Platycnemis acutipennis Selys, 1841

Platycnemis acutipennis mâle, Le Fuilet (F-49), 16/06/2011
Platycnemis acutipennis mâle, Le Fuilet (F-49), 16/06/2011

Platycnemis acutipennis, Platycnemididae, est un plaisant zygoptère dont la coloration orangée des mâles matures facilite l'identification. Il appartient à une immense famille qui compte 494 espèces actuellement, absente du Nouveau-Monde et très présente en Asie du Sud-Est et en Océanie, dont les individus sont parfois très proches et difficiles à identifier.ce

Description - Identification de Platycnemis acutipennis

Le mâle mesure 35 à 37 mm au total et est sur ce point très proche de ses deux cousins européens, P. pennipes et P. latipes.
On retrouve la tête large aux yeux très écartés des Platycnemis avec une large bande interoculaire sombre. Ces yeux sont partiellement bleus ou bleuissants.
Le thorax porte une large bande sombre de part et d'autre de la carène dorsale mais surtout, comme nos deux autres Platycnemis, deux lignes sombres latérales souvent qualifiées de double bande antéhumérale ; mais pour cette espèce la ligne inférieure est très souvent incomplète ou atténuée (celle de P. pennipes est toujours complète, celle de P. latipes peut être incomplète).
Les ailes sont étroites, plus que celles de P. pennipes, mais pour apprécier ce genre de détail, il faut voir les deux espèces en même temps.
Contrairement aux deux autres Platycnemis, les tibias de Platycnemis acutipennis ne sont pas sensiblement élargis.
L'abdomen est orangé (ce qui lui vaut le nom français d'Agrion orangé ou Orange Featherleg en anglais), portant tout au plus des paires de marques noires sur les segments 7 à 9 (rarement absentes).

Platycnemis acutipennis mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 24/05/2012
Platycnemis acutipennis mâle, Beaupréau en Mauges (France-49), 24/05/2012
Platycnemis acutipennis mâle, appendices anaux, Le Puiset-Doré (F-49), 16/06/2011

Les appendices anaux supérieurs, les cerques, sont pourvus d'un lobe supérieur plus long que l'inférieur, ce que l'on voit mieux sur les appendices droits de ce sujet et que l'on retrouve tout à fait sur les dessins ci-dessous issus de Dijkstra et al. (2020).

Appendices anaux des Platycnemis français, Dijkstra et al., 2020
Appendices anaux des Platycnemis français, Dijkstra et al., 2020

Les femelles montrent un abdomen brun-orangé, la ligne inférieure de la double bande antéhumérale est assez souvent à peine marquée et/ou incomplète. Elles sont moins typées que les mâles et souvent difficiles à séparer des autres femelles Platycnemis. Mais les tibias postérieurs des ♀ Platycnemis acutipennis ne sont pas dilatés et portent une ligne sombre de longueur variable.

Platycnemis acutipennis femelle, le Fuilet (F-49), 01/07/2012
Platycnemis acutipennis femelle, le Fuilet (F-49), 01/07/2012

On ne peut arbitrer ces identifications que par de très bonnes photos du pronotum en vue postérieure, et sur ce point, les femelles P. acutipennis montrent des épines très latérales assez visibles. Mais attention, autant il est possible de constater leur présence, autant il est difficile de prouver leur absence sur photo. On parle ici de structures qui n'atteignent que quelques dixièmes de millimètres, et qui ne sont visibles que sous certains angles. Le fait de ne pas parvenir à les voir ne signifie pas toujours qu'elles ne sont pas là !
En résumé, identifier les femelles Platycnemis acutipennis nécessite de voir les pattes et le pronotum.

J'ai consacré 2 pages à l'identification différentielle des femelles Platycnemis :
– L'une consacrée aux pattes et bandes antéhumérales.
– L'autre au pronotum.

Une remarque à propos du dessin ci-dessous : les "épines" des femelles P. latipes sont très difficiles à observer sur photo.

Vue postérieure des pronotum des ♀ Platycnemis d'après Dijkstra et al.
Vue postérieure des pronotum des ♀ Platycnemis d'après Dijkstra et al.

Habitat et distribution géographique

Il accepte toutes sortes d'habitats aux eaux courantes ou stagnantes ; il est très commun le long des petites rivières et des argilières de ma région, mais on le trouve également près des mares, fossés, étangs, pour peu que la végétation rivulaire soit suffisante.
C'est une espèce de plaine, mais on l'a observée dans les contreforts du Massif Central, à plus de 1100 mètres d'altitude (Grand et Boudot, 2006).

Endémique du sud-ouest de l'Europe, sa distribution est limitée à la moitié ouest et sud de la France, à l'Espagne et au Portugal.
Atlas dynamique des Odonates de France.
IUCN Red List.

Période de vol

En France, il n'apparaît pas avant la mi-avril, il disparaît en septembre, mais les plus grosses populations, parfois très abondantes, se rencontrent en mai, juin et juillet.

Noter sur la femelle ci-dessous les traits sombres sur tout l'abdomen, la bande antéhumérale inférieure marquée mais incomplète ; la quantité de noir est en effet très variable.

Agrion orangé femelle, Beaupréau-en-Mauges (F-49), 05/06/2016

Comportement - Écologie

Les mâles, bien visibles par contraste dans la végétation rivulaire, sont moins actifs et moins agressifs que leurs cousins P. pennipes. On les voit parcourir les eaux de façon décidée, à la recherche de femelles. Après l'accouplement, la ponte se déroule en tandem, (rarement seule) la femelle insérant ses œufs dans les végétaux ou les bois flottants.
L'espèce est univoltine (Cano Villegas, 2011), elle semble même strictement univoltine, y compris dans le sud de son aire.

Étymologie Platycnemis acutipennis

Dans son ouvrage de 1841, Selys compare Platycnemis acutipennis à Platycnemis platypoda (Vander, Linden, 1820), notre Platycnemis pennipes, avant que cette dernière espèce ne soit restituée à son descripteur initial, Pallas, 1771.

Platycnemis du grec platy pour large et knemis pour guêtre (que l'on place sur la jambe, sur le tibia) ce qui traduit le large tibia de ce genre.
Acutipennis du latin acutus pour aigu, pointu, et du latin penna qui représente une grosse plume des oiseaux. Littéralement, acutipennis signifierait "plume pointue, effilée" pour dire "aile étroite" et souligner ainsi que l'aile de cette espèce est plus fine, moins large, que celle de P. pennipes.

Cano Villegas, F. J., 2011 Odonatos de Córdoba. Sociedad Cordobesa de Historia Natural.
Dijkstra, K.-D.B., A. Schröter & R. Lewington. 2020. Field Guide to the Dragonflies of Britain and Europe. Second edition. Bloomsbury Publishing, London
Daniel Grand et Jean-Pierre Boudot, 2006. Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg, collection Parthénope.
Selys, 1841Nouvelles Libellulidées d'Europe - Analyse de l'ouvrage du Dr Hagen. Revue zoologique, Société Cuvierienne, 4, 243-246.

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