Crocothemis erythraea, le Crocothémis écarlate, Libellulidae, appartient à un genre qui compte neuf espèces, en Afrique, en Océanie et en Eurasie (Paulson al., 2026). C'est la seule espèce européenne du genre.

Description - Identification : Crocothemis erythraea
Les mâles matures sont robustes, rouges de la face aux appendices anaux, les pattes sont rouges ; la base des ailes postérieures est largement ambrée, les nervures costale et radiale sont colorées, les ptérostigmas sont dorés ou orangés marginés de noir antérieurement ; la partie postéro-inférieure des yeux est bleue ; il porte parfois des taches noires sur les derniers segments, voire une ligne noire sur la carène abdominale ; Il mesure 36 à 45 mm.
On ne peut en principe le confondre qu'avec :
- Sympetrum sanguineum, dont les pattes sont noires, la tache alaire beaucoup plus faible avec des ptérostigmas plus courts et plus sombres, sans bleu sur les yeux, avec un abdomen plus étroit typiquement dilaté sur les derniers segments.
- Sympetrum fonscolombii, dont la base postérieure des yeux est aussi bleue, mais les pattes sont largement noires (avec une fine ligne postérieure) et la nervation antérieure rouge.
- Trithemis annulata, présente aussi la base des ailes ambrées, mais est beaucoup plus rose, avec des pattes complètement noires.

Les femelles sont jaunes ou dorées (comme les mâles immatures), la base des ailes est ambrée, l'espace interalaire est clair, les pattes sont jaunes, l'abdomen large et aplati, la base postérieure des yeux est également bleue ; elles présentent un caractère qu'elles ne partagent qu'avec les femelles S. vulgatum et danae, sous la forme d'une lame vulvaire très saillante, perpendiculaire à l'abdomen.
Elles peuvent être androchromes.

Habitat et distribution géographique
C'est une espèce d'eau stagnante voire très faiblement courante. On le rencontre en été sur une grande diversité de milieux lentiques, parfois saumâtres, envahis de végétation ou désolés, depuis les mares, les sablières et les canaux, aux berges des étangs et des lacs.
En France métropolitaine, il est présent dans tous les départements, sans doute encore plus abondant dans le sud et le sud-ouest.
Atlas dynamique des odonates de France.
Sa distribution mondiale précise est difficile à établir en raison de sa ressemblance avec une espèce asiatique et de son expansion vers le nord, qui n'est pas vraiment aussi récente qu'on peut le lire parfois car l'espèce a été signalée, par exemple, par Chopart dès 1948 en région parisienne (Ott, 1988), sans que son autochtonie ne soit démontrée.
Il occupe quasiment toute l'Afrique, jusqu'au sud-ouest de l'Inde (Sadasivan & al., 2025), et a connu une expansion remarquable vers le nord, colonisant l'Europe centrale, du Sud et de l'Ouest, et particulièrement depuis une vingtaine d'années puisqu'il est maintenant bien implanté en Allemagne et en Hollande, et signalé occasionnellement en Angleterre (depuis 1995 ), jusqu'au nord du Danemark et même en Suède par mon ami Phil Benstead en 2024.
Certaines données encore plus à l'est (Népal, Myanmar et même Yunnan) restent douteuses en raison du risque de confusion avec son sosie asiatique, C. servilia (ici au Vietnam), qu'on ne peut valablement différencier que par l'examen de l'appareil génital secondaire (et qui présente également des femelles androchromes (Poorten, 2007)).
IUCN Red List.
Période de vol
En France, il apparaît dès mi-avril dans le sud pour en disparaître en novembre. Mais c'est un odonate thermophile dont les populations sont importantes de la mi-juin à la mi-septembre.
Mais dans les régions équatoriales ou tropicales, il volerait toute l'année.

Comportement - Écologie
Les mâles territoriaux se perchent au bord de la pièce d'eau et défendent leur territoire. L'accouplement très bref (7 à 26 s) se produit en vol dès qu'une femelle apparaît mais se poursuit parfois posé pour quelques secondes de plus, ceci aux heures chaudes de la journée (Dommanget, 1959).
La ponte s'ensuit aussitôt, gardée par le mâle qui vole autour de la femelle, interdisant l'approche d'autres mâles tandis que sa partenaire largue ses œufs en frappant l'eau de son abdomen dans des endroits végétalisés ou non. Le mâle disparaît souvent à la poursuite d'un concurrent pour ne jamais revenir… La femelle peut alors être saisie en vol, par un autre mâle qui cherchera à s'accoupler à son tour, sans que la copulation ne soit assurée.
Seuls Grand et Boudot (2006) détaillent la biologie de l'espèce : les œufs éclosent en 1 à 10 semaines, la phase larvaire compte 9 stades et dure entre 9 semaines et deux ans. En fonction de la température, l'espèce est ainsi univoltine, bivoltine à quadrivoltine, et même présente toute l'année dans certains territoires. La phase larvaire pouvant être très brève, l'espèce est adaptée aux mares temporaires et peut, de ce fait, se disperser facilement avec un tempérament colonisateur, et dit-on, migratoire, sans que je n'aie pu trouver aucun exemple de migration.
Étymologie : Crocothemis erythraea

Brullé a décrit l'espèce dans le genre Libellula et c'est Brauer qui en a fait l'espèce type de son genre Crocothemis en 1868.
Crocothemis, du grec krokos pour safrané en référence à la couleur de la base de l'aile et de Themis, déesse grecque de l'ordre, de la justice.
Hagen en 1861 a créé plusieurs noms de genres terminés par le suffixe Themis, sans doute parce que d'autres noms de libellules comportaient des noms de dieux comme Echo ou Nehalennia. Le nom de la déesse de l'ordre est particulièrement bien adapté à la taxonomie, science qui vise à décrire et ordonner les familles, genres et espèces. Brauer a repris le terme "themis" qui est devenu en quelque sorte une indication de l'appartenance au Libellulidae.
Erythraea, du latin erithraeus, rouge, pour la couleur écarlate du mâle mature et non pas pour une origine érythréenne (ancienne province d'Éthiopie), car le nom de cet État vient aussi de la couleur rouge de la mer qu'il borde. L'espèce a été décrite à partir d'un sujet pris dans le sud-ouest du Péloponnèse (Grèce actuelle).
C. erythraea ♀ en émergence, étang de Joreau ((F-49), 21/05/2016
Aguesse P., 1959. NOTES SUR L’ACCOUPLEMENT ET LA PONTE CHEZ CROCOTHEMIS ERYTHRAEA Brullé (ODONATA, LIBELLULIDAE). Vie et Milieu, 1959, pp. 176-184.
Brullé, 1832. Expédition scientifique de Morée. Section des sciences physiques. Tome III. — Première partie Zoologie. Deuxième section. — Des animaux articulés ; par M. Brullé ; les crustacés par M. Guérin. P. 102.
Daniel Grand et Jean-Pierre Boudot, 2006. Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg, collection Parthénope, 2006
N. van der Poorten, 2007. A note on the existence of androchrome females in Crocothemis servilia (Dru.) (Anisoptera: Libellulidae). Notulae Odonatologicae, 6(10), 120–120.Ott J., 1988. Beitrëge zur Biologie und zum Statuts von Crocothemis erythrea (Brullé, 1832). Libellula, 7 : 1-125
Paulson, D., Schorr, M., Abbott, J., Bota-Sierra, C., Deliry, C., Dijkstra, K.-D. and Lozano, F. (Coordinators). 2026. World Odonata List. OdonataCentral, University of Alabama. (Accessed: 06/29/2026).
Sadasivan, Samuel, Kochunarayanan, Palot & Nair, 2025) :Taxonomic notes on Crocothemis erythraea (Brullé, 1832) (Odonata:Libellulidae) from the Western Ghats of Peninsular India. International Journal of Odonatology, 28,101–11.