi à s’en dégager. Ce qui est étonnant est qu’elle ait réussi à survivre ainsi au moins 48 heures sans se nourrir et à la merci du moindre prédateur.

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 15/09/2018

Je me suis résolu à la sacrifier et j’ai tout récemment essayé de refaire des photos de son abdomen ; malheureusement la cuticule s’est dégradée et les photos ne permettent pas de comprendre mieux comme est replié son abdomen. Cette photo permet simplement d’apercevoir un des hamuli, ces crochets dans la partie toute antérieure de la fosse génitale qui verrouillent les pièces génitales femelles lors de l’accouplement.

Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 19/04/2021
Aeshna cyanea mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 19/04/2021


Krönenlef heinkenensis (Guillon, 2020)

Quelle surprise de trouver cette femelle Krönenlef heinkenensis (Guillon, 2020), famille des Decapsuliidae, prenant le soleil sur le carrelage de mon salon !
Peu de détails sont connus sur cette espèce, sa biologie ou son habitat sont encore des énigmes ; disons seulement qu’on sait maintenant qu’elle fréquente les habitats urbains bruyants et festifs.
On connaît également peu son mode de reproduction qui s’avèrerait très étonnant et pour assurer sa dépendance elle formerait des packs plus ou moins importants.
Son alimentation est à préciser, les seuls indices que son comportement permet de suggérer permettraient de s’orienter vers des substances fermentées (animales ou végétales ?) ; en effet un témoin (il est vrai peu digne de confiance) l’aurait entendu émettre un drôle de son par son orifice buccal.
Elle mesure environ 1200 mm de long pour une envergure équivalente.

L’étude de cet odonate devra être complétée dans les mois et les années à venir, c’est un tout nouveau champ d’exploration qui s’ouvre aux odonatologues !



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Aeshna mixta – curiosités 2/2 : humidité dans les sacs aériens

Sur cette page lorsque je parle des sacs aériens des libellules j’entends ceux que l’on peut voir à travers la cuticule des odonates sous forme d’espaces cloisonnés. Il en existe d’autres, profonds, qui participent à la respiration trachéale, ce qui n’est pas le cas de ces sacs visibles à travers la transparence de la cuticule.

Le 20 septembre 2008 j’ai eu la chance d’observer un mâle Aeshna mixta dans mon jardin, posé sur une ronce. J’ai fait de nombreuses photos car il s’est montré très patient, en plein soleil, à midi. J’ai pu m’approcher comme on s’approche rarement des Aeshnidae mais il s’est envolé quelques secondes après celle-ci :

Aeshna mixta mâle, humidité dans les sacs aériens, Beaupréau (France-49), 20/09/2008
Aeshna mixta mâle, humidité dans les sacs aériens, Beaupréau (France-49), 20/09/2008

Ce n’est qu’en 2012 que j’ai fait attention à cette photo et l’ai montrée sur le forum Le Monde des Insectes.
Si on clique sur la photo on voit très nettement ce qui ressemble à des gouttes de condensation à l’intérieur de ces sacs aériens ! Très étonnant mais voit-on souvent les sacs aériens si bien délimités et de si près ? J’imagine que si leur délimitation est si visible c’est justement à cause de l’humidité ; pulvérisez de l’eau sur un verre dépoli il paraît beaucoup plus transparent /translucide.
Pourquoi, s’il s’agit de condensation, ne semble-t-il y avoir des gouttes que dans un des sacs et en particulier sur une cloison d’un des sacs ?
La condensation se produit quand de l’air humide est au contact d’une paroi plus froide que lui. Il se serait produit un effet de serre, l’air chaud et humide contenu dans ce sac se serait condensé au contact de la cuticule plus froide. Ce n’est guère convaincant d’imaginer une telle différence de température entre les 2 milieux…

Cependant c’est certainement le rôle majeur de ces sacs aériens que d’isoler thermiquement la libellule et ses muscles thoraciques de la chaleur mais aussi du froid car on connaît bien son extrême sensibilité au froid et son besoin de chaleur pour voler.
L’origine de ces gouttes reste pour moi un mystère.

D’autres rôles ou utilités sont attribués aux sacs aériens et l’observation montre qu’ils sont parfois enfoncés, comme la carrosserie d’une voiture, et comme pour cette dernière les dégâts mineurs n’affectent pas ses capacités à poursuivre une activité normale ; un rôle … d’air-bag donc.

On lit parfois qu’ils amélioreraient la sustentation des libellules par un effet « montgolfière », l’air chaud contenu dans les sacs étant plus léger que l’air ambiant. J’ai bien du mal à penser que l’air pourrait être si chaud dans les sacs aériens qu’il jouerait un rôle de ballon sans nuire gravement au métabolisme de la libellule ; il faudrait aussi que l’air se dilate et que le volume des sacs aériens augmente sensiblement ce qui n’a jamais été observé.