Erythromma viridulum est un de nos quatre Coenagrionidae aux yeux rouges. Deux sont presque entièrement rouges (P. nymphula et C. tenellum), deux sont bleus et noirs aux yeux rouges, Erythromma viridulum et E. najas.

Description - Identification
La description se fait en comparaison de E. najas.
Les mâles Erythromma viridulum sont petits, 26 à 32 mm (30 à 36 pour E. najas), montrent des yeux rouges et n'ont pas de taches postoculaires, la face dorsale du thorax est noire (parfois avec de forts reflets rouges) avec une bande antéhumérale variable, complète, presque complète ou même en point d'exclamation, en tout cas rétrécie d'avant en arrière. Les faces latérales du thorax sont bleues, souvent teintées de vert en avant. La suture interpleurale est soulignée d'un trait-point. Les pattes portent souvent des parties claires (tibias et fémurs).
L'abdomen est noir dorsalement, sauf les segments 1 et 9 qui sont bleu ciel, il n'y a pas de trait ou de marque noire en bas du S2.
L'identification se fait le plus souvent aisément grâce à un détail de coloration déterminant : la couleur bleue remonte latéralement sur les deuxième et huitième segments, de telle sorte que la coloration bleue est visible sur une vue dorsale.
Le 10ᵉ segment porte un "x" noir sur sa face dorsale, les cerques sont concaves en dedans.

Comme pour les mâles, l'identification se fait en comparaison des femelles E. najas.
Les femelles Erythomma viridulum ont les yeux verts capés de brun, pas de taches postoculaires.
Le thorax porte une bande antéhumérale verte et complète sur fond noir, la face latérale du thorax est bleue, souvent lavée de vert en avant et en bas, elles portent un "trait-point" sur la suture interpleurale.
Le bord postérieur du pronotum est arrondi, celui de E. najas montre un lobe postérieur bien individualisé en triangle.
L'abdomen présente deux détails qui permettent de la séparer de E. najas :
- la partie inférieure de la face latérale du S2 ne porte pas de marque noire.
- la face dorsale du S10 est essentiellement claire (non noire comme pour E. najas ♀).

Habitat et distribution géographique
On le rencontre le plus souvent dans les milieux lentiques, des fossés aux grands étangs, mais il accepte les bras morts des rivières. Il peut se satisfaire d'eaux saumâtres.
Les milieux sont souvent richement pourvus en végétation immergée du type Ceratophyllum sp. ou Myriophyllum sp. constituant de véritables matelas peu ragoutants, emprisonnant les bulles de fermentation. Il est plus élégant posé sur les nénuphars où il peut côtoyer son cousin E. najas.
En 1959, André Robert écrivait : "Habituellement rare et dispersée...".
L'espèce était encore considérée comme rare dans les années 1970-1980 (Boudot et al., 1990) mais depuis elle s'est largement répandue vers le nord.
Elle est maintenant présente dans tous les départements français.
Atlas dynamique des odonates de France.
La population est centrée sur le sud-ouest de l'Europe mais elle atteint discrètement le Maghreb. Au sud, elle s'étend à travers la Grèce et la Turquie jusqu'en Iran. Plus à l'est, les populations sont très disséminées et atteignent l'Ouzbékistan.
L'expansion vers le nord est active : le Small Red-eyed Damselfly a atteint l'Angleterre en 1999 et a depuis colonisé le sud-ouest du pays ; il est apparu au Danemark en 2001, en Suède en 2004, en Lettonie en 2012 (Cham et al., 2014), il est présent dans le sud de la Russie.
Au Pays-Bas, il était rare avant 1970, il est maintenant considéré comme la seconde espèce la plus commune.
Son expansion serait due au réchauffement climatique mais aussi à l'enrichissement en azote des milieux aquatiques par déposition atmosphérique (Boudot et Kalkman, 2015).
IUCN Red List.

Période de vol
De mi-avril à mi-octobre dans le sud de son aire, il est plus abondant en juillet et août dans le nord.
Il est peu fréquent dans mon Maine-et-Loire et les dates auxquelles je l'ai observé s'étendent du 2 juin au 3 septembre (mes observations ne sont qu'une indication, pas une référence !).
Comportement – Écologie
On observe les mâles posés longuement sur sur la végétation aquatique, renouées amphibies, potamots ou feuilles de nénuphars ; de là, ils explorent en volant au ras de l'eau, comme leurs cousins E. lindenii. L'accouplement se déroule dans la végétation des berges, la ponte s'ensuit aussitôt, le couple restant assemblé.
L'espèce est univoltine, bivoltine plus au sud, semivoltine dans le nord de son aire. Les larves vivent parmi la végétation aquatique immergée (Grand et Boudot, 2006).

Étymologie : Erythromma viridulum
Il a été décrit par Charpentier sous le nom de genre Agrion.
Eythromma (Hansemann, 1823) ; du grec erythros - rouge, et omma - œil.
Viridulum, de l'adjectif latin viridulus, diminutif de viridis qui signifie vert. Cet odonate est donc "un peu vert", ce qui s'applique aux yeux et au corps de la femelle et que Selys avait traduit par verdelet (Cordier, 2019). Le nom vernaculaire Naïade au corps vert s'inspire directement du nom scientifique.
Charpentier, Toussaint von. (1840). Libellulinae europaeae descriptae ac depictae . P. 85. Leopold Voss.
Cordier J.-Y., 2019. Zoonomie des Odonates : Erythromma viridulum.
Grand D. et Boudot J.-P., 2006. Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg, collection Parthénope.
Jean-Pierre Boudot & Vincent J. Kalkman, 2015. Atlas of the European dragonflies and damselfies, KNNV Publishing.
Boudot, J.-P., Goutet, P. & Jacquemin, G., 1990. Note sur quelques Odonates peu communs observés en France. Martinia, 6 (1) : 3-10
Cham S., Nelson B., Parr A., Prentice S., Smallshire D. & Taylor P., 2014. Atlas of Dragonflies in Britain and Ireland. British Dragonfly Society.