Aeshna affinis : le repas …

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

Il fait chaud et depuis la fin de matinée les Aeshna affinis, 5 ou 6 mâles, me narguent simulant une perche sur les joncs à massette avant de reprendre leurs incessants va-et-vient. Je n’ai pas fait de photos en vol, m’étant déjà livré a cet exercice quelques jours auparavant dans ma région. Lassé j’ai fini par les abandonner et continuer à faire des photos de S. meridionale parasités, très abondants dans ce marais du Logit.
En regardant au sol, j’ai aperçu à 2 mètres de moi, dans les joncs et les carex emmêlés, cet Aeshna affinis mâle en train de dévorer … ce que je n’arrivais pas à voir sous cet angle.

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

J’ai prudemment commencé à faire le tour des protagonistes tout en continuant à m’approcher et j’ai pu deviner que c’était sans doute un Sympetrum qui faisait les frais de ce goûter, il est en effet 17 heures 30.
Je n’ai pas cherché à l’identifier au-delà ; d’abord, c’est bien difficile dans l’œilleton de l’appareil photo et mon souci était surtout de faire d’autres photos, en continuant à me rapprocher.
Je n’y suis pas vraiment parvenu, car j’étais gêné par le fouillis de tiges qui les entourait. J’ai tout de même une vue agrandie qui permet d’observer quelques détails supplémentaires.

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

Et oui, les odonates quand ils se mangent entre eux commencent toujours par la tête dont il ne reste plus rien ici. Je crois d’ailleurs que nombre d’insectes ont les mêmes préférences gustatives, ce qui doit d’ailleurs répondre à un souci d’immobiliser la proie plutôt qu’à de réelles préférences gastronomiques.
D’ailleurs les pattes de la victime continuaient à bouger…

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

Si j’ai tout de suite reconnu la victime comme un Sympetrum dès que j’ai pu changer d’angle de vue, ce n’est que lorsque j’ai regardé les photos sur l’écran de l’appareil que j’ai finalement identifié une femelle Sympetrum sanguineum bien mature ; en effet les pattes sont noires et aucun autre Sympetrum dans cette région n’a les pattes toutes noires : ce n’est réservé qu’à 3 autres Sympetrum, depressiusculum, danae, pedemontanum qui n’habitent ni ce biotope ni cette région.
Comme je l’écrivais plus haut, la femelle était toujours active si ce n’est vivante. Et sur la dernière photo que j’ai faite on voit qu’un œuf vient d’être émis … sans doute quelque action réflexe, du même type que celle qui déclenche l’émission d’œufs lorqu’on les capture.

Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021
Aeshna affinis mangeant Sympetrum sanguineum, Le Verdon-sur-Mer (France-33), 14/08/2021

Mon récit peu paraître long, mais la scène n’a duré que 55 secondes avant que mon approche ne provoque l’envol du couple par-dessus une mare couverte de joncs à massette, sans espoir pour moi de le retrouver.

Aeshna affinis : mâle en vol 2/2

Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021
Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021

Je ne fais pas de fausse modestie, c’est une de mes plus belles photo d’odonate en vol.
Ce 10 août, je suis parti à la recherche de Stylurus flavipes sur les bords du Louet, le Louet étant un bras de Loire, en principe très bas en août, avec de nombreuses plages de sable. À vrai dire, vu mon heure d’arrivée sur le site, 11 heures 30, je pensais surtout trouver des exuvies ou des individus avec des émergences à problème…
La technique prévue est de se promener sur les enrochements qui limitent les débordements de ce bras de Loire, et d’observer et collecter. Mais cette année, la Loire et donc le Louet, sont encore très hauts, et il est impossible de se « promener » sur ces enrochements sans risquer le plongeon. Je me suis replié à une vingtaine de mètres du fleuve, dans une allée tracée à la limite d’un champ de maïs et d’une pâture.
Mais pas de Stylurus non plus…, quelques S. sanguineum, plusieurs P. pennipes et L. viridis. Au bout du maïs une pâture, et à la limite, jouant avec le vent, 2 mâles Aeshna affinis (que j’ai d’abord pris pour A. imperator) font des va-et-vient incessants, sans doute pour capturer des proies que je ne vois pas.

Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021
Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021

Après un bon quart d’heure, comme aucun des 2 ne semblait vouloir se poser, je suis retourné sur la route pour reprendre la voiture pour un autre site, et comme je faisais demi-tour dans une entrée de champ, je me suis laissé tenté par l’ombre très claire qui bordait un autre champ de maïs, le long d’un bois. Il faut que ce 10 août, ce sont presque les premières chaleurs de l’année !
Bonne pioche… un autre mâle occupé à se nourrir régentait un angle rentrant de ce champ de maïs, chassant les S. sanguineum et les C. viridis qui s’y aventuraient.

Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021
Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021

Je l’ai observé plus de 20 minutes, il ne s’est jamais posé …, à peine quelques fractions de secondes de vol plané de temps en temps.

On note la position des pattes antérieures repliées derrière la tête alors que les autres pattes sont pliées sous le thorax.
Et comme je trouve que c’est une des plus belles libellules, je ne me lasse pas de photographier !

Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021
Aeshna affinis mâle, Denée (France-49), 10/08/2021

Toutes ces photos sont faites avec un Canon Eos 7D MK II sur lequel est monté un Sigma 150 mm, 1 : 2.8, APO Macro DG HSM, en mise au point manuel, ISO 500, avec une vitesse variant du 1/1250s à 1/4000s.

Aeshna affinis – Galerie 1/1

Aeshna affinis mâle, Saint Georges sur Loire (France-49), 11/08/2013
Aeshna affinis mâle, Saint Georges sur Loire (France-49), 11/08/2013
Aeshna affinis mâle, Chanteloup les Bois, (France-49), 15/08/2016
Aeshna affinis mâle, Chanteloup les Bois, (France-49), 15/08/2016
Aeshna affinis mâle, Marais du Grée (France-44), 11/07/2013
Aeshna affinis mâle, Marais du Grée (France-44), 11/07/2013

Aeshna affinis femelle 2/2

Aeshna affinis femelle, Parc du confluent, Portet sur Garonne (France - 31), 19/07/2019
Aeshna affinis femelle, Parc du confluent, Portet sur Garonne (France – 31), 19/07/2019

Franchement je préfère les mâles Aeshna affinis… Ils sont beaucoup plus beaux, ils sont faciles à rencontrer dans ma région, ils se laissent approcher et ne s’envolent pas instantanément 😉
J’ai en effet de tristes et rares rencontres avec les femelles de cette espèce et ce n’est que la 3° fois que j’en observe une. Je l’ai vu faire quelques acrobaties puis se poser dans la végétation non loin de moi pour consommer sa proie, et j’ai eu exactement 32 secondes pour faire des photos à contre jour… d’ou un essai rapide de flash ci-dessous.

Aeshna affinis femelle, Parc du confluent, Portet sur Garonne (France - 31), 19/07/2019
Aeshna affinis femelle, Parc du confluent, Portet sur Garonne (France – 31), 19/07/2019

Les femelles Aeshnidae sont notoirement discrètes, et dans ma région celles d’Aeshna affinis semblent vivre à l’écart du monde (je connais pourtant des sites « à Aeshna affinis » où les mâles sont nombreux), alors que les femelles A. mixta, les plus proches par leur habitus sont plus régulièrement rencontrées, notamment en ponte.
Les accouplements observés semblent rarissimes (pourtant d’une durée moyenne de 30 à 50 minutes), sans doute autant que ceux d’Anax Imperator ou d’Aeshna cyanea.
Quant à la ponte ce serait aussi une grande occasion de voir mâle et femelle en même temps puisqu’il sont un des rares Aeshnidae à pondre (au moins pour un certain temps) en tandem, le mâle continuant à cramponner la femelle pendant l’oviposition, ceci dans le but d’assurer la fertilisation des œufs par sa propre semence.

Au sujet du comportement d’Aeshna affinis (capture, accouplement, ponte…) il est intéressant de lire Observations on the behaviour of Aeshna affinis (Vander Linden) at a dried-up pond (Anisoptera: Aeshnidae), Odonalologica 12(2): 141-151, 1 juin 1983.

Aeshna affinis femelle, Parc du confluent, Portet sur Garonne (France – 31), 19/07/2019 (Photo Catherine Guillon)
Aeshna affinis femelle, Parc du confluent, Portet sur Garonne (France – 31), 19/07/2019 (Photo Catherine Guillon)