
Urothemis venata est une nouvelle espèce pour le Ghana ; il n’a été décrit qu’en 2015, même si son existence avait été suggérée par une photo de 1983 (Dijkstra et al., 2015). Il est vraisemblable qu’il ait été longtemps confondu avec le seul autre Urothemis bleu, beaucoup plus commun et plus facile à approcher, U. edwardsii (car nous l’avons observé sur une mare, très loin de nous, à environ une quinzaine de mètres). Il y a cinq Urothemis en Afrique, 9 dans le monde, tous rouges sauf les deux cités.
Il est effectivement très proche de son cousin bleu, même si, à distance, la nervation près des nervures principales est largement plus rouge, comme on le note très facilement ci-dessous. En anglais, il prend d’ailleurs le nom de Red-veined Basker.

Une autre différence évidente est l’absence quasi totale de marque sombre sur l’abdomen, couvert d’une pulvérulence bleue, alors que U. edwardsii montre une large bande noire sur toute sa longueur (noter tout de même pour ce dernier la nervation antérieure légèrement teintée de rouge).

Je ne peux pas donner la taille exacte de cet Urothemis, les descripteurs ne donnant pas la taille de l’abdomen (comme c’est pourtant l’usage) mais uniquement la taille de l’aile postérieure, 31 à 34 mm, précisant que c’est une libellule d’assez grande taille. U. edwardsii atteint 38 à 44 mm.
Nous l’avons trouvé sur une mare ou un étang, bien végétalisé, au bord de la route, mais bordé par la forêt sur ses autres côtés, une pièce d’eau extraordinaire puisque nous y avons trouvé 3 nouvelles espèces pour le Ghana ! Il fréquenterait aussi les eaux temporaires.
Sa présence n’est actuellement confirmée qu’au Liberia et au Sierra Leone à l’ouest, au Congo et au Cameroun à l’est et au Nigeria. Nous confirmons ainsi sa présence au Ghana et il est vraisemblable que l’espèce ait une large distribution, mais soit vraisemblablement peu commune et discrète (avant notre découverte, il n’y avait que 6 ou 7 photos sur le Web).

Étymologie
Urothemis, du grec –ura, qui signifie –queue, en référence à la longue lame vulvaire des femelles qui s’étend jusqu’au 10° segment. Themis, – déesse grecque de l’ordre et de la justice, a été utilisé de nombreuses fois depuis Hagen (1861), et Brauer a suivi la mode en 1868 quand il a créé ce genre, pour U. bisignata. Le nom de la déesse de l’ordre est particulièrement bien adapté à la taxonomie, science qui vise à décrire et ordonner les familles, genres et espèces.
Venata : les auteurs écrivent : « Latin “veined” for the artery-like red wing veins (feminine adjective) – Du latin « veiné » pour les nervures alaires rouges ressemblant à des artères (adjectif féminin). »
Dijkstra, K.-D.B., Mézière, N., and Kipping, J. (2015) – Sixty new dragonfly and damselfly species from Africa (Odonata). Odonatologica, 44, 447-678, p. 656.