Ceriagrion tenellum : transfert de sperme et accouplement

Ceriagrion tenellum transfert de sperme, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum transfert de sperme, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020

Je fais tous les ans une ou deux visites à cet étang forestier (vraiment encerclé d’arbres jusqu’à l’eau), à une centaine de kilomètres de mon domicile, mais toujours dans mon département ; on y trouve depuis 2012 une espèce qu’on ne s’attend pas à y voir, Sympetrum danae qui ne s’observe normalement qu’en montagne (mais même dans les montagnes bretonnes) ou dans le nord de la France.
Au mois de juillet il est un peu tôt pour les trouver mais heureusement le site est riche et les Ceriagrion tenellum y sont très abondants.
C’est pourtant la première fois que j’assiste à cette scène pour cette espèce.
La nature s’est-elle moquée des odonates quand elle a rédigé le cahier des charges « reproduction » : le sperme est fabriqué à l’extrémité de l’abdomen, 8° et 9° segments, alors pourquoi a-t-elle imposé qu’il soit utilisé sous le 2° segment ?

Ceriagrion tenellum transfert de sperme, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum transfert de sperme, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020

Cependant le process est validé depuis quelques centaines de millions d’années et les odonates s’adaptent et survivent sans trop de difficultés apparentes à l’extinction de certains de leurs contemporains d’autrefois comme les dinosaures.
Les mâles doivent ainsi remplir leur vésicule séminale, que l’on voit très bien ci-dessus en arrière de son pseudo pénis, en faisant en sorte que l’extrémité de l’abdomen s’accole au 2° segment abdominal, ou plus précisément que son pore génital sous S9 s’abouche à la valve de son pseudo pénis.
Pour simplifier, il est précisé dans le document qui régit cet exercice que la vésicule doit être remplie de préférence quand la femelle est déjà capturée ! Heureusement la manœuvre ne dure que quelques fractions de secondes ou quelques secondes selon les espèces, et l’accouplement peut avoir lieu aussitôt.

Ceriagrion tenellum accouplement, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum accouplement, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum accouplement, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020
Ceriagrion tenellum accouplement, Longué-Jumelles (France-49), 31/07/2020



Crocothemis erythraea accouplement 3/3

Le 22 août 2019 je me suis laissé tenté par les bords de Loire pour une section de rive que je n’avais jamais prospectée. Il fait chaud, 27°C, la Loire est très basse et ne montre que du sable sur plusieurs dizaines de mètres de large sur chaque rive. Par endroits, le long de l’enrochement de la levée, il persiste des flaques et sur l’une d’elle qui fait une vingtaine de mètres de long sur 3 de large je suis un peu surpris d’y trouver quelques Crocothemis qui se disputent le terrain.
C’est la première fois que j’en vois sur la Loire, mais bien sûr l’eau est stagnante et non plus courante.
J’observe aussi sur ce tout petit plan d’eau d’assez nombreux Erythromma lindenii en ponte et quelques Ischnura elegans quand j’aperçois passer au dessus de l’eau ces 2 sujets, déjà accouplés. J’ai pensé essayer de les photographier en vol mais ils ont eu la bonne idée de venir aussitôt s’écraser 1 mètre 50 devant mes bottes. J’ai eu le temps de faire 3 photos en 4 secondes et ils se sont séparés la femelle partant aussitôt pondre.

Accouplement de Crocothemis erythraea, rive droite de la Loire à Montjean sur Loire, 22/08/2019
Accouplement de Crocothemis erythraea, rive droite de la Loire à Montjean sur Loire, 22/08/2019

La durée de la copulation est étonnamment courte comparée aux autres Libellulidae : 7 ± 3,3 secondes (1). . Et cette brièveté est d’autant plus étonnante qu’on sait que la plupart des mâles odonates cherchent à s’assurer que leur sperme sera celui utilisé pour féconder les œufs. Pour ce faire, leur pénis est adapté soit à enlever le sperme des partenaires précédents (ce qui suggère tout de même des accouplements longs), soit à le repousser au plus loin des œufs qui vont être pondus, tous les intermédiaires étant sans doute possible, entre repousser et enlever…
Pour Crocothemis erythraea l’analyse morpho-physiologique de son pénis (et l’étude du volume de la spermathèque de la femelle (1)) montre qu’il repousse le sperme des partenaires précédents (mais sans exclure qu’il puisse en éliminer) ce qui est bien en accord avec la brièveté de la copulation.

Accouplement de Crocothemis erythraea, rive droite de la Loire à Montjean sur Loire, 22/08/2019
Accouplement de Crocothemis erythraea, rive droite de la Loire à Montjean sur Loire, 22/08/2019

Pour améliorer les chances de voir son sperme féconder les œufs pondus aussitôt après l’accouplement, le mâle vole à proximité de la femelle pour dissuader tout concurrent qui voudrait s’accoupler avec elle. Mais la plupart du temps il n’est pas longtemps efficace ou se désintéresse de la question au bout des quelques largages d’œufs de la femelle (sa descendance étant assurée…) et celle-ci est à nouveau capturée pendant la ponte si elle n’a pas quitté les lieux…




1 – Sperm competition in the family Libellulidae (Anisoptera) with special reference to Crocothemis erythraea (Brulle) and Orthetrum cancellatum (L.), Adv. Odonatol. 2:195-207, December, 1984, M.T. Siva-Jothy.