
Orthetrum stemmale mâle est apparemment très commun le long des chemins forestiers, même si on rencontre rarement des sujets complètement pruineux et matures. Et heureusement, car lorsqu'ils sont ainsi vêtus de bleu, ils sont à peu près indifférenciables de O. brachiale et ressemblent beaucoup à O. julia. Et personnellement je trouve que les appareils génitaux secondaires, sous (S2) de O. stemmale et brachiale sont très proches, et nécessitent de très bonnes photos.

Même si finalement je ne pense pas avoir vu O. brachiale au Ghana (deux d'entre nous ont une photo de femelle), il faut tout de même à chaque fois éliminer cette possibilité.
Identification Orthetrum stemmale
L'identification est beaucoup plus facile pour les sujets dont l'abdomen, qui porte un motif assez spécifique, n'est pas pruineux car on note ainsi que les derniers segments de O. stemmale montrent plus de coloration noire, que celle-ci remonte un peu plus haut sur l'abdomen ; les segments 7 à 10 sont complètement noirs (S8 à S10 et l'extrémité distale de S7 seulement pour O. brachiale). Les marques noires sur les autres segments sont aussi visiblement plus importantes. Je reprends ci-dessous un montage que j'avais fait en identifiant mes photos de Namibie :

Mais cette photo montre aussi 2 autres détails d'identification très intéressants :
– Les appendices anaux supérieurs, les cerques de O. brachiale sont noirs, ceux de Orthetrum stemmale sont blancs ou clairs. Mais ils deviennent plus sombres quand ils vieillissent, mais jamais noirs, parfois bleuis comme l'abdomen.
- Les veines transverses sous-costales de O. brachiale sont claires, celles de O. stemmale sont noires la plupart du temps (sauf dans quelques zones géographiques (ADDO, 2019)).


Pruineux, ils sont aussi proches de O. julia dont on le sépare par le fait que ce dernier montre des ptérostigmas noirs et que le champ radial supplémentaire (radial planate) ne comporte pas de cellules dédoublées, comme O. stemmale (et brachiale).


Orthetrum stemmale mâle porte un motif, bien individualisé, en forme de trident à la partie antérieure de son thorax ; malheureusement O. brachiale aussi, mais le sien est très confus et ses lignes sont peu nettes.
Longfield (1955) écrit qu'une autre différence (bien visible ci-dessous) entre ces 2 espèces est le "centre jaune du plateau frontal entièrement cerné de noir ou de très foncé" pour O. stemmale, ce qui est très peu marqué ou absent pour O. brachiale (ici en Namibie). Longfield reprend également la différence de coloration (blanc/noir) des nervures transverses sous-costales, bien noires ici.

Selon Tarboton (2015), en Afrique du Sud, il mesure 43 à 50 mm (43 à 57 mm pour O. brachiale).
Ci-dessous, deux mâles en maturation, dont la pulvérulence bleutée respecte encore les 4 derniers segments noirs.


Et finalement, je ne proposerai que ce mâle complètement bleu avec une confiance suffisante pour dire qu'il s'agit bien d'Orthetrum stemmale : noter l'abdomen modérément étranglé en S3, puis son aspect fusiforme ; les appendices anaux bleuis, mais clairs ; la coloration noire sur S7 à S10 qui transparaît ; les veines transverses sous-costales noires ; les cellules dédoublées dans le champ radial supplémentaire ; la coloration bleue étendue entre les ailes et sur les insertions alaires.
J'avais rencontré des mâles immatures en Namibie, dans une zone où O. brachiale n'est pas présent, et à la Réunion, où il est le seul représentant de son genre, des mâles matures et immatures.

On retrouve pour les femelles les mêmes motifs abdominaux, presque aussi étendus pour les segments S7 à S10, les appendices anaux blancs, les nervures transverses souscostales noires, le trident sur la partie antérieure du thorax. On note l'expansion ventrale du S8 qui intervient dans la ponte pour propulser des gouttes d'eau avec les œufs pour éviter leur dessication.



Noter sur la femelle ci-dessus à droite de faibles traces claires sur quelques nervures transverses souscostales, ce qui correspond bien à la variation possible déjà signalée plus haut.
| Séparer O. stemmale / brachiale | Orthetrum stemmale | Orthetrum brachiale |
| Appendices anaux supérieurs (cerques) | blancs ou clairs | noirs |
| Nervures transverses souscostales | noires | claires |
| Septième segment abdominal | entièrement noir | seulement extrémité distale noire |
Habitat
Nous les avons rencontrés, en tout cas tous les sujets non bleus, le long de sentiers forestiers, donc des zones ouvertes, ensoleillées, souvent autour des grandes et profondes flaques d'eau apportées par la pluie. Ils apprécieraient les fonds boueux et se plaisent aussi sur les gouilles des rivières.


Noter sur la femelle ci-dessus à gauche, la pruinosité bleue sur les premiers segments abdominaux, ce qui n'est pas classique ; et le trident à la partie antérieure du thorax.
Distribution géographique
Sa distribution couvre une grande partie du sud de l'Afrique, du Sénégal et de la Guinée à la Somalie. Au sud, il atteint l''est de l'Afrique du Sud, Madagascar et la Réunion.
À l'ouest, sa distribution s'étend du Cameroun à l'Angola et il atteint la bande de Caprivi en Namibie.
IUCN Red List.
Étymologie Orthetrum stemmale
Orthetrum (voir Endersby & Fliedner, 2015) vient de deux mots grecs, orthos signifiant droit et etron pour abdomen, ceci pour signifier que les côtés de l’abdomen sont parallèles. Ce nom de genre (neutre) créé par Newman en 1833 a perdu sa pertinence avec la découverte de nouvelles espèces (dont les côtés de l'abdomen ne sont pas parallèles), mais le nom est resté.
Stemmale, du latin stemma qui signifie guirlande, couronne et du suffixe -alis qui signifie ici pourvu de. Suhling et Martens (2007) proposent l'interprétation suivante : "L'espèce présente une marque en forme de couronne consistant en une tache jaune sur la surface supérieure du front, entourée de noir." Ce qui rappelle la description de Longfield (1955) rapportée plus haut.
En anglais, et ce n'est pas surprenant en raison de l'immensité de sa distribution, on l'appelle de plusieurs façons. Celle, officielle, retenue par l'ADDO, est Bold Skimmer, qui souligne les motifs contrastés de sa jeunesse. Mais on l'appelle aussi Tough Skimmer (en Afrique du Sud notamment) et même Strong Skimmer, pour sa robustesse.
Burmeister, 1839 - Handbuch der Entomologie (vol. 2) p. 857.
Endersby Ian & Fliedner Heinrich (2015). The Naming of Australia’s Dragonflies. Busybird publishing.
Klaas-Douwe B. Dijkstra & Viola Clausnitzer, 2014. The Dragonflies and Damselflies of Eastern Africa - Handbook for all Odonata from Sudan to Zimbabwe – Studies in Afrotopical Zoology, vol. 298 – Tervuren : Royal Museum for Central Africa
Dijkstra, K.-D.B. (editor, 2019). African Dragonflies and Damselflies (ADDO).
Longfield, C. (1955). The Odonata of N. Angola. Part I. Publicacoes culturais Companhia Diamantes Angola, 27, 11-63, p. 19.
Frank Suhling & Andreas Martens (2007). Dragonflies and Damselflies of Namibia. Gamsberg Macmillan.
Warwick et Michèle Tarboton (2015). A Guide to the Dragonflies & Damselflies of South Africa. Struik Nature.