Aeshna mixta  Latreille, 1805

Aeshna mixta est un très bel Aeshnidae au thorax brun et jaune et à l'abdomen dominé de taches bleues ; parfois abondant en été.

Description - Identification Aeshna mixta

Aeschne mixte mâle, Beaupréau-en-Mauges, (F-49), 20/09/2008

Le mâle présente une face claire, des yeux bleus et bruns, le front jaune marqué d'un fort "T" noir. Les yeux sont bleus et bruns.
Le thorax porte latéralement deux bandes obliques jaunes et au-dessus de courtes bandes antéhumérales jaunes parfois très discrètes, rarement absentes.
Les ailes sont hyalines, la veine costale est marron de face, les ptérostigmas sombres sont courts.
Les deux premiers segments sont dilatés, le second porte un clou jaune.
Les segments 3 à 9 (en lien un jeune mâle), sur fond brun, portent des paires de taches bleues dorsales et latérales.
Les appendices anaux sont longs, les cerques plus longs que S9 + S10.
Son abdomen mesure 44 à 55 mm, il atteint au total 56 à 64 mm.

On peut le confondre avec A. affinis [ ]qui porte cependant un front blanc (marqué d'un "T" noir), des yeux complètement bleus, dont la face latérale du thorax est entièrement jaune, l'abdomen bleu orné de taches noires, les ptérostigmas clairs, et la veine costale est pâle de face.

Aeshna mixta vs Aeshna affinis
Aeshna mixta vs Aeshna affinis

Et si on est en basse ou moyenne montagne, il peut être confondu avec A. juncea [ ], mais la face latérale du thorax de ce dernier montre deux lignes jaunes obliques nettement plus fines et une bande antéhumérale plus longue. Sa veine costale est jaune.

Aeshna mixta ♂ vs Aeshna juncea ♂
Aeshna mixta ♂ vs Aeshna juncea ♂

Il est enfin proche de Brachytron pratense [ ] qui porte une longue bande antéhumérale et 3 larges bandes jaunes qui envahissent la face latérale de son thorax. Cependant, quand Aeshna mixta apparaît, B. pratense a normalement disparu. 

Les femelles sont brunes pour la couleur de fond et jaunes pour les bandes thoraciques ; jaunes ou plus rarement bleues pour les taches de l'abdomen qui présente le même type de décor en mosaïque que les mâles (les Anglo-Saxons nomment Mosaic Darner ou Mosaic Hawker les membres du genre Aeshna). Elles présentent également une très courte bande antéhumérale et un fin clou jaune sur le S2 ; les cerques sont longs.

Aeshna mixta femelle, Beaupréau-en-Mauges (F-49), 27/08/2008

On peut les confondre avec les femelles A. affinis, mais la face latérale de leur thorax est unie, l'abdomen présente un motif où les taches jaunes sont très réduites ; elles portent également un clou jaune sur le S2, mais il est large, aux bords diffus ; les cerques sont courts.

Habitat et distribution géographique

L'Aeschne mixte est une habitante des eaux stagnantes qui apprécie les berges bien végétalisées avec de hautes plantes émergentes (Typha, Phragmite). Dans ma région, elle apprécie les mares formées par les anciennes carrières d'argile et on la trouve fréquemment pendant aux ajoncs qui envahissent les berges. L'eau peut être saumâtre et je l'ai observée souvent sur une mare dunaire à une soixantaine de mètres de l'océan Atlantique.

En France, l'espèce est présente dans tous les départements mais elle se limite essentiellement à la plaine ; en basse montagne et en tout cas au-dessus de 1000 ou de 1200 m, il convient de bien le différencier d'A. juncea.
Atlas dynamique des Odonates de France.

Jusqu'en 2022, on pensait que l'espèce s'étendait de l'ouest de l'Europe au Japon ; mais Onishko et al. (2022) ont confirmé la validité de l'espèce Aeshna soneharai Asahina, 1988. Cette admission récente invalide les données orientales, mais rend plus difficile l'étude de la répartition car un sujet de l'étude présente des caractères… mixtes et les différences sont si réduites que les données anciennes resteront difficiles à trier.
Ci-contre la carte de répartition des deux espèces que les auteurs proposent en 2022.

Carte distribution A. mixta et soneharai, Onishko et al., 2022

L'IUCN n'a pas encore réagi à cette évolution qui est cependant prise en compte sur la référence mondiale en matière d'Odonates qu'est la World Odonata List.

Période de vol

C'est un odonate de l'été et les populations les plus importantes se rencontrent en août et septembre. Comme toujours, on note des apparitions précoces dans le sud de son aire, en fin mai, et on peut trouver de rares sujets jusqu'à la mi-novembre si la météo est favorable.
Sa distribution s'étend régulièrement vers le nord ; il a atteint l'Irlande en 2000, et la Finlande en 2003 (Boudot et Kalkman, 2025).

Comportement – Écologie

On les rencontre parfois en nombre, mais les mâles ne sont pas territoriaux et voisinent sans agressivité.
C'est l'aeschne la plus facile à photographier posée, le plus souvent verticalement, les mâles parfois un peu plus horizontalement.
C'est également celle dont on observe le plus facilement les longs accouplements.
La ponte qui s'ensuit admet des substrats très différents : les femelles séparées des mâles insèrent leurs œufs dans des débris végétaux flottants près des rives, des bois morts flottants, des roseaux secs, dans la sphaigne des tourbières, dans des zones exondées à proximité de l'eau et à l'ombre, sous le couvert des buissons ; j'en ai même photographié une pondant sur une branche de saule à 2,5 mètres au-dessus de l'eau, une autre insérant ses œufs dans une tige de Salicaire commune (Lythrum salicaria) en fleurs.

Aeschne mixte femelle en ponte, étang de la Coudraie (F-49), 30/08/2010
Aeschne mixte femelle en ponte dans un saule, la Coudraie (F-49), 30/08/2010

Comme pour la plupart de nos Aeshna, les œufs éclosent au printemps suivant la ponte (Robert, 1958) et le développement de la prolarve à l'adulte dure 4 à 5 mois et comporte 9 à 11 stades, mais l'espèce peut être semivoltine dans le nord de l'Europe (Grand et Boudot, 2006).
En anglais, il prend le nom de Migrant Hawker car il est connu pour effectuer des migrations vers le sud, peut-être pour trouver des sources de nourriture, car les populations sont parfois très abondantes localement (Oelmann et al., 2023). On les voit d'ailleurs former de véritables essaims en journée ou en soirée, à quelques mètres du sol, alors qu'ils se nourrissent en vol (Brownett, 1992).

Étymologie Aeshna mixta

Aeshna (1) est un cas particulier dans l’étymologie des noms d’odonates. Il est ici écrit dans sa version originale, et on a en effet, en Europe, l’habitude de l’écrire sans « c », la version de Fabricius (1775) qui a créé le nom de genre Aeshna.
On suppose, car il ne l’a pas précisé, que Fabricius a formé ce nom à partir d'un mot grec signifiant défigurer ou ternir (pourquoi, c’est une autre énigme ?) ; mais Fabricius est un latiniste puriste et on ne peut expliquer cette absence de « c  » que par une erreur de transcription ou une erreur typographique (Endersby & Fliedner, 2015).
L’absence de ce « c » n’est restée la norme que pour le genre Aeshna dans le langage scientifique et tous les autres noms de genre « composés » l’ont intégré, comme Austroaeschna en Australie ou Heliaeschna en Asie.
Et il faut bien noter que ce "c" est réapparu dans le nom de genre français, il ne faut pas l'oublier : Aeschne bleue ou Aeschne des joncs...
Mixta, du latin mixtus pour mélangé. Latreille, décrivant son A. mélangée, écrit : "abdomen ayant un grand nombre de taches
diverses brunes, mêlées de taches jaunâtres et coupées par du noir
". Ce sont donc certainement les couleurs de son abdomen et non pas, comme on peut le lire parfois, sa proximité de coloration avec d'autres Aeshna, qui lui donnent son nom.

Boudot Jean-Pierre & Kalkman Vincent J., 2025. Atlas of the European dragonflies and damselfies, , KNNV Publishing.
BROWNETT, A., 1992. Feeding behaviour of Aeshna mixta Latreille in the maturation period. J. Br. Dragonfly Soc. 8(1): 10-13.
Grand Daniel et Boudot Jean-Pierre, 2006. Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg, collection Parthénope.
Endersby Ian & Fliedner Heinrich, 2015. The Naming of Australia’s Dragonflies, Ian Endersby & Heinrich Fliedner, Busybird publishing.
Latreille Pierre-André, 1805Histoire naturelle des crustacés et des insectes, vol. 13, page 7. Dufart, Paris.
Oelmann, Y., Fiedler, D., Michaelis, R. et al., 2023. Autumn migration of the migrant hawker (Aeshna mixta) at the Baltic coast. Mov Ecol 11, 52.
Onishko V.V., Kosterin O.E., Blinov A.G., Sukhikh I.S., Ogunleye A.T. & Schröter A., 2022. Aeshna soneharai Asahina, 1988, stat. rev., bona species – an overlooked member of the European fauna? (Odonata : Aeshnidae). Odonatologica 51: 111-145.
Robert Paul André, 1958. Les Libellules, Delachaux et Niestlé.

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