
J'ai attendu presque 20 ans avant de trouver cette femelle Erythromma viridulum mature ; j'avais rencontré des femelles jeunes, en accouplement ou en ponte, mais jamais de femelle mature isolée. Malheureusement, à peine aperçue, j'ai dû la poursuivre dans les ronces qui descendent abruptement la rive d'une ancienne argilière, à l'ombre des bouleaux et des aulnes qui poussent de façon sauvage. Cette argilière abandonnée, qui était un de mes hot spots il y a une quinzaine d'années, est en train de se refermer, complètement envahie de végétation sur deux de ses longueurs, celles en pente plus ou moins douces qui étaient les plus intéressantes.

Je n'ai eu le temps que d'une dizaine de photos, ombre et soleil à la fois, la poursuivant de support en support, jusqu'à ce que je la perde, distrait une seconde par un mâle aux yeux rouges, peut-être, sans doute de la même espèce…
Parmi les Coenagrionidae, la femelle la plus proche est sans doute sa cousine E. lindenii, pour la couleur des yeux et ce mélange peu commun de vert/jaune et de bleu sur la tête, le thorax et les premiers segments. Pour cette même coloration, je ne vois que C. scitulum qui puisse également s'en rapprocher.
L'identification est facilitée par l'absence de taches postoculaires, qui limite considérablement les candidats ; on ajoute les yeux verts capés de brun ; la bande antéhumerale complète, plus large en avant qu'en arrière, rétrécissant de façon symétrique (celle de E. najas est raccourcie ou en point d'exclamation) ; le fort "trait-point" sur la suture interpleurale.
Un détail ou critère que j'utilise avec succès depuis des années, pour séparer Erythromma viridulum de E. najas et que j'ai explicité sur le site, est l'absence de marque noire à la partie inférieure du second segment, toujours présente pour E. najas.
La face dorsale du 10° segment est claire, elle est sombre (noire) pour E. najas.


Il n'est pas très courant de s'aider du pronotum pour séparer Erythromma viridulum femelle de E. najas ; seuls, à ma connaissance, Wendler et Nüß (1997) et Askew (2004) en donnent un dessin. Ils sont parfois difficiles à interpréter quand ils ne portent pas de bordure colorée et d'autres critères sont sans doute plus faciles à mettre en œuvre ; mais dans certains cas leur examen est incontournable, en particulier chez des sujets émergents.

En Maine-et-Loire, mon département, Erythromma viridulum me semblait peu commun et j'avais une vision erronée de la situation des deux espèces cousines en France. Si on consulte les données photographiques d'iNaturalist, on s'aperçoit que E. viridulum est presque deux fois plus photographié que E. najas en France métropolitaine. Et que les photos de femelles E. viridulum sont assez communes. En Maine-et-Loire, sur Faune Pays de la Loire, on note 1666 observations d'E. najas contre 2398 d'Erythromma viridulum...
On lit sous la plume de Boudot et al. (1990) une phrase intéressante à propos de E. viridulum : "Cette espèce, réputée rare il y a quelques années, paraît donc actuellement être bien disséminée dans l'ensemble du territoire français." Trente-six ans après cette remarque, elle est actuellement mieux répartie en France que E. najas et plus fréquemment observée, mâles comme femelles.

Boudot, J.-P., Goutet, P. & Jacquemin, G., 1990. Note sur quelques Odonates peu communs observés en France. Martinia, 6 (1) : 3-10
R. R. Askew, 2004 – The Dragonflies of Europa – Harley Books
Wendler A. & Nuß J.-H., 1997. Libellules. Guide d'identification des libellules de France, d'Europe septentrionale et centrale. Société Française d'Odonatologie.

Bonjour, Etang de la Planche à Ancenis, ce lundi 30/06... Dans le Dijkstra, la présence de bande antéhumérale complète est indiquée comme le critère de base pour différencier najas et viridelum. On peut s'en contenter ou c'est insuffisant ?
Bonne journée
Bonjour,
Il est toujours mieux d'avoir plusieurs critères, à moins que ce ne soit un critère structurel, les "critères" de coloration peuvent toujours être soumis à variation individuelle ; ici, comme je le mentionne dans l'article, on note l'absence de trait noir sous le S2.
On aperçoit le bord postérieur du pronotum, qui ne colle pas du tout avec celui de E. najas.