Somatochlora metallica femelle immature 2/2

C’est encore dans mon jardin que j’ai surpris ces jeunes femelles. Elles viennent y maturer au calme, loin des agressions des mâles.
Ma maison se situe environ à 500 mètres, à vol de libellule, de la rivière Èvre et je suis surpris de voir cette espèce presque tous les ans dans mon jardin ; il faut alors supposer que le nombre de S. metallica issus de cette rivière est important, bien plus important qu’il n’y paraît quand on constate le peu de sujets matures qu’on a l’occasion de surprendre lors des prospections ciblées… Je n’ai jamais prospecté les rives à la recherche d’exuvies de cette espèce, mais sa rareté en tant qu’imago mature me fait un peu penser à ce que l’on observe pour Stylurus flavipes : de très nombreuses exuvies et très peu d’imago. S. metallica passe peut-être de même la majorité de sa vie dans la canopée…

Somatochlora metallica femelle immature, Beaupréau (France-49), 27/07/2021
Somatochlora metallica femelle immature, Beaupréau (France-49), 27/07/2021

Epitheca bimaculata : émergence d’un mâle 3/3

Voici quelques photos très rapprochées de l’émergence de ce mâle Epitheca bimaculata.
28 minutes après que la cuticule a été fendue voici l’aspect de l’aile postérieure, encore complètement ratatinée, ayant un peu un aspect de villosité intestinale…
L’aile antérieure, juste au-dessus, a encore moins évolué. Le fil blanc est bien sûr une trachée respiratoire.

La future libellule est toujours tête en bas et c’est l’occasion d’identifier les pièces buccales qui ne sont normalement pas visibles. Il faut imaginer que l’émergence est une explosion, que la pression de l’hémolymphe est très importante et toutes les pièces mobiles repliées ont tendance à s’ouvrir, à se déplier, exactement comme l’appareil génital secondaire apparaît expulsé à l’extérieur pendant cette phase, comme on va le voir plus bas.
On voit très bien, en cliquant sur la photo les incisives à l’extrémité de la mandibule, les molaires restant cachées plus à l’intérieur.
Les maxilles dotées de palpes sensitifs et de parties fortement acérées et sclérifiées participent à la capture de la proie et à la mastication.
Le labrum est assimilé grossièrement à la lèvre supérieure et le labium à la lèvre inférieure, il faut bien garder à l’esprit que la libellule a toujours la tête en bas à cet instant.

Comme dit plus haut, les organes génitaux secondaires sont expulsés de la fosse génitale sous le 2° segment abdominal par la pression de l’hémolymphe et on voit très distinctement les 4 segments (S1 à S4) du pénis ou vésicule séminale, selon les auteurs. À l’extrémité du 3° segment on aperçoit l’orifice d’une valve qui permet au mâle de remplir sa vésicule séminale de son sperme en une gymnastique abouchant le 9° segment (là où il est produit) de son abdomen au second (là où il est utilisé) et ceci généralement après la capture de la femelle (ici la scène pour Enallagma cyathigerum) !
Les hamuli antérieurs sont des hameçons, des crampons qui assurent la cohésion des pièces génitales mâles et femelles pendant l’accouplement (hamulus suffirait sans doute, il n’y a pas d’hamulus postérieur pour Epitheca).
La cornua à l’extrémité du pénis est un flagelle qui permet au mâle de déplacer et repousser au loin dans la spermathèque de la femelle le sperme des mâles qui se sont précédemment accouplés avec elle de façon à maximiser ses chances d’avoir une descendance.
La ligula a pour rôle de permettre l’intromission du pénis en s’introduisant entre les valvules de l’ovipositeur de la femelle et de soutenir la vésicule séminale pendant le remplissage de la spermathèque de la femelle (1).

Epitheca bimaculata mâle en émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata mâle en émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021

Lorsque la libellule émergente se redresse la tête de l’exuvie à laquelle sont accrochées les pattes du sujet émergent devient bien visible. À gauche on voit comme l’exuvie est fendue à la base de l’œil pour permettre la sortie de la tête, premier élément à apparaître. On remarque les fourreaux des antennes et les dents du masque.

L’évolution des yeux est considérable entre la seconde photo et celle-ci ; il s’est écoulé 26 minutes. On distingue les yeux élémentaires ou ommatidies, plus faciles à voir dans la partie supérieure de l’œil, car plus larges. Ceci répond à des fonctions différentes et on trouvera des détails sur la vision des odonates sur cette page et les précédentes.

-1- Functional Morphology and Evolution of the Male Secondary Copulatory Apparatus of the Anisoptera (Insecta: Odonata), Hans Klaus Pfau, Zoologica, Volume 156, 2011.

Epitheca bimaculata : émergence d’un mâle, diaporama 2/3

Les photos précédentes sont reprises en diaporama qui permet sans doute de mieux saisir l’évolution de l’émergence. En laissant le pointeur sur la première image, une double flèche apparaît en haut à droite ; en cliquant dessus le diaporama est en plein écran !

Epitheca bimaculata : émergence d’un mâle

epitheca-bimaculata-larve-emergente-1
Epitheca bimaculata larve mâle, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata larve mâle, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021
Epitheca bimaculata, émergence, Coligny (France-01), 08/05/2021

Epitheca bimaculata : une émergence complète 1/3

Le 8 mai 2021 mon ami Régis Krieg-Jacquier m’a fait découvrir l’étang de Fougemagne à Coligny, dans l’Ain.
Dix minutes après être descendus de voiture, à 30 mètres du parking, nous avons découvert cette larve dans un angle de la digue, à 3 mètres de la berge

L’identification de la larve est immédiate ; elle est la seule à porter 2 épines sur le front. Elle partage avec Cordulia aenea, autre Corduliidae, des bandes noires sur le thorax, mais elle porte de spectaculaires épines dorsales sur les segments abdominaux et les épines latérales du 9° segment sont singulièrement longues.

La première photo est faite à 10 heures 31, les yeux apparaissent sur la 4° photo à 10 heures 48 (un clic sur les photos les ouvre en pleine page).

Je trouve la 5° photo (10:48) spectaculaire et amusante : elle simule un alien, les ocelles se prenant pour des yeux, dévorant une substance qui s’écrase sous sa gueule… 😱 A 10:49 la tête est dégagée et les trachées, fils blancs, deviennent bien visibles.

Les photos ci-dessous s’échelonnent de 10:49 à 11:07.
Le thorax s’extrait progressivement ; c’est une succession de brèves tractions avec de longues minutes d’inactivité pendant lesquelles j’ai pu faire toute une série de photos très rapprochées que je montrerai ailleurs.

Entre la 5° et 6° photo se produit l’instant qu’il ne faut pas rater, le spectaculaire retournement, où la larve, telle un gymnaste, se redresse, cramponne son exuvie et extrait le reste de son abdomen. Ce que j’ai manqué, car occupé dans les secondes précédentes à faire des gros plans, l’objectif monté sur mon appareil photo ne me permettait pas de cadrer assez large…
La dernière photo montre les appendices anaux mâles, spectaculairement divergents.

Les 6 photos suivantes se déroulent de 11:08 à 11:34.
L’émergence se déroulant au pied d’un grand arbre la luminosité varie, car le soleil suit sa route à la limite de la couronne de feuilles. Mais cela ne dérange pas le néonate, pardon le néoodonate.
Les ailes compressées dans leurs étuis larvaires s’étendent progressivement sous la pression de l’hémolymphe et en quelques minutes, elles sont déjà plus longues que l’abdomen.

Progressivement les ailes deviennent hyalines et l’abdomen s’étire à son tour. Noter la différence entre la dernière photo ci-dessus et la première ci-dessous entre lesquelles il s’est écoulé 23 minutes. Mais les transformations prennent plus de temps et si la première de cette dernière série a été prise à 11:57, la dernière, avant l’envol l’a été a 13:27.

À 13:09 on observe une première tentative d’écarter les ailes, mais elles se replient, pour ne s’ouvrir vraiment qu’à 13:19, soit 2 heures et demie après que la larve a déchiré son enveloppe.
Il semble ne rien se passer pendant un long moment ; on estime que les ailes se durcissent pour se préparer au vol inaugural. Aussi décidons-nous vers 13 heures 30 d’explorer les berges un peu plus loin.

À 14 heures 01 il ne reste que l’exuvie sur les herbes.

Oxygastra curtisii : la respiration de loin et de plus près…

Oxygastra curtisii mâle, Saint Germain sur Moine (France-49) sur une ancienne argilière, 12/05/2011

Ce jeune mâle Oxygastra curtisii se réchauffe au soleil, bien à l’abri du vent dans les ajoncs. Il est en phase de maturation comme en témoignent ses yeux étonnants, qui de mauves deviendront verts.

Oxygastra curtisii mâle, Saint Germain sur Moine (France-49) sur une ancienne argilière, 12/05/2011

On l’appelle aussi Cordulie à corps fin et son abdomen témoigne de cette finesse.
Cependant, en s’approchant suffisamment (je rappelle que l’abdomen ne mesure au total que 33 à 39 mm) on peut observer ses mouvements respiratoires, succession de dilatations et de contractions permettant de faire entrer l’air par les stigmates abdominaux, situés dans des replis de la face inférieure de l’abdomen.

Dans les dernières secondes de la vidéo on peut noter la mobilité des appendices anaux ; ils adopteront une position en flexion extrême lors de la capture de la femelle.