Platycnemis pennipes femelle : curiosité

Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France - 49), 06/06/2015
Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France – 49), 06/06/2015

Le 6 juin 2015 lorsque j’ai aperçu cette jeune femelle j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de Platycnemis acutipennis en raison de sa coloration assez foncée. A ce moment j’étais intéressé par des photos précises en vue postérieure afin de vérifier si toutes les femelles P. acutipennis portaient bien des dents latérales sur le bord postérieur de leur pronotum.
Celle-ci n’en porte pas, ce n’est donc pas une femelle P. acutipennis (ni P. latipes d’ailleurs absent de cette zone géographique) mais pennipes. L’identification est confirmée également par la largeur des tibias postérieurs comme on peut le constater sur la dernière photo de cette page.
Mais la surprise a été de trouver 2 autres épines totalement inattendues et à ma connaissance jamais décrites dans la littérature; 2 épines symétriques à la partie toute antérieure du mésothorax:

Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France - 49), 06/06/2015
Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France – 49), 06/06/2015

Evidemment pour les voir correctement il faut cliquer sur la photo…
J’ai donc examiné toutes mes photos de Platycnemis pennipes sans trouver d’autre exemple de ces épines, sauf peut-être sur un seul autre sujet dont l’image est beaucoup moins bonne.
Ce sujet a été photographié dans une zone proche de mon domicile mais que je n’ai prospecté qu’une ou 2 fois, et je ne sais pas si on peut y trouver d’autres sujets identiques. J’y retournerai prochainement…
Je n’ai aucune hypothèse crédible pour expliquer ces dents thoraciques symétriques; variation individuelle ou variante de l’espèce; mais qui s’amuse à regarder minutieusement tous les mésothorax des femelles Platycnemis pennipes sur une vue postérieure 🙂 ?

Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France - 49), 06/06/2015
Platycnemis pennipes femelle portant des épines mésothoraciques, Andrezé (France – 49), 06/06/2015



Gomphus pulchellus (Selys, 1840): accouplement 4/4

Gomphus pulchellus accouplement, Pornic (France - 44), Étang du gros caillou, 17/05/2020
Gomphus pulchellus accouplement, Pornic (France – 44), Étang du gros caillou, 17/05/2020

Gomphus pulchellus à beau être commun en Maine et Loire ou ici en Loire Atlantique, je ne boude pas mon plaisir d’observer et de photographier un accouplement; ce n’est d’ailleurs que la 4° fois depuis que je m’intéresse aux odonates que j’ai l’occasion de les immortaliser.
C’est aussi l’occasion de montrer un détail de la nervation des Gomphidae, détail partagé aussi par les Aeshnidae et les Corduliidae (mais pas les Libellulidae, ni les Corduliidae); il s’agit de cet épaississement de la nervation au niveau, pour les Gomphidae, de la première anténodale et de la 4°, 5°, 6° ou 7° anténodale.
Je n’ai jamais rien lu à ce propos mais comme on note une très forte ressemblance avec la nervure renforcée du nodus on peut supposer qu’il s’agit ici aussi d’améliorer les performances de l’aile.

Gomphus pulchellus, détail de nervation, Pornic (France - 44), 17/02/2020
Gomphus pulchellus, détail de nervation, Pornic (France – 44), 17/02/2020

Tous les Gomphidae que j’ai pu voir à travers le monde montrent cet épaississement, même les Chlorogomphidae.
Si on le rencontre aussi pour les Aeshnidae et les Cordulegasteridae il concerne toujours la première anténodale mais la suivante est parfois au delà de la 5°, par exemple souvent la 6° pour Anax imperator, la 6° ou 7° pour Aeshna grandis, la 7° pour Hemianax epiphigger et Aeshna cyanea, jusqu’à la 8° pour Cordulegaster boltonii.

Gomphus pulchellus accouplement, Pornic (France - 44), Étang du gros caillou, 17/05/2020
Gomphus pulchellus accouplement, Pornic (France – 44), Étang du gros caillou, 17/05/2020

Il y a donc peu de variations entre les familles et la localisation de ce renforcement correspond peut-être à un artifice technique améliorant les performances de l’aile.
Il serait donc intéressant de savoir ou de comprendre pourquoi les 2 familles les plus récentes des anisoptères ont abandonné ces renforcements localisés s’ils avaient une utilité et dans l’affirmative quelles astuces elles ont utilisées pour s’en passer…




Sur la suggestion de Régis Krieg-Jacquier j’ai contacté André Nel, paléo-entomologiste au Muséum Nationale d’Histoire Naturelle, qui m’a très gentiment et aussitôt adressé une réponse très documentée. J’étais bien loin de savoir que j’avais mis le doigt sur un détail qui raconte l’histoire de l’évolution des libellules!
J’en ferai donc une page dédiée un peu plus tard.

Gomphus pulchellus curiosité 2/2

Gomphus pulchellus en tandem, Étang du Gros Caillou, Pornic, France (44)
Gomphus pulchellus en tandem, Étang du Gros Caillou, Pornic, France (44)

En promenade le long des berges de l’étang du Gros Caillou à Pornic notre attention a été attirée par un froissement d’ailes quasi ininterrompu. Profondément enfoncé dans les herbes de la rive nous avons aperçu un Gomphus qui tentait de s’en extraire. J’ai arraché quelques herbes pour mieux le voir et je me suis aperçu qu’il s’agissait en fait d’un tandem dont on aperçoit le thorax et les nervures costales claires de la femelle en haut à gauche de l’image.
Je les ai dégagés avec précaution mais si la femelle semblait parfaitement vivante elle ne battait pas des ailes et ne faisait aucun effort pour se sortir de ce lacis d’herbes.
Ils ne sont restés que quelques secondes dans la paume de ma main avant de s’envoler, même pas le temps d’une photo. Mais l’histoire n’est qu’à peine finie car la femelle ne participant pas au vol le couple s’est crashé sur l’eau, et est reparti voletant maladroitement juste au dessus de l’eau, la femelle toujours passive.

Cette passivité me fait penser que la femelle n’avait aucune envie de s’accoupler et à provoqué par son inertie le premier crash dans le herbes. Mais les mâles sont tenaces…


Les autres insectes…

J’alimente depuis quelques temps une rubrique, plutôt une page basique où on peut simplement visualiser tous les insectes que j’ai rencontrés, en France et dans le monde, ceux qui sont pas des odonates. Ces pages sont en évolution puisque quelques centaines d’espèces dormaient, et dorment encore pour beaucoup, sur mon disque dur.
Je prendrais tout de même l’habitude de signaler les ajouts sur le blog.

On peut accéder à cette page à partir du menu du site ou du blog sous la rubrique Insectes.
On peut aussi cliquer sur l’image ci-dessous.

Lien vers les insectes autres que les odonates.

Trithemis annulata mâle 1/1

Trithemis annulata mâle, lac d'Hourtin (France-33), 17/07/2019
Trithemis annulata mâle, lac d’Hourtin (France-33), 17/07/2019

Même s’il apparaît d’un rose franchement exotique aux connaisseurs, Trithemis annulata est souvent confondu avec les autres odonates rouges de France, nous n’en avons pas de rose. Il s’agit essentiellement des Sympetrum au premier rang desquels Sympetrum sanguineum, et de l’autre espèce qui nous est arrivée d’Afrique il y a quelques dizaines d’années, Crocothemis erythraea.
Mais bien sûr quand on place ces 3 espèces l’une à côté des autres le doute n’est pas permis:

Comparaison de 3 espèces parfois confondues: Crocothemis erythraea, Trithemis annulata et Sympetrum sanguineum
Comparaison de 3 espèces parfois confondues: Crocothemis erythraea, Trithemis annulata et Sympetrum sanguineum

Hors la coloration comparons C. erythraea et T. annulata pour souligner les différences les plus faciles à observer sur le terrain ou sur photo:
– ils ont tous les 2 une large tache alaire basale (plus sombre et plus étendue pour T. annulata), une marque noire sur les derniers segments, la nervation teintée (de rouille pour C. erythraea, de rouge pour T. annulata) et un discret filet bleu à la partie postérieure de l’œil (clic sur image ci-dessus!).
mais les pattes de C. erythraea sont rouges, celle de T. annulata noires.
– le front de C. erythraea est rouge, celui de T. annulata porte une marque violet très sombre métallisé.
– l’abdomen de C. erythraea aplati dorso-ventralement est large, celui de T. annulata est fin.

Trithemis annulata mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019
Trithemis annulata mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019
Le front est sombre (et poilu!), les pattes sont noires, la nervation est rouge.

Au tour de T. annulata et S. sanguineum:
– ils ont tous les 2 des marques sombres sur les derniers segments et tous les 2 des pattes noires.
– mais S. sanguineum n’a que rarement une tache alaire basale notable et sans commune mesure avec celle à T. annulata, pas de tache sur le front qui est rouge.
– la nervation de S. sanguineum est sombre, celle de T. annulata rouge
– l’abdomen de T. annulata s’affine régulièrement vers son extrémité, celui de S. sanguineum est dilaté entre les segments 6 et 8.

Ils ont tous les 3 pour point commun de pouvoir s’observer sur les mêmes pièces d’eau…

Trithemis annulata mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019
Trithemis annulata mâle, Villemur sur Tarn (France-31), 17/07/2019

Il se comporte comme de nombreux Libellulidae appréciant les rameaux, les tiges, les herbes un peu isolées dressées au bord de l’eau sur lesquels il se perche afin de surveiller son territoire. Il s’en échappe pour chasser et poursuivre un intrus ou capturer une proie, si c’est l’heure du repas. Si personne ne le dérange, il revient se poser au même endroit.

Trithemis annulata mâle, lac d'Hourtin (France-33), 17/07/2019
Trithemis annulata mâle, lac d’Hourtin (France-33), 17/07/2019

Il adopte souvent la posture que l’on observe ci-dessus, les ailes plus basses que le thorax ce qui lui vaut son nom vernaculaire anglo-saxon de Violet dropwing.