
Palpopleura portia, Libellulidae, fait partie d'un genre qui comprend sept espèces : l'une est asiatique (P. sexmaculata), une autre est endémique de Madagascar (P. vestita) et cinq se trouvent en Afrique continentale. Parmi ces dernières, trois sont présentes au Ghana : Palpopleura portia, sans doute abondante ; P. lucia, assez commune ; P. deceptor, que je n'ai jamais vue. Cette dernière montre des ailes presque hyalines.
Identification de Palpopleura portia
Les mâles
On ne peut confondre les mâles Palpopleura portia qu'avec les mâles P. lucia et c'est d'ailleurs ce qui a été fait pendant des dizaines d'années, si ce n'est des siècles ; bien que Drury (1773) ait initialement décrit les deux espèces séparément dans le même ouvrage, fournissant deux gravures, on a longtemps pensé qu'il s'agissait de variations de la même espèce, certainement en raison de la proximité des femelles. Ce n'est qu'avec les analyses moléculaires de Mitchell & Samways (2005) que la vérité a été rétablie.
2 caractères séparent aisément les mâles ; les ailes de Palpopleura portia sont nettement encochées et son thorax est couvert d'une pulvérulence bleue (celui de P. lucia reste brun-noir).

Ci-dessous des mâles plus jeunes dont le thorax commence à être envahi de pruine.


Ils mesurent 24 à 31 mm avec une envergure alaire de 41 à 47 mm. Ils sont donc en moyenne 1 mm plus petits que leur cousin P. lucia, ce qu'il n'est pas possible d'apprécier sur le terrain.
Deux sujets encore plus jeunes ci-dessous, celui de droite dans sa livrée d'immature qui le fait ressembler aux femelles (bien que la coloration alaire soit différente).


Les Femelles
Les femelles sont bien plus difficiles à séparer des femelles P. lucia, et dans certains cas, c'est sans doute impossible car les espèces sont sympatriques et il semble que tous les intermédiaires d'étendue de coloration puissent survenir… Cette identification repose donc également sur la moindre étendue de la coloration alaire et en particulier sur la largeur moins importante de la bande la plus apicale sur les quatre ailes.


Je n'ai malheureusement rencontré que des jeunes femelles (un seul mâle dans mes photos est vraiment mature) dont les ailes offrent des reflets magnifiques.
Noter les ptérostigmas nettement bicolores, ce qui est partagé avec leurs cousines.


Habitat et distribution géographique
Nous avons surtout rencontré des sujets immatures et notre perception de son habitat est sans doute faussée ; on sait que les Libellulidae quittent souvent leur lieu de "naissance" pour aller maturer dans des endroits plus appropriés et c'est au long des pistes forestières que nous les avons observés.
Sur ADDO, on lit qu'il fréquente les eaux stagnantes souvent temporaires, en milieu ouvert, des espaces dégagés en forêt.
En Afrique du Sud, il se plaît sur les berges des ruisseaux et des rivières, les plaines inondées et les mares saisonnières (Tarboton, 2015).
Il est présent partout en Afrique subtropicale, du Sénégal à la Somalie, mais il n'atteint que le nord-est de l'Afrique du Sud, serait absent du Botswana et se limite au nord de la Namibie.
J'avais déjà rencontré les femelles en Éthiopie.
IUCN Red List.

Étymologie de Palpopleura portia
Dryry a décrit l'espèce sous le nom de Libellula portia ; je ne pense pas qu'on puisse accéder sur le Web à cette description ; elle est cependant reprise par Westwood (1837) ainsi que les planches originales dont je reproduis un exemplaire ci-dessous.
Palpopleura ; la première partie du nom de genre vient du verbe latin palpo qui signifie "tâter", "toucher", "caresser", "palper" et il n'y a pas d'explication vraiment satisfaisante dans le choix de ce terme. Pleura en grec signifie "côté " ou "côte" et pleura pourrait être un équivalent du latin costa, car Rambur (1842), créateur du genre, insiste sur l’encoche caractéristique de la nervure costale (la veine qui fait le bord d’aile). À moins que Rambur ne suggère simplement que le bord antérieur de l'aile est déformé et concave, comme ayant été touché. Voir Fliedner (2006).
Lucia fait partie de la longue série de noms puisés dans l'antiquité classique ou la mythologie par Drury ; ainsi dans le même volume il fait appel à Lucretia, Paulina, Tullia, Fulvia, etc...

En anglais elle porte différents noms, le plus commun étant sans doute Portia Widow. Mais aussi Shadow-bridge Widow (forme d'arche de pont de la coloration sombre !), ou Silver-winged Widow. Widow est une métaphore pour la coloration sombre/noire.
Dijkstra, K.-D.B. (editor, 2024). African Dragonflies and Damselflies (ADDO).
Drury, Dru. (1770). Illustrations of natural history. Printed for the author and sold by B. White.
Fliedner, (2006). The scientific names of the Odonata in Burmeister’s "Handbuch der Entomologie".
Mitchell, A. & Samways, M. J. (2005). The morphological 'forms' of Palpopleura lucia (Drury) are separate species as evidenced by DNA sequencing (Anisoptera: Libellulidae). Odonatologica, 34(3), 173-178.
Tarboton Warwick & Michèle (2015). A Guide to the Dragonflies & Damselflies of South Africa. Struik Nature.
Westwood, J. O. (éd.). (1837). Libellula lucia Drury. In D. Drury, Illustrations of exotic entomology (J. O. Westwood, Éd., nouvelle édition, Vol. 2, Plate XLV, fig. 1). Henry G. Bohn.