Orthetrum albistylum – Prédation sur Pyropteron chrysidiformis

Orthetrum albistylum femelle, Ancenis (France - 49), 20/07/2020
Orthetrum albistylum femelle, Ancenis (France – 49), 20/07/2020

Les rencontres avec Orthetrum albistylum ne sont pas courantes dans ma région et même si nous sommes ici en Loire-Atlantique, l’île Bernardeau sur la Loire, où ont été faites ces photos, n’est qu’à 25 km de ma commune, à vol de libellule, bien sûr.
De plus cette femelle est manifestement jeune, un cas que je n’avais pas encore photographié.
Ce que je n’ai pas remarqué tout de suite c’est qu’elle était à table se régalant d’un papillon bien dodu. C’est une nourriture ordinaire pour les odonates et facile distinguer par les observateurs pour sa grande taille parmi les proies parfois minuscules qui constituent le menu des libellules.

Orthetrum albistylum femelle, prédation sur Pyropteron chrysidiformis, Ancenis (France - 49), 20/07/2020
Orthetrum albistylum femelle, prédation sur Pyropteron chrysidiformis, Ancenis (France – 49), 20/07/2020

La victime est très caractéristique des Sésies et il s’agit de Pyropteron chrysidiformis (Sesiidae) identifiable par les 2 anneaux jaunes qui ceinturent l’abdomen et la touffe de soies rousses à son extrémité. Il mesure 15 à 23 mm d’envergure, une proie « facile » pour un odonate de la taille de l’Orthetrum à stylets blancs (45 à 55 mm de longueur totale). La Sésie de l’oseille a la réputation d’être difficile à observer et je ne l’avais jamais rencontrée.

Orthetrum albistylum femelle, Ancenis (France - 49), 20/07/2020
Orthetrum albistylum femelle, Ancenis (France – 49), 20/07/2020

On voit très bien l’anneau jaune terminal de la Sésie sur cette photo, 6 secondes après celle au-dessus, où l’Orthetrum a fait pivoter sa proie avec ses mandibules pour continuer son repas.




Tandem Orthetrum albisylum ♂ X Orthetrum cancellatum ♀ 2/2

Tandem O. albistylum X O. cancellatum, Vère Grésigne (France-81), 18/07/2019
Tandem O. albistylum X O. cancellatum, Vère Grésigne (France-81), 18/07/2019

Le 18 juillet 2019 dans le Tarn je prospecte un étang créé par une ancienne gravière. Le temps et bien moyen, peu d’odonates sont actifs si ce n’est 5 ou 6 Orthetrum albistylum que je m’amuse à photographier en vol.
Alors que j’ai a peine eu le temps d’apercevoir une femelle Orthetrum en ponte celle-ci est capturée par un mâle qui aussitôt tente de s’accoupler, sans succès, il repassent 2 fois devant moi et j’ai la chance de faire une photo.
Ce n’est que sur l’ordinateur que je me suis aperçu de la méprise du mâle car il s’agit bien d’une femelle O. cancellatum.
J’ai vu le couple se séparer quelques secondes après la photo sans qu’il y ait eu d’autres tentative de copulation ou de ponte.
Je n’ai jamais vu d’autres tandem d’Orthetrum « en erreur » et il est tout de même étonnant que je sois tombé à 2 reprises sur les 2 mêmes protagonistes…

Ces tandem hétérospécifiques ne sont pas rares mais m’étonnent toujours tellement on met en avant les formidables capacités visuelles des odonates quand il s’agit de repérer des proies par exemple… Ils ne seraient pas capables d’identifier les « bonnes » femelles au premier coup d’oeil ?
Corbet dans Behaviour and Ecology of Odonata cite Tennessen (1982) et Utzeri et Belfiore (1990, Tandem anomali fra Odonati Odonata ) qui écrivent que ce comportement pourrait être expliqué par le fait qu’il serait plus avantageux pour les mâles de saisir la première femelle un peu ressemblante et de la relâcher après en cas d’erreur, que de prendre du temps pour l’identifier et risquer de se devancer par un concurrent.

N’y a-t-il pas simplement quelques mal voyants parmi les odonates ? 🙂